
Petite présentation
Pour comprendre ma vie, je vais d'abord me présenter pour que vous ne vous perdiez pas : je suis une ado qui a maintenant 15 ans, j'habite à Montpellier et je suis en 3ème dans un collège différent de celui de l'année dernière. Les présentations faites, passons au plus important, c'est-à-dire l'histoire (j'espère ne pas vous avoir fait trop attendre).

Mon parcours en primaire
Je suis rentrée dans une école privée en primaire (St Thérèse) car ma mère voulait que j'aie une bonne scolarité. Je n'avais pas encore décidé de quelle religion je voulais suivre (ma maman m'ayant laissé le choix, ce dont je la remercie), tout allait pour le mieux mis à part des moqueries sur mon ancien poids qui n'était pas apprécié par mes soi-disant « camarades », mais je suis passée outre car j'étais bien dans ma peau.
Les années passèrent et je suis arrivée en CM2. Faisant du catéchisme (KT) pendant 2 ans (un peu obligée par l'école), je me suis dit : « pourquoi pas me baptiser ? »
Aussitôt dit, aussitôt préparé ! On arriva en fin d'année et il ne manquait plus qu'une petite dizaine de jours pour mon baptême. L'école avait préparé une célébration pour une fête bien précise qui a quitté ma mémoire. Bref, je vais donc à cette célébration et on devait se confesser à un prêtre pour se faire pardonner de nos péchés. Mon tour arriva et un prof me demanda :
- « Attends un peu STP, es-tu baptisée ? »
Je lui répondis, étonnée par cette question :
- « Dans 10 jours je le suis, c'est comme si je l'étais déjà ! »
- « Ah ! Non, non, ce ne sera pas possible mon enfant, tu dois l'être ou sinon tu vas dans le coin car les non-baptisés ne peuvent pas se confesser. »
Très déçue par cette réponse, je suis allée dans le coin.
Cinq jours passèrent après cet événement et je suis allée questionner quelques personnes catholiques en leur demandant si c'était vrai que les non-catholiques n'avaient pas le droit de se confesser. Au bout de 5 ou 6 réponses, j'en ai conclu que le prof m'avait menti. Me sentant trahie, je suis allée voir la personne qui m'avait appris la religion catholique et m'avait préparée au baptême pour lui annoncer que je ne voulais plus me baptiser en lui expliquant pourquoi. Elle essaya de me convaincre que c'était une erreur du prof et qu'elle avait tort... Ne voyant pas que je changerais d'avis, elle me demanda quelle religion je voulais alors pratiquer. Je lui répondis :
- « La religion de mes racines, celle de ma mère et de mon grand-père, l'islam. »

