
Oui, cet article est un texte subjectif-à-donf avec des morceaux d'objectivité dedans. Oui, si vous n'êtes pas d'accord avec moi c'est votre droit, hélas. Oui, je fais des généralisations vilaines, je classe les gens dans des groupes pas beaux, je les étiquette comme du bétail, pourquoi ? Parce que c'est cool.
Tout d'abord, je tiens à mollarder avidement sur la phrase massue la plus conne du monde (j'exagère à peine) : « Chacun ses goûts©®™ ». Ouh lala qu'elle m'énerve, ouh lala les pulsions meurtrières qui m'étreignent même plus qu'un jour de l'an quand je l'entends. Cette locution extra-galvaudée est présente à chaque coin de rue, on en use et abuse. Elle fait peur, elle agit comme un panneau stop dans ta gueule : si tu oses critiquer, si tu oses dire « ça c'est pas bien parce que... » BLAM « Chak1cgou©®™ !!! T'as pas le droit de critiquer ». Les décérébrés qui l'utilisent crient à la tolérance, pour eux la tolérance signifie qu'il ne faut pas critiquer les choses que d'autres peuvent aimer.
Tolérance : on est vite taxé d'intolérant de nos jours. Pourquoi n'aurait-on pas le droit d'émettre des réserves à propos d'œuvres que des gogos aiment sans réfléchir ? Qu'est-ce qui nous empêcherait d'argumenter à l'encontre de quelque chose qu'on aime pas ? On a des raisons de ne pas apprécier.
Critique : non, la critique n'est pas un moyen vachard de rabaisser les gens. Combien de fois m'a-t-on dit que je me prenais pour quelqu'un de supérieur parce que je critiquais quelque chose ? La critique est un privilège qu'il faut user à bon escient. La vraie critique consiste à prendre du recul, rester objectif et peser le pour et le contre. Bon, je vous l'accorde : c'est chiant, et le démontage en règle avec des phrases assassines est quand même bien plus marrant. Être vache et intolérant ça a du bon, mais le prix à payer est une perte de crédibilité chez certains et un regain d'intérêt pour d'autres.
Bon vs mauvais goût : peut-on vraiment les distinguer ?
Alors, ces goûts qui causent tant de débats, peut-on déterminer ce qui est bon et ce qui est mauvais ? Tous les goûts sont-ils vraiment dans la nature ? Je vais essayer de répondre à cette problématique en retournant à mes anciens amours : classer les gens. Voici trois catégories :
Les oisifs : ceux qui subissent leur culture
Ce sont ceux qui avalent la merde telle que leur donnent les laveurs de cerveaux à grande échelle, également connus sous le nom de medias, amis, copains. Ils ne doutent pas de la qualité de ce qu'ils aiment, ne savent pas pourquoi ils aiment d'ailleurs, mais se mettent furax tout rouge si on s'avise de rechigner un peu la qualité du phrasé de Diam's, par exemple.
Ce sont eux les plus prompts à te lancer un « Chacun ses goûts©®™ » direct in your face qui te montre l'étendue de leur inculture. De toutes façons ils ne recherchent pas la qualité, vu qu'ils ne s'intéressent pas vraiment à leur culture. C'est tellement mieux de fumer des joints pour être in, et merde quoi, si t'es bon t'es un intello, c'est nul quoi.
Les freemen : le jugement personnel avant tout
Ce sont ceux qui ne font confiance qu'à eux-mêmes pour leurs goûts. Pour eux les goûts sont loin d'être une science exacte, alors à quoi bon s'emmerder. Ils testent, pour eux c'est simple : J'aime, Je n'aime pas. Ils ne s'embarrassent pas de considérations et n'ont pas l'intention de déclencher de débats sur le bon ou le mauvais car ils estiment avoir un jugement beaucoup trop personnel. Tant que leurs goûts sont suffisants pour eux, ils ne feront pas de recherche supplémentaire. Ils peuvent aussi bien aimer les « merdes » du groupe 1 que les « élites » du groupe 3.
Les névrosés : la quête obsessionnelle du bon goût
Ce sont ceux qui recherchent à avoir les meilleurs goûts possibles au risque de brûler les étapes. Ils prônent la diversification et l'approfondissement, recherchant à tout prix « le meilleur ». Pour ce faire, ils accordent une trop grande importance aux critiques dites « sérieuses » et aux « classiques », oubliant un peu leur libre arbitre, allant jusqu'à se forcer à aimer quelque chose parce qu'il a une certaine aura élitiste. En revanche, ce sont ceux qui font le plus d'efforts pour leur culture personnelle, au prix d'un manichéisme grandissant chez eux, surtout par rapport aux goûts de la catégorie 1. La catégorie 2 les irrite également car ses membres ne cherchent pas à savoir pourquoi ce qu'ils aiment est de qualité.
