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Lifestyle

Dans la mélancolie... Je me noie en enfer

Une adolescente de 15 ans témoigne : étouffée par une mère qui exige la perfection scolaire, elle se sent incomprise et prise entre ses propres rêves et les attentes familiales. Un cri du cœur sur les relations mère-fille.

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Voilà, tu as voyagé deux jours pour voir tes parents ! Je suis restée avec papa mais j'ai passé la majorité du temps avec « Fad » — ma copine. Et puis je jure que tu m'as trop manqué. Mais j'étais heureuse… Et puis dès que tu es arrivée, tout a foiré entre nous. J'essaye de t'expliquer ce qu'il y a, maman, mais tu ne me laisses pas m'exprimer ! Maintenant j'ai si mal à la tête, tellement j'ai pleuré l'après-midi, et toi tu ne t'en es même pas aperçue ! Aujourd'hui comme hier, tu m'as crié dessus quand je suis sortie de ma chambre pour regarder la télé, me connecter ou autre chose. Tu avais dit que j'avais trop d'examens, qu'il fallait que je révise. Pourtant j'ai une semaine de vacances ! Ça ne compte pas pour toi, tu dis que le temps passe vite. Et puis tu as cette drôle de façon de mêler les insultes à la prière… Je ne sais pas comment tu fais, mais c'est comme si tu me rendais coupable.

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Ma mère étouffe ma liberté

Eh oui, bien souvent j'ai une bonne foi ! Je commence à étudier sérieusement, mais tu n'arrêtes pas là ! Tu critiques tout ! Ma façon d'étudier ne te plaît pas ! Tu dis qu'on n'apprend rien avec de la musique et qu'étudier dans le lit appelle le sommeil ! Et puis tu me déranges dans ma vie. Tu ne me laisses pas respirer. Tu dis que tu ne vas rien gagner à la fin. Que tu fais tout ça pour moi, mais quoi ? Tu veux sauver mon futur et en même temps gâcher mon présent ? Je n'en peux plus ! Je veux vivre, juste un peu. Encore ce semestre, j'ai été parmi les premiers et — le comble — tu n'étais pas satisfaite ! Il fallait que je sois LA PREMIÈRE ! Mais pourquoi, maman ? Je n'aime pas étudier. Tu m'as fait haïr les études. C'est toujours une corvée pour moi. Bien souvent je monte dans ma chambre, ferme la porte et fais semblant d'étudier, juste pour te narguer et me prouver que tu ne peux pas gâcher ma vie. Mais tu ne t'arrêtes pas : tu parles, tu parles toujours et tout le temps. Il faut que j'étudie parce que c'est ce qui m'aidera dans mon futur, parce que maintenant un homme se fiche pas mal d'une fille belle, mais d'une fille riche ! C'est ça l'avenir que tu veux pour ta fille ? Épouser un homme qui n'a d'yeux que pour son argent ? Je t'ai maintes fois répondu que je préférais mille fois rester seule que d'avoir un tel mariage. Tu t'en fichais pas mal de cette réponse et, des fois, tu changeais d'arguments ! Si j'ai de l'argent dans le futur, je pourrai avoir une belle maison, m'acheter tout ce que je veux, avoir plusieurs voitures et tout ! Mais je ne suis même pas sûre de tout cela, maman. Qui me dit que demain je serai là, que je ne serai pas sous la tombe ? J'aurais gâché cette enfance pour rien ? Juste pour l'espoir de vivre un futur meilleur ! Et puis quand je te dis tout cela, tu t'en fiches encore une fois et tu me réponds que la plus belle période de l'être humain est loin d'être son enfance ou son adolescence, mais c'est bien quand il a 25 ans et plus, parce que c'est là qu'il commence sa vraie vie ! Mais bordel, maman, pourquoi tu ne me laisses pas vivre l'expérience de ma vie pour en juger moi-même ? Tu as gâché ta vie. Pourquoi tu veux gâcher la mienne aussi ? Toi tu fais la sourde oreille à tous mes propos et tu dis que tu veux que je vive ce que tu n'as pas pu vivre. Tu dis que je suis ta toute dernière fille, donc ta toute dernière chance de réaliser le bonheur et la gloire de la famille. Je ne veux pas être ça, moi ! Je ne veux pas être ce que tu n'as pas pu être ! Je veux juste être moi ! C'est tout. Maintenant je ne sais plus qui je suis ni ce que je veux faire. Quand j'étais un peu plus gosse, je voulais être cosmonaute, mais après j'ai changé d'avis et j'ai voulu devenir ingénieur, et je le veux toujours, mais par moments je me demande si c'est vraiment ce que je veux, moi, ou si c'est plutôt ce que tu veux me faire croire que je veux.

