
Je suis là, assis. C'est une de ces soirées où, comme toujours, je suis seul. Mon verre à la main, je pense. Les yeux dans le vide, qui lisent le piètre livre brûlé qui constitue ma pensée.
Je réfléchis aux mille et une manières de m'en sortir, toutes plus sordides les unes que les autres, car la conclusion est un échec qui me mène inéluctablement à la mort.
Je réfléchis aux mille et une manières d'être heureux, mais je m'en lasse car je sais que le bonheur n'est que pure utopie. Du moins, mon bonheur n'est pas réalisable dans ce monde, ou pas dans l'immédiat, et il l'est encore moins dans l'autre.
Puis je pense à tous mes problèmes quotidiens pour démontrer ma misère.
Je pense à ceux que j'ai aimés, à l'amour que j'ai jalousement gardé, et à celui que j'aurais pu recevoir en en donnant.
Et là, je trouve la solution : le bonheur est dans la franchise et la parole. Pourquoi garder tout cet amour ? Pourquoi ne pas partager cet amour que je peine à contenir ? Alors je commence à rêver à l'amour que je me suis toujours refusé, je deviens presque heureux et j'espère ! Je redécouvre ce brin d'espérance qui me manquait tant, dont l'absence me désespérait !
Mais inévitablement, ma dignité me rattrape : elle ne pourrait pas supporter de se mettre à nu, de se dévoiler. Elle préfère changer l'amour en haine, en souffrances et en désespoirs plutôt que de laisser s'esquiver sur mon visage un fragment d'humanisme et de fragilité.
Ayant fini toute la vodka qu'il me restait, je me souviens qu'il me reste un joint. Après l'avoir fumé, je repense à l'amour qui me fait défaut. Ne supportant pas mon impuissance face à cette dignité, mon subconscient se vide de toute réflexion, me laissant à des pensées incohérentes et inoffensives.
Je pense que ceux qui sont dans mon cas se reconnaîtront et me comprendront, du moins je l'espère.