
Le monde est fou : c'est une expression qui tient de la métaphore. On sait que le monde n'a pas d'âme, mais ce sont les âmes des hommes qui constituent le monde. Celles-là sont devenues folles, mais jusqu'à quand ? Pourrait-on guérir ces âmes perdues ? Peut-être ! On voit certaines personnes le faire en s'appuyant aveuglément sur la religion, au point de renier la réalité qu'elles vivent au quotidien. Ces personnes se cachent derrière le masque de la croyance aveugle et continuent leur route vers encore plus de folie. Mais cela ne veut pas dire que la religion est néfaste ou mauvaise, non ! Il suffit de la pratiquer modérément pour y trouver la paix. Cependant, certaines personnes choisissent de se laisser aller et privilégient la prise de pouvoir du « ça » sur la personnalité. L'homme devient alors animal : il ne se fie qu'à son instinct, à ses désirs les plus fous.
Elles perdent une grande part de leur conscience, ce qui aboutit à la division de leur personnalité. Elles perdent leurs principes et leurs valeurs morales, n'arrivent pas à équilibrer leurs convictions et leurs désirs, et se perdent à jamais. Alors, pour éviter d'appartenir à l'un de ces mondes fous, il faut que chacun essaie de s'équilibrer en ayant un esprit d'analyse et de raisonnement logique. Il faut se poser des questions sans cesse et sans relâche pour pouvoir évoluer et arriver à un niveau où l'on est sûr de son existence, où l'on sait qu'on sert à quelque chose et qu'on apporte du bien à l'humanité. C'est là qu'on atteint l'harmonie intérieure, elle qui fait la suprême barrière à la folie. Donc, si tout le monde était ainsi, le monde serait-il aussi fou ?
Le préjugé et la société
On dit que la méchanceté est une caractéristique des gens qui ont la présence d'esprit, et que la distraction est une marque qui montre leur bonté et leur générosité. Pourquoi les gens ont-ils toujours tendance à juger spontanément les personnes qui aiment plonger dans le vide et fixer leur regard vers l'infini ? Vers ces endroits où elles peuvent se contempler, se regarder en face, s'admirer, se corriger, renouveler leurs idées, discuter avec elles-mêmes ? Pourquoi ?
Ce n'est pas tout le monde qui est au courant de l'existence d'un monde parallèle où l'on peut voyager. Ce monde qui peut paraître si petit aux yeux de certains, mais qui est infiniment grand aux yeux de ceux qui ont eu la chance de le pénétrer un jour. Le centre de cette autre existence, c'est nous-mêmes. Il représente le point le plus profond et le plus impénétrable de nos personnalités, le plus obscur de nos âmes. Sa grandeur peut envelopper et contenir tout ce que l'homme n'a pu imaginer. Et si l'univers est formé d'astres et de planètes, celui-ci n'a pour étoiles que l'espoir et les rêves — ces rêves qui donnent des ailes à ceux qui savent bien les interpréter, à ceux qui croient en leurs légendes personnelles et à ceux qui tracent leur chemin. Ce monde leur sert de source inépuisable de bonne volonté et leur procure beaucoup de tendresse et de protection. Ce voyage permet aussi de raviver les esprits, de rénover les âmes que la vie a su détruire.
Où est le mal à ce que certaines personnes aient besoin de se détacher du monde pour faire une pause et fermer les yeux pour voir plus clair ? Pour s'armer de patience et de courage afin de faire face à ce qu'un avenir incertain leur réserve ? Je n'en vois aucun. Au contraire, il faut que la pseudo-société cesse de jeter des préjugés sur ces êtres exceptionnels, sur ces esprits créatifs.
On dira certainement que ces personnes sont souvent plongées dans une abstraction et dans des rêveries insensées, qu'elles ne font que perdre leur précieux temps au lieu de profiter pleinement de tous les plaisirs que la vie sur cette terre peut leur offrir. Qu'elles se rendent souvent inutiles et finissent par perdre leur rôle dans la société car elles refusent de communiquer et ont toujours tendance à se démarquer de leur environnement. Qu'elles font cavalier seul, ne savent pas comment s'orienter et finissent toujours par devenir folles ! Qu'elles deviennent des égoïstes et des solitaires qui n'ont pas eu la faveur de choisir la solitude.
Ça ne sert à rien de penser et de repenser à des choses insignifiantes, il suffit parfois de passer à l'action, de tenter sa chance. On dira aussi qu'elles ont peur de leur existence et ne cherchent qu'à fuir la réalité pour trouver une protection fictive qui leur met de la poudre aux yeux. Qu'elles finissent souvent par vivre dans ce monde imaginaire qu'elles ont réussi à façonner, qu'elles mentent à elles-mêmes...
Voilà un jugement modèle de la société et du troupeau qui n'a aucun esprit d'analyse, et auquel Nietzsche a répondu : « La démence chez l'individu est quelque chose de rare, chez les groupes, les partis, les peuples, les époques, c'est la règle. » Aussi : « La connaissance tue l'action, pour agir il faut que les yeux se voilent d'un bandeau d'illusions. »
L'exception et la créativité
Pour synthétiser, l'être humain doit être sensible et conscient. Il doit se préoccuper de tout ce qui l'entoure, c'est pour ça qu'il doit plonger dans son inconscient afin d'y puiser son énergie pour alimenter et agrandir sa créativité. Qu'il puisse se découvrir, se reconnaître, s'aimer pour qu'il puisse aimer les autres. Pour faire l'exception, car la bonté et la beauté de ce monde résident dans l'exception et dans le petit plus que chacun de nous peut apporter pour avancer et créer indéfiniment. Car sans ces esprits marginaux, qui frôlent le danger de l'oubli et de la folie, le monde ne sera pas monde mais un immense dépotoir à consommateurs d'idées préconçues et d'êtres aliénés.
Alors !... Qui sont les philosophes, qui sont les musiciens, qui sont les hommes d'art, les romanciers ? Ne sont-ils pas les marginaux ?
To be continued...