
L'anorexie est-elle une autodestruction ?
En premier lieu, je commencerai par les points sur lesquels je suis entièrement d'accord avec cutcutgirl, afin de montrer clairement ma position. Je suis donc d'accord sur le fait que l'anorexie est une maladie. Les principes, dogmes et commandements, ainsi que les pseudo-bénéfices que l'on pourrait en retirer, sont de pures conneries. Croire en l'efficacité de ces principes fait naître en nous le désir de l'état final résultant de leur application, c'est-à-dire : la maigreur. Malheureusement, pour accéder à cet état, les moyens proposés nous font entrer dans une attitude autodestructrice pour notre corps. En effet, nous sommes composés pour une grande partie de tissus qui ont besoin d'apports quotidiens. Le jeûne diminue ces apports et provoque une sous-nutrition des tissus, ce qui peut avoir pour conséquence leur dégénérescence. Notre corps s'affaiblit et nous sommes alors plus susceptibles d'être sujets aux maladies et aux infections.
C'est aussi une autodestruction pour notre psychisme. Le fait d'être malade, par exemple de la grippe, provoque une infime déprime (on devient amorphe, irritable, peu énergique, une « loque humaine », on a le blues, suivant les individus...). Ceci, associé à une probable dégénérescence des tissus cérébraux, peut avoir des conséquences dramatiques.
Le rôle de la société et des médias
Ensuite, je suis d'accord sur le fait que c'est notre société qui veut ça, même si je pense que le mot « société » ne doit pas avoir une valeur généralisante — j'y reviendrai un peu plus loin. Nous sommes dans une société de consommation où les médias nous rabâchent les oreilles avec des phrases infantilisées pour mieux atteindre le public, telles que : « L'obésité, c'est pas bien ! », « Manger cinq fruits et légumes par jour ».
Si l'on demande ce que cela signifie à un adolescent à qui l'on a rabâché cela durant son enfance, il vous répondra : « Être gros c'est mal ». Là, on voit que les gens passent complètement à côté du véritable message (être gros entraîne des problèmes de santé). Tandis que si l'on considère « Être gros c'est mal », pour les enfants et les ados, cela peut entraîner un raisonnement destructeur. En effet, si gros est mauvais, alors être maigre est bien. Et pour être vraiment très bien, il faut être vraiment très maigre. Une fois le processus enclenché et intégré au quotidien, il devient une habitude résistante aux propositions et argumentations qui vont à l'encontre de la doctrine « pro ana ». Je ne dis pas qu'il faut stopper cette campagne de prévention, j'essaye juste de montrer quels préjugés elles peuvent faire naître au sein d'esprits pas tout à fait matures, sachant que ce sont les préjugés qui sont les pensées les plus résistantes.
Ainsi, j'espère que vous comprenez ma position sur le sujet, que je résumerai par : oui, l'anorexie est un mal (une maladie), oui elle est constituée de doctrines plus ou moins sectaires et pleines d'inepties qui amènent à l'autodestruction, au même titre que la drogue et l'alcool.

Faut-il avoir honte d'être anorexique ?
Cependant, je souhaite dissiper une partie du doute auquel tu es en proie, toi ou d'autres : « Je suis partagée entre le : c'est pitoyable, elles devraient avoir honte de prôner cette maladie, car des tas de jeunes en sont morts et voulaient s'en sortir, et : c'est la société qui veut ça. ».
Je voudrais juste faire remarquer que ces jeunes femmes ou hommes (car il en existe également) sont persuadés d'agir pour leur bien. Tant qu'ils seront sous le joug de la maladie, tout le processus d'autodestruction sera perçu comme étant le moyen d'atteindre leur désir devenu obsessionnel : la maigreur. Dont l'accomplissement, pensent-ils, leur permettra d'être pleinement réalisés en tant que jeunes adultes. Ils accéderaient par là au « bonheur », qui n'est aucunement perçu comme un sujet de honte. Ainsi, ces personnes ne peuvent tout simplement pas avoir honte de leurs agissements, car leurs actes sont pour leur bonheur futur. La seule honte qu'ils ont — et qui doit être combattue — est celle de leur corps.
Donc, cela a beau être pitoyable et honteux d'un regard extérieur, on ne peut pas réellement leur reprocher d'être anorexique et de vouloir le « faire partager ». C'est comme si vous veniez de vous marier et que l'on vous ordonne de rester cloîtré chez vous pour ne pas montrer votre bonheur. Ce qui semble totalement ridicule, je pense que vous en conviendrez. De même, je ne dis pas qu'il faut accepter cette « culture » ou ce « culte » de la maigreur, mais qu'il faut la comprendre avant de donner un avis, de juger et de condamner.

