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Lifestyle

Joker

Joker, un cheval blanc rejeté pour sa différence, raconte son parcours du rejet à l'amour grâce à Charly. Une histoire touchante sur l'amitié et la beauté d'être soi-même.

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Mon nom est Joker. En fait, c'est comme ça qu'on m'appelle. Il paraît que c'est le seul nom qui me décrit. Simplement parce que je suis différent des autres chevaux de mon entourage. Je suis blanc comme neige, alors que les autres sont noirs comme la nuit. Mes parents aussi sont noirs. Si vous saviez comme ma vie est difficile !

Cela fait plus de deux ans, depuis ma naissance, que je suis à vendre. Beaucoup de visiteurs sont venus, car ma race est très recherchée. Je suis un Canadien. Quand ils me voient, ils rient de moi en disant : « Joker ! Voilà un nom qui lui colle à la peau ! Faites-le abattre sur-le-champ ! » Ils croient vraiment que nous n'entendons rien ! Mes maîtres sont de leur avis, mais l'abattoir ne paye pas assez cher. Leur vision de ma vie est un scandale. Ils le disent sans arrêt : « La vie de ce cheval est un scandale. Un pur et simple scandale. » J'aimerais que quelqu'un m'aime et me dise que je suis beau.

Il y a une visite bientôt dans la journée. J'ai entendu Hubert, mon maître, le dire. Je n'ai aucun espoir, aucun. D'ailleurs, pourquoi en aurais-je ?

Mais quand j'ai vu le visiteur en question, un garçonnet d'à peine onze ans, accompagné de son père ! Je n'oublierai jamais la première parole du petit : « C'est lui ? Comme il est beau ! Papa, regarde ! C'est le cheval de mes rêves ! » Même son père me trouvait beau ! J'ai eu très peur quand il a demandé mon nom, mais à ma grande surprise : « Joker ? Pourquoi ? Il est pourtant magnifique, pas bouffon du tout ! »

Quand Hubert m'a sorti, je suis allé tout de suite vers le garçon et son père. Le petit m'a serré dans ses bras en disant : « Je m'appelle Charly et c'est toi que je veux comme cheval. » Son père m'a flatté le chanfrein et m'a inspecté, puis il a dit : « C'est le plus beau cheval que j'ai vu de toute ma vie. » J'étais si heureux que j'ai fait les plus beaux et gracieux gestes que je pouvais pour les persuader de m'acheter. Charly avait les yeux pleins de larmes. Hubert m'a rentré dans l'écurie et je ne sais même pas s'ils vont m'acheter.

Une nouvelle vie auprès de Charly

Le lendemain, Hubert est arrivé avec un grand sourire et il a sorti une grande caisse dans laquelle il a mis ma couverture, une bride, une selle, des guêtres et mon certificat d'enregistrement. J'avais gagné ! Il m'a sorti dehors dans le champ. J'ai filé, libre comme l'air, le vent dans ma crinière. Jamais je ne reverrai cette écurie où j'ai passé mon enfance — mon enfance d'enfer, sans affection ni caresses — mais ce temps était fini.

Charly et son père sont arrivés. J'ai couru vers eux et Charly m'a serré dans ses bras comme la première fois qu'on s'est vus. Je suis monté dans le camion qui me conduisait vers un monde meilleur. Gagné, j'avais gagné.

Le voyage m'a paru durer des heures, tellement j'avais hâte d'arriver. Nous sommes arrivés et quand je suis descendu du camion, j'ai vu une écurie assez luxueuse, un énorme champ à l'herbe verte et trois manèges : un rond, un rectangle et un carré. Charly est arrivé à côté de moi et m'a soufflé à l'oreille : « Tout ça, on l'a fait pour toi. »

Je ne pouvais pas y croire ! Ils m'ont rentré à l'intérieur, où un grand box propre était aménagé. Pour moi. La radio jouait un air tranquille et la température était parfaite. Pour moi. Charly m'a attaché dans l'allée et m'a brossé, de la crinière jusqu'aux sabots. Il m'a embrassé sur le nez avant de s'en aller vers la maison, sûrement dormir — il faisait noir. J'étais heureux.

Le lendemain, la lumière qui passait par la fenêtre de mon box m'a réveillé. J'ai mangé mon foin en attendant Charly. Il est arrivé avec son père, a ouvert la porte et m'a dit : « Je te présente mon père, Olivier. » J'étais heureux de connaître Charly et Olivier.

Ils m'ont laissé la journée libre au champ, où je pouvais secouer ma longue crinière et me dégourdir comme jamais je n'avais pu avant. Le soir, ils m'ont rentré, brossé et mis la selle. Je n'ai rien fait, sachant qu'ils ne me voulaient aucun mal. Ils m'ont mis la bride. Ensuite, ils m'ont emmenés dans le plus grand manège et m'ont monté, doucement, sans me brusquer. C'était parfait. Ils m'ont rentré, brossé, mis ma couverture et rentré dans mon box. Tout ça était extraordinaire. J'étais monté régulièrement, brossé deux à trois fois par jour, caressé et aimé. J'étais au paradis. C'était le nirvana.

Une vie bien remplie et un héritage précieux

Aujourd'hui, je suis âgé de 25 ans. Je suis toujours avec Charly, mais Olivier est décédé d'un cancer. L'écurie est remplie de photos de Charly, d'Olivier et de moi. Il y a maintenant une jument avec moi, Kenya, qui attend un poulain. Il ne connaîtra jamais son père.

Ma vie ne tient qu'à un fil. Je suis vieux et faible. Charly me laisse mes derniers jours au champ, avec Kenya. Je n'oublierai jamais mes années avec Charly, Olivier et Kenya, nos promenades au clair de lune, nos jeux en liberté et quand Charly me parlait de tout et de rien. On se comprenait. Il me montait sans selle et sans bride.

Ce matin, il est venu me voir au champ. Je me sentais faible, très faible. Nous savions, Charly, Kenya et moi, que c'était la dernière fois que j'étais parmi eux. Il m'a dit : « Jamais je ne t'oublierai, Joker. Tu as été mon meilleur ami. J'espère que tu seras heureux là où tu t'en vas. Je n'oublierai jamais toutes nos joies, nos peines, nos jeux, notre vie, quoi ! » Il savait que je pensais la même chose. Comment peut-on oublier un ami comme Charly ?

J'ai rendu l'âme pendant la nuit, aux côtés de Kenya et de son poulain qui naissait pendant que je partais. J'ai eu le temps de voir mon fils avant de mourir, blanc, comme moi. J'étais fier.

Au matin, Charly est venu près de moi. Je le voyais d'en haut. Il est tombé à genoux, pleurant ma mort, mais souriant à la naissance de Crazy Joker. Il regarda vers le ciel — il savait que je le regardais d'en haut. Il a nommé l'écurie en l'honneur de Kenya, de mon fils et de moi : Le Joker fou du Kenya. Cela peut vous paraître insensé, mais on ferait n'importe quoi pour quelqu'un qu'on aime, non ?

Un message d'espoir et de gratitude

N'oubliez jamais ce que les autres ont fait pour vous — vous sauver la vie, par exemple. Mais souvenez-vous surtout que quelqu'un vous a aimé, aidé et soutenu dans votre vie. Même si on le croit, on n'est jamais seul dans notre existence. N'oubliez jamais de dire à vos proches que vous les aimez, car on ne sait jamais quand on pourrait partir sans jamais plus revenir.

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syrkaz
syrkaz @syrkaz
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