Adolescente en détresse : quand je craque

Des fois, c'est vrai, je craque… J'ai toujours su que j'étais une fille forte. Toujours je faisais de mes problèmes des expériences qui m'immunisaient de plus en plus. Je tombais et puis je me relevais. Mais tu sais, même l'arbre le plus solide est mou sous l'écorce. Même l'arbre le plus solide se coupe en morceaux à force de coups de hache du bûcheron. Si tu continues, maman, je ne sais pas ce qui va arriver ! Tout ce que je sais, c'est que c'est trop fort et ça fait méga mal. Les études, c'est tout ce qui t'importe. Tout à l'heure je me suis mise à pleurer dans mon lit, sous la couverture. Tu avais ouvert la porte et, au lieu de venir voir ce que j'avais — si j'étais malade, pourquoi j'étais au lit — tu m'as demandé de me lever pour étudier. Suis-je un robot pour toi, maman ? Un robot qui n'a pas de sentiments, qui ne fait qu'obéir ? Même un robot, ça s'use à force d'utilisation.

Si seulement ma mère me comprenait

Si seulement tu pouvais essayer de me comprendre. Tu sais, ça me fait plaisir quand j'apprends que je suis parmi les premiers, mais ce serait trop top si je l'étais par envie, par plaisir, juste parce que je l'avais voulu. Non, toi tu ne te le permettrais pas. Il faudrait que tu veilles sur tout. Des fois j'ai envie de monter dans la chambre pour étudier, mais tu me précèdes en me le disant. Quand je veux me connecter au PC, tu me comptes l'heure avec la minute. Faut pas dépasser l'heure convenue, si bien que là il est minuit et je suis connectée clandestinement. Pourquoi, man ? Si je le faisais quand même, pourquoi sans ton consentement ? Tu sais, des fois j'aime travailler. Bizarre, non ? Mais je t'assure, ça ne m'arrive pas souvent, mais ça m'arrive. Si seulement tu me laissais une chance d'aimer ce que je fais. Bien souvent j'envie « A », un gars de ma classe. On est ennemis, lui et moi, mais à un certain moment, quand on était meilleurs amis, il m'avait confié qu'il étudiait parce qu'il en était convaincu et que jamais sa maman ne l'avait poussé. Quand je lui avais dit que c'était le cas avec ma maman, qu'elle me poussait, je me rappelle qu'il a bien ri et qu'il a dit que c'était impossible. Comme je l'enviais, comme je l'envie, comme j'ai envie d'être comme lui.

Relations mère-fille : que faire quand on n'a pas le choix ?

J'ai 15 ans et chez nous, on ne quitte la maison des parents qu'après le mariage (normalement). Mais là j'ai envie de vivre, d'aimer, de me dire que la vie est belle. En ces moments-là… Bof. Bien souvent j'écoute Saez. Ah, il sait comment me calmer, celui-là ! Sa voix s'élève dans les murs de ma chambre et, avec elle, mes larmes qui coulent de plus en plus. Et tu sembles ne point t'apercevoir, maman ! Mais ces larmes-là, brûlantes, qui me rappellent que c'est réel, que c'est ma vie, tu crois que ce sont des larmes de joie, ça ? Que quand je me jette sur mon lit en sanglotant, je le fais parce que je suis heureuse !