Quelles sont les causes de l'anorexie ?
Maintenant, je m'attaque au sens du mot « société » par rapport à la manière dont il est employé dans l'article, et plus particulièrement dans les lignes qui apparaissent en gras vers la fin. Dans ces lignes, « société » semble désigner l'ensemble des gens, des mécanismes et des moyens qui régissent ou qui sont simplement présents dans notre monde. Cependant, je ne pense pas que cette masse abstraite qui se cache derrière ce mot soit à prendre en totalité.
Je prendrais pour exemple — même s'il est usé jusqu'à la corde — la mode. Si l'on regarde la mode des années 60, la tendance était à la ligne droite pour porter ce genre de vêtements. Il était préférable de ne pas avoir de formes trop généreuses, autrement dit il valait mieux être plate. Puis, après les années 70, l'habit féminin se resserre autour de la taille. Or, les mannequins des années 70 avaient pour modèles les vêtements des années 60, donc ces mannequins avaient un minimum de forme. Si en plus elles doivent s'adapter à des vêtements serrés au niveau de la taille, vous voyez les mesures à prendre à l'époque. La maigreur ne fut pas simplement un phénomène de mode, mais une véritable demande de l'industrie de la mode. Depuis ces années, la mode n'a pas su se détacher de ces caractéristiques, propageant ce culte de la finesse de générations en générations, jusqu'à maintenant où des mesures sont prises, comme l'établissement (chez certaines agences) d'une valeur seuil du poids pour les mannequins. Ce n'est pas la société actuelle qu'il faut blâmer, mais plutôt celles du passé, et plus particulièrement l'industrie de la mode et les médias qui font perdurer cette vision de la beauté.

Enfin, dans ton article, j'ai cru comprendre que l'on tenait, en partie, la communauté homosexuelle pour responsable du culte de la maigreur. Cela dit, les homosexuels sont aussi victimes de ce procédé vicieux de la mode. Car pour « ne pas faire de vagues », les icônes homosexuels se sont calés sur les icônes de la mode — disons universelle pour éviter des contestations éventuelles — et ont du coup adopté les mêmes critères et la même vision de la beauté du corps.
De plus, si l'on observe bien le fonctionnement des médias, on remarque qu'une personne ne répondant pas à ces critères passera moins dans les médias de type visuels (télé, campagne publicitaire sous forme papier, etc.) comparé à une personne répondant à ces critères. Il suffit de regarder les gens composant le public d'une émission télé : ceux qui sont fins devant et ceux qui ne le sont pas (quand il y en a) derrière. Donc, les icônes que nous voyons placarder dans la rue (quand ce n'est pas les élections), qu'elles soient hétérosexuelles, bisexuelles, homosexuelles ou même transsexuelles, sont évidemment des gens qui répondent aux critères de beauté des grands noms de la mode.
En ce qui concerne l'« androgynésation » des femmes, elle n'est pas due aux homosexuels, mais à une dérive imprévue de l'autorisation du port du pantalon par les femmes (en 1920 pour la France). En effet, si la loi ne vous autorisait pas le pantalon, vous seriez toujours en robe. J'ajouterais même — mais c'est très discutable, j'en conviens, et je ne suis pas du tout machiste — qu'il y a aussi une explication dans l'égalité entre les hommes et les femmes, qui a pour effet impitoyable de rapprocher les femmes des hommes et inversement. Les femmes portent des pantalons, qui était un habit masculin, et les hommes portent du rose, couleur soit-disant féminine.
Conclusion et ressources pour s'en sortir
Pour conclure, les deux articles, le mien et « Comment devenir anorexique en 10 leçons... », ont de quoi faire parler. Au moment où j'écris, l'article de cutcutgirl (alias Ju Lambda) connaît un immense succès, je l'en félicite et la remercie d'avoir reparlé de cette maladie qu'est l'anorexie, qui tombe quelque peu dans l'oubli en ce moment.
Quelques numéros pour des anorexiques qui voudraient s'en sortir :
- SOS Anor : 01.43.27.68.62
- SOS Amitié : 01.40.09.15.22
- Fil Santé Jeunes : 0800.235.236
- SOS Médecin : 36 24
- Suicide Écoute : 01 45 39 40 00