
Bonjour, je vous envoie ce message car il m'est arrivé quelque chose de terrible. Enfin, cela ne m'est pas arrivé à moi mais à mon meilleur ami — c'est juste moi qui l'ai causé d'une certaine manière.
Cet e-mail n'est pas une chaîne : je ne vous dirai pas de le renvoyer à 10 personnes dans les 15 prochaines minutes et que sinon quelque chose de terrible va vous arriver.
Cet e-mail n'est pas une pub : je ne donnerai pas l'adresse d'un site ni son nom.
Cet e-mail n'est pas une quête : je ne vous demanderai pas d'argent pour aider quelqu'un.
Je l'ai déjà aidé, mais ça s'est mal passé.
Je vous conseillerais d'imprimer ce message et de le lire tranquillement et soigneusement, car il n'est pas à prendre à la légère.
Mon meilleur ami
Mon meilleur ami, que peu de personnes connaissent, me sert de confident. J'ai confiance en lui, il a confiance en moi. C'est un ami à un point inimaginable. Les yeux bleus, brun, 52 kg, 1m78, musclé, joueur de football, de hand-ball, de volley-ball et de tennis — je pourrais presque dire qu'il est parfait.
Ce paragraphe peut vous paraître surfait mais non. Si vous trouvez cela ridicule, alors vous trouverez le reste encore plus ridicule donc arrêtez-vous là : c'est une perte de temps pour vous. Mais pour les autres, lisez bien.
La révélation
Dimanche, il m'a appelé et m'a demandé de venir le rejoindre dans un parc — le parc du château pour ceux qui connaissent. Je l'ai retrouvé là-bas, il m'a emmené dans un coin et m'a parlé. J'ai tout de suite su qu'il y avait un problème mais je l'ai laissé parler.
Il m'a dit : « Je sais que je peux avoir confiance en toi, je le sais. » Il le disait en regardant ses pieds mais j'ai remarqué qu'il pleurait. Je l'ai laissé continuer. Après un long silence, il dit enfin : « J'ai un problème, je suis gay. »
Certains d'entre vous viennent de rire. C'est normal pour certaines personnes, mais si c'est votre cas, vous devriez avoir honte. Car c'est à cause de gens comme vous qu'il a réagi comme cela. Lisez bien la suite.
Pourquoi il se sentait comme un monstre
Presque instantanément, il fondit en larmes. Lui, avec ses yeux bleus, ses cheveux bruns, ses 52 kg, ses 1m78, lui le joueur de football, de hand-ball, de volley-ball, de tennis, en train de pleurer comme un bébé.
« Je suis différent des autres, je ne suis pas comme toi. Tu es la première personne à qui je le dis, j'ai confiance en toi. J'ai peur de l'avouer à mes parents, tout le monde va me considérer comme un monstre. Je suis un monstre. »
Et il pleurait. Vous me direz que c'est un vrai gamin et moi je vous réponds que non : il est mature, sans problème psychologique, mais il se considère comme un monstre.
Je lui ai dit que c'est un garçon normal, qu'il n'a aucune différence à part une petite partie dans l'hémisphère gauche du cerveau, mais cela n'a pas d'importance. Il pleurait.
Ce que j'ai ressenti
Imaginez un peu comment je me sentais. Imaginez votre meilleur ami, la personne qui compte le plus pour vous. Regardez-le pleurer, pleurer et se comparer à un monstre, un extra-terrestre, une bête qu'il faut exclure. Mais le temps des nazis est dépassé. Hitler ne devrait plus avoir de conséquences sur vos idées, sa propagande n'est plus là pour vous dire qu'il faut tuer les juifs, les tziganes et les homosexuels.
Et il continua à se critiquer : « Si des personnes au collège s'en aperçoivent, je serai la risée du bahut. Je n'aurai plus d'amis. Et d'ailleurs, si après ce que je viens de te dire tu ne me veux plus, vas-y, part. »
Ma réponse
Et là, je me suis mis en colère — sans le lui faire remarquer. Je ne voulais pas le troubler davantage.
Je lui ai dit : « Crois-tu vraiment que je vais t'abandonner ? Alors que tu m'as fait confiance, après toutes les heures passées à se plier de rire ? Non, rien ne changera, sauf que l'on ira moins draguer les filles. Si je dois sacrifier une toute petite chose de rien du tout pour rester avec toi, je le ferai sans hésitation.
Écoute, je sais que nous vivons dans un monde d'homophobes. Tu crois que tout le monde te montrera du doigt mais dis-toi bien qu'il y aura toujours quelques personnes qui ne changeront rien avec toi. Voire même, si tu leur dis, ils auront la preuve de ta confiance alors ils te feront confiance à leur tour. »
Un message pour tous
Sachez tous qu'il y a plus de personnes homosexuelles que vous pouvez le croire. Les homosexuels sont des êtres normaux, la plupart s'habillent comme les hétéros. Alors dites-vous bien que si vous en insultez un dans la rue avec vos copains, imaginez que l'un d'entre eux est gay : vous le blesserez aussi. Et là, vous aurez ce que vous méritez.
Je vous rappelle que depuis le premier janvier, une loi interdit fortement les propos homophobes et les punit d'un an de prison ferme et 15 000 € d'amende. Ce serait bête d'en arriver là pour changer la mentalité des jeunes ados. Prenez-vous en main.
Changez le monde
Pour ma part, je connais 20 personnes homosexuelles. Je ne m'en moque pas, je les respecte et je garde leur secret car tel est leur désir. Il y en a partout autour de vous alors soyez discrets.
Maintenant, je peux m'en vanter de connaître ces personnes. Je suis ouvert d'esprit mais au fond, j'aimerais ne plus avoir à m'en vanter. Car se vanter, c'est être ou avoir fait quelque chose que rares personnes ont fait. Et je voudrais que tout le monde fasse pareil que moi, que vous soyez plus ouverts, que l'on puisse mieux vous faire confiance.
Mais comme je vous l'ai déjà dit, je ne peux pas changer le monde tout seul. Avec vous, c'est possible. Montrez que vous êtes ouverts et les personnes s'ouvriront à vous. C'est le mieux que je puisse vous souhaiter.
Changez le monde.
Je dédie ce texte à toi, Patrick, qui m'as fait confiance, et à tous les autres qui m'ont fait confiance ou qui le feront.