Des fois j'ai essayé de penser à des solutions. Le suicide ? Ah non, pas question : je suis musulmane et c'est interdit. La fugue, okay, mais il y avait trop de questions. Avec qui, où, comment, quand… La seule question qui se posait et à qui j'avais une réponse était : pourquoi ! Alors je me disais que si je rencontrais quelqu'un qui m'aimerait si fort, ne me trahirait point, et m'aiderait à dépasser mes craintes, je me disais que ce serait cool, que je pourrais m'en sortir. Mais j'ai rencontré des gars et ils m'ont tous, sans exception, déçue ! Alors j'ai tiré un grand trait sur ce côté : ça faisait beaucoup plus souffrir qu'apaiser… En plus, ils n'en valaient même pas le coup. Ils étaient ou moches, ou stupides, ou les deux à la fois.

Bien sûr, il y a ma Fad, mais elle a beaucoup plus de problèmes que moi. Bien sûr, ya Sally, je sais qu'elle m'aime, mais elle dit comme maman que c'est pour mon bien. Des fois maman me disait : « Mais supporte-moi, de toute façon il ne me reste plus beaucoup à vivre. » Mais si seulement elle remplissait bien son rôle de mère ! Elle n'aime pas sortir avec nous ! Elle dit qu'elle n'a plus l'âge ! Et puis on est devenu un peu comme elle et on commence à préférer le fait de rester à la maison. Je suis allée juste deux fois dans ma vie au ciné et uniquement avec des filles de ma classe. Peut-être Sally essaie de me comprendre un peu. Avec elle je suis sortie quelques fois, mais elle a aussi ses études. Maman ne la nargue pas parce qu'elle dit qu'elle est assez grande pour savoir son bien ! Et toi, maman, sais-tu ce qui est mon bien ?

Des fois j'ai l'impression que tu fais tout pour me rendre dingue. Des fois j'ai l'impression que je suis trop injuste envers toi. Et puis je ne sais plus ce qui est vrai : la petite voix qui crie au fond de moi « ne la croie pas » ou ton regard désespéré qui me répète sans cesse « c'est juste pour ton bien », et je continue la vie — ma soit-disant vie — sans savoir où mettre les pieds, en espérant que mon lendemain serait meilleur, tout en oubliant qu'il existe un aujourd'hui.

Pourquoi j'ai écrit tout ça ? Je n'en sais rien. Je n'attends rien de vous. Des conseils seraient les bienvenus, c'est vrai, mais déjà le fait d'avoir pu en parler m'a fait du bien. Quelle insolente petite fille, diriez-vous ! Elle parle comme ça de sa maman qui s'est tant sacrifiée pour elle, mais moi je ne la déteste pas. Je la respecte et je me dois de l'aimer quand même. Je voudrais juste qu'elle essaie de m'aimer telle que je suis, non telle qu'elle voudrait que je sois. Je voudrais tellement qu'elle me laisse vivre ma vie, celle que je choisis… Mais dans la vie on ne peut pas toujours avoir ce qu'on veut.

Je suis désolée, je ne peux pas être celle que tu veux, la parfaite fille. Tes plans à toi ne me conviennent pas. Certes ils sont bons, mais ce ne sont pas les miens ! Je suis désolée, j'ai si mal à la tête, j'ai froid, j'ai un peu peur aussi. Tu avais dit que tu me réveilleras demain à 7h30 du matin parce qu'aujourd'hui « je n'ai fait que dormir ». Si seulement tu savais ce que j'ai fait aujourd'hui. J'ai mal, très mal, et mon remède, je ne le trouve nulle part… Merde, je commence à pleurer. Le mal en moi s'accentue, les larmes coulent, mes lunettes se salissent. Tant pis ! Demain sera pire qu'aujourd'hui, je le sais, parce que chaque jour est le pire de tous.

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licot
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