Le début du collège et les premières discriminations
La rentrée au collège (à l'Assomption, toujours en privé) s'était bien passée, je m'étais fait quelques copines, rien de plus. Bref, tout allait toujours pour le mieux et en plus j'avais maigri, donc plus de ces enfantillages de moqueries...
Mais bien sûr, comme dit le proverbe, « toutes les bonnes choses ont une fin ». Et il fallut que ce soit un prof qui casse ce petit bonheur (encore ! Mais ça devient une habitude !). C'était un prof d'histoire qui se demandait s'il y avait beaucoup de protestants dans la classe (non mais franchement, on se demande de quoi ils se mêlent ces profs ?!). Il demanda donc à tous les catholiques de lever la main, et ensuite aux protestants. Le résultat des deux religions était de 28, alors qu'on était 29 élèves ! Le prof redemanda de lever la main et c'était le même compte. Très complexée par cela, il demanda s'il y avait peut-être d'autres personnes de religions différentes. Et voici votre Jennifer qui leva timidement sa main. Le prof, encore plus curieux, me demanda alors de quelle religion j'étais. Comme je n'étais pas du style à cacher qui j'étais, je lui répondis :
- « Je suis musulmane, monsieur. »
Et le silence qui vous rend encore plus timide que vous ne l'êtes déjà s'installa, avec des petites têtes étonnées qui vous regardent... Le prof reprit donc son cours faisant comme si je n'avais rien dit.
Le cours fini, la récréation sonna. Comme à mon habitude, je suis allée vers mes « copines », mais là, leur regard avait changé et me faisait comprendre indirectement — car on n'était plus en primaire — qu'elles me rejetaient.
[Il faut aussi savoir que cette année, c'était passé les attentats du 11 septembre.]
Je pense que le plus dur n'était pas de ne pas avoir d'amis car j'en avais l'habitude, mais c'était de voir les profs changer d'un seul coup sans aucune raison de comportement, car je n'étais pas (sans me vanter) une mauvaise élève.
J'ai passé l'année en entendant des rumeurs que je ne préfère pas répéter tellement c'était bas. Je me demande si les moqueries du primaire n'étaient rien par rapport à celles-là.
La difficulté de s'intégrer au collège
L'année de 6ème étant finie, la 5ème lui succéda. Je m'étais trouvée une soi-disant « meilleure amie ». On était bien ensemble, elle me disait qu'elle s'en fichait que j'étais musulmane et moi j'acceptais certains de ses défauts...
Vu que cette fille avait la parole facile, on s'est très vite intégrés dans un petit groupe de filles.
Le petit bonheur revint et mes « camarades » m'acceptaient telle que j'étais (enfin, c'est ce que je croyais)...
J'ai passé avec succès la 5ème et suis allée en 4ème. Tout allait encore bien jusqu'à ce que je me dispute avec « ma meilleure amie ». Elle n'avait pas perdu sa parole facile (comme on peut s'en douter) et elle m'a mis un peu toute la classe contre moi.

Une année difficile en 4ème
Une brochette de malchance arriva ensuite : pendant près de 3 mois, je faisais une semaine de cours et une semaine d'absence... Toutes ces absences étaient dues à mon appendice, mais avant qu'on s'en rende compte, j'avais manqué beaucoup trop de cours. Non seulement mes notes chutaient, mais en plus les rumeurs faisaient rage.
Vers la fin de l'année, je me suis fait opérer de ce fameux appendice. En rentrant en classe, au bout de 3 semaines à la maison, je sentais une de ces tensions et là, on pouvait dire que toute la classe était contre moi. Ma religion a resurgi pour trouver une raison à ces tensions.
J'étais vraiment à bout. J'essayais tant bien que mal de garder ma fierté, mais j'avais vraiment mal. Mal de voir que je ne pouvais rien faire. OK, pour une classe j'aurais pu faire quelque chose, mais peu à peu c'était toute la 4ème. Alors j'ai pris une décision qui me trottabit déjà dans la tête depuis un moment : « changer de collège ».
J'ai donc demandé à maman de me mettre dans un collège public, là peut-être je trouverai des personnes dans mon cas. Malgré les multiples convocations de mon directeur pour me faire comprendre que changer de collège ne changerait rien, que la religion n'était pour rien là-dedans... qu'est-ce qu'il en savait ? Il n'était pas avec nous ! Il ne savait pas ce que j'avais enduré !
Ma décision était prise !!!

La suite de mon histoire
Je suis quand même passée en 3ème malgré mes absences et dès septembre, je rentre à Camille Claudel en espérant que la mentalité sera différente.
Que dire de plus, si ce n'est que je suis triste d'avoir changé de collège à cause de telles circonstances, parce que je ne pense pas comme tout le monde, parce que je crois autrement, parce que les gens ne prennent pas le temps de comprendre quelqu'un de différent...
J'espère que mon histoire ne vous a pas laissés indifférents. Peut-être que les moqueries des élèves n'étaient pas réfléchies, peut-être qu'ils ne pensaient pas ce qu'ils disaient.
En tout cas, cela m'aura appris qu'il ne faut pas juger une personne sur sa religion ou ses origines en se basant sur l'actualité ou la TV.
Cette histoire se finit partiellement sur cette phrase qui est pour moi une morale, et que j'espère me servira dans la vie.
La suite se racontera entièrement quand j'aurai terminé la 3ème.