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Etre vierge à 18 ans. Ou la honte d'une femme moderne

À 18 ans, Maria n'a jamais couché avec un garçon. Entre pression sociale et quête d'elle-même, elle fera une expérience qui changera sa vision de la virginité et de l'amour.

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Parfois je me dis que j'aurais bien aimé naître quelques décennies avant, ou quelques siècles. Pour ne pas avoir à la ressentir. Cette impression pernicieuse, comme une anguille, qui met en état de choc et paralyse.

La honte d'être vierge.

La religion a toujours prôné la virginité, la femme pure, la vierge qui ne se laisserait pas charmer par les hommes sensibles au plaisir unique de la chair. Insensibles au reste. La religion pouvait me protéger de la honte. Je suis athée.

J'aurais pu attendre sagement que mon heure vienne. Mais les temps ont bien changé. J'ai 18 ans et je suis à la faculté. Mes copines ne me parlent que de « ça » et de ce qu'elles appellent « les gadjos ». Une me raconte qu'elle n'est plus vierge depuis ses 15 ans. Je ne la juge pas, c'est la majorité sexuelle en France, après tout. Clara me raconte qu'hier soir elle était sous l'emprise de la drogue, et qu'elle ne sait plus très bien avec qui elle a partagé son lit. Surtout avec combien. Mais je ne la juge pas. Marion me dit que le sexe avec un homme plus âgé c'est meilleur, ils ont plus d'expérience que les jeunots de notre âge. Je ne la juge pas non plus, étant donné que je n'ai moi-même aucune expérience de ce côté-là.

Plus vierge que moi, personne ne connaît. Pas un bisou, pas une caresse. Parfois, quelques regards glissent sur moi, sans s'attarder vraiment.

Et quand Elles m'en parlent, j'essaie de m'imaginer. La chaleur moite d'un homme endormi contre soi, après l'amour, quand les muscles se détendent et que le souffle chaud balaie mes cheveux détachés. La toison du fier animal que j'imaginerais parfois caresser à l'aube de la rosée. Le regarder pudiquement s'endormir après avoir accompli l'acte en lui-même. Sentir mes joues rosir si j'ose soulever le drap fin pour le contempler.

Je n'ai jamais connu pareilles sensations. Il est sûr que les descriptions de mes copines ne correspondent pas forcément à mes rêves. L'homme n'est plus qu'un jouet pris au hasard dans la multitude de parfums, de sueur et de vapeurs d'alcool. Mes copines, je ne les juge pas. Mais Elles si.

— Alors Maria, t'as 18 ans, faudrait peut-être songer à découvrir la vraie vie !

— Tu sais, dans la vie, y a rien de mieux qu'une queue.

— Tu n'as jamais embrassé ? Waah la « has been », c'est trop la te-on !

Je sais profondément en moi qu'elles sont encore immatures. Et pourtant quand Elles me racontent leur vie sexuelle, ça me donne envie moi aussi de découvrir la vraie vie. Quand Elles se retournent vers moi pour me demander avec qui j'ai couché en dernier, et que je ne sais rien faire d'autre qu'un sourire gêné, elle revient. La honte.

Quand la pression sociale devient trop forte

Un jour je me suis décidée. Je suis majeure aux yeux de l'État, je peux ainsi avoir une relation sexuelle en toute fierté. N'empêche que... Mais j'oublie, si je veux avancer, il faut que j'arrête de me poser des questions. Ce soir, il y a une fête à la fac, à l'amphi. C'est plutôt joli l'amphi, il est rond, en pierre, et ce soir les groupes de musiciens viennent jouer gratuitement, c'est plutôt sympa de leur part. Je vais me préparer, j'ai rendez-vous là-bas ce soir avec Marion, Clara et Fanny. Elles m'ont dit qu'il y aura pleins de « gadjos » et que je n'aurais qu'à tendre les bras pour les cueillir. C'est vrai, ça a l'air facile en y pensant.

