
J'avais 8 ans la première fois que j'ai été choqué par la réalité... Je regardais le journal télévisé avec ma famille, assise sur le canapé, la télé — petite fenêtre ouverte sur le monde...
Je crois me souvenir que le reportage était en Russie sur les enfants qui meurent de faim et de froid, les enfants de la rue. Je ne comprenais pas : pourquoi les grands laissaient des enfants mourir dans les rues ? Premier choc, j'avais 8 ans. Je me souviens avoir couru jusqu'à ma chambre et avoir pleuré une bonne partie de la soirée. À 8 ans, je me suis dit que mon but était de faire quelque chose, de changer quelque chose, d'aider...
En grandissant, mes idées ont toujours été les mêmes, doublement renforcées par ce que j'ai vécu avec mes parents et autour de moi. La vie de monsieur tout le monde ne m'intéresse pas. La vie de voyageur me fait rêver depuis que je sais lire une carte de géographie et depuis que je me suis amusé à apprendre les noms de tous les pays et les capitales. À huit ans, je me suis dit : dans 10 ans, je serai dans un autre pays et je parlerai une autre langue...
Où en suis-je aujourd'hui ?
Aujourd'hui, où en suis-je ? Je ne suis plus « ici ». J'ai fait ce que j'avais imaginé : aller dans un autre pays, connaître une autre culture... C'est plutôt drôle de me voir ici. Je suis encore loin de mes idées, mais j'y travaille.
Dix ans après, j'en sais seulement un tout petit plus sur tout et rien. C'est toujours plus confus, surtout lorsqu'on essaie de grandir tout en essayant de garder dans un coin de sa tête ses rêves d'enfants, ses propres idées, ce que l'on sent remuer au fond de nous...
Il est dur d'attraper ce que l'on sent au fond de nous, ce qui fait que l'on va suivre son chemin, son idée de soi-même et de sa vie.
Pourquoi y a-t-il tant de gens déprimés, qui se sentent mal, qui se cachent derrière tout le superficiel, le matériel, l'inessentiel ? C'est pour échapper à ce qu'ils ont au fond d'eux-mêmes... Entre dans le moule ou prends des risques et suis tes rêves.
Combien le font ? Combien suivent leurs rêves ? Combien y croient, dix ans, vingt ans après les avoir faits, ces rêves ? 1 ou 2 sur dix millions ?
La réalité tuerait-elle ton rêve ?
Ce que je veux dire par tout ce fouillis, c'est que je pense — et j'en suis convaincu — que nous avons tous nos rêves et nos envies d'être. La plupart du temps, on passe sa vie à rêver et à faire quelque chose de complètement différent, voire contraire à ce que l'on souhaite.
Et la meilleure manière dont on se débarrasse de ce sentiment de culpabilité, de ce petit quelque chose qui remue au fond de nous, c'est en se disant : un rêve doit rester un rêve. « La réalité tuerait ton rêve ». Combien de fois ai-je entendu un adulte dire cela ? Je ne compte plus.
Si on apprenait à toucher, puis doucement à ouvrir ce petit quelque chose au fond de nous, on verrait tellement plus clair, on se lèverait tellement plus facilement le matin. Rien n'est facile, surtout lorsque l'on veut tracer son propre chemin...