Je me regarde dans la glace. Il est 7h20 environ. Je défais ma natte brune et je laisse mes cheveux tomber en cascade sur mes épaules. J'applique consciencieusement du noir en dessous des yeux. Une seule fois, deux c'est trop. Pour une fois, j'abandonne mes hauts en coton si confortables, je mets mon haut en lin blanc, presque transparent, laissant mes épaules, le creux de mon dos dénudé. Une brise de parfum, un jean moulant, me voilà prête. Je suis plutôt banale comparée à mes copines. Ma poitrine est menue mais ferme, mes yeux sont grands mais bruns, mon sourire large mais je ne souris qu'à mes proches. Un jour un garçon a dit que mon grain de beauté au-dessus de ma bouche était « sexy ». Puis il est parti en riant en me traitant de coincée, de mal baisée, puisque je ne lui répondais pas.

Marion est grande et blonde, avec une poitrine généreuse. Elle est super intelligente, elle met des hauts très colorés et elle adore les talons hauts. Clara est petite, un postérieur que tous les « gadjos » s'arrachent, et surtout Elles aiment boire toutes les deux. Les garçons les trouvent très attirantes et intéressantes. Moi, je ne suis que l'ombre de moi-même.

Une première fois qui tourne mal

C'est l'heure. L'euphorie est à son comble, les tam-tam retentissent, comme un rite de passage à l'âge adulte. Un groupe de garçons se dirige vers nous. Clara a déjà un garçon dans les bras, elle lui glisse discrètement, mais pas assez puisque je le vois, une capote dans son jean large. Tous les yeux se tournent vers Marion. Ils ne m'ont pas remarquée, encore une fois. La honte. Marion s'impatiente et glisse un mot à un garçon du groupe en faisant un mouvement de la tête vers moi, puis Elles s'en vont.

— Salut, moi c'est Eric. Elles m'ont beaucoup parlé de toi Maria, t'es plutôt mignonne dans ton genre.

— Euh, oui, merci. Toi aussi t'es pas mal.

On passe la soirée ensemble, d'habitude je ne bois pas, mais à 18 ans je le peux bien. Il m'entoure plusieurs fois de ses bras, ce n'est pas désagréable comme sensation. À un moment du concert, il me propose de venir dans sa chambre universitaire. Quelque chose à la fois d'excitant et d'alarmant me poussait et me retenait. Finalement je lui dis qu'une petite promenade dans le bois était plus romantique, sachant que c'est là que le petit chaperon rouge se fait manger. Il m'embrasse. Il me caresse, il me déshabille. Il grogne, il ne m'a même pas demandé si j'aimais lire, le cinéma. Moi j'aime bien discuter, le latin aussi. Il est en moi, puis il ne l'est plus. Il pue l'alcool. C'était pas désagréable, un peu court. Je suis une grande, j'ai couché avec un garçon. Je suis fière de moi.

Le lendemain : regret et prise de conscience

Le lendemain de la fête, mes copines ont l'air plutôt mal. Certaines vomissent. Moi non, j'ai 18 ans, et je ne suis plus vierge, enfin. Je suis comme Elles. Je leur raconte que l'on a fait « ça » sur l'herbe, que c'était vachement plus romantique. Elles me traitent de cinglées. J'aperçois au loin Corentin, mon meilleur ami, qui se rapproche de moi.

Il ne me dit pas bonjour comme à son habitude, il me regarde de haut en bas, les yeux écarquillés. Lui aussi, il est timide comme moi. J'ai toujours été amoureuse de lui, et je crois que lui aussi.

J'allais lui annoncer que je ne suis plus vierge, contente de moi, quand il me lança :

— J'aurais jamais cru ça de toi. Il est en train de dire à tout le campus que tu es une traînée, comme tes copines, et que maintenant tout le monde pouvait venir te voir pour... dis-moi, c'est vrai ?

— Oui.

Un éclair de tristesse passa dans ses yeux. Il partit, sans rien dire. Et c'est à ce moment-là que je réalisai mon erreur. Et un sentiment apparut.

La honte.

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nastasia01
Lucie . @nastasia01
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