Je fais partie du groupe 3, je reconnais mes défauts et je ne dis pas que c'est la meilleure solution étant donné qu'on se prend moins la tronche dans les groupes 1 et 2. Comme toujours, le mieux serait un compromis entre 2 et 3, et je pense que certains y sont déjà arrivés.
Évidemment, personne ne se reconnaîtra dans la catégorie 1 et beaucoup de personnes se verront dans la 2, étant donné qu'il n'y a qu'un minuscule exemple qui fait presque l'unanimité. Si j'en avais donné une multitude révélant mon ethnocentrisme, j'aurais été conspué dix fois plus.
La médiocrité culturelle existe-t-elle vraiment ?
Mais alors, the good, the bad and the ugly, ça existe ? Pour moi la réponse est oui !
Oui ! La merde ça existe !
Oui ! Des artistes peuvent être nuls ! Si, si.
Oui ! Les étrons, c'est ce qui plaît le plus !
Oui ! Tout se critique et pas de raison de m'en empêcher !
Oui ! Plein de gens n'y connaissent rien !
Hypocrisie sociale et faux-semblants
Vous savez également que pour réussir socialement (chose dans laquelle je ne suis pas très doué), il faut être hypocrite. Explication :
Vous parlez avec une fille (c'est mieux pour l'exemple) que vous connaissez peu, donc vous parlez de sujets basiques de djeunz : musique, cinoche, cul. Votre interlocutrice vous annonce qu'elle « kiffe Titoff, il me fait trop rire grave », aussitôt votre cerveau se met en branle :
— Allo le Cortex, ici l'oreille, elle dit qu'elle « kiffe Titoff, il me fait trop rire grave »
— Ok, Mémoire, t'as Titoff dans tes registres ?
— Ouais, quelques sketchs vus à nos dépens
— Qu'est-ce qu'on en pense ?
— C'est pas moi qui m'en occupe, faut demander ça au Jugement
— Et merde on dirait l'administration, Jugement ? Que pense-t-on de Titoff qu'on a en mémoire là ?
— Humour merdique doublé d'un con intégral, le pas drôle par excellence
— C'est qu'une conne aux goûts de chiottes !
— Tais-toi l'Émotivité veux-tu ! C'est la voix de la Raison qui vous parle, nous devrions répondre par un euphémisme de notre pensée afin de garder de bons contacts avec cette personne, en vue d'un certain but ultime
— Ça me va, tout le monde est d'accord ?
— ALLEZ TOUS VOUS FAIRE ENCHYRYRJTEH...
— Tais-toi l'Émotivité, ok Cordes Vocales tu vas dire « Titoff, j'aime pas trop, mais chacun ses gouhouhouh hein ? »
(Dialogue fortement inspiré du sketch audio de François Pérusse sur le cerveau)
Ça passera beaucoup mieux.
En revanche, si une personne a le même avis que vous, c'est beaucoup plus simple, exemple :
— Dis donc t'as regardé Stargate sur Meuh6 hier ?
— Heu non, j'aime pas trop cette série, mais chacun ses gouhouhouh hein ? (application de la première démonstration)
— T'as raison, c'est pourri
— Ah ouais ?
— Ouais, trop de la merde !
— C'est vrai que c'est bien de la merde quand même !
— Quand je pense qu'y a plein de cons qui aiment !
— Ils la classent comme la meilleure série de SF ces idiots
Bizarrement pas d'euphémisme ici, des hyperboles possibles en revanche, mais c'est exactement le même principe que la première explication : le souci de paraître pour plaire à autrui en vue d'un certain but que n'aurait pas renié mon pote Sigmund.
Le politiquement correct : masquer son intolérance
Dans le même genre : le politiquement correct, ou comment ne pas être un connard arrogant. Démonstration : vous n'aimez pas Star Academerde™, et c'est on ne peut plus compréhensible (pardonnez l'exemple facile, mais ce n'est pas pour choquer vos goûts de chiottes). Malgré tous les détours qu'on vous oblige à faire pour exprimer un avis, vous pensez au fond de vous que Star Academerde™ est bien une émission conne, animée par des cons, programmée par des idiots qui veulent du blé, et qui a un public de gros crétins.
Penser comme ça, ça le fait pas, c'est intolérant et vas-y que vous vous mangerez des « Chacun ses goûts©®™ ». Donc par le processus habituel vous apprendrez à dire que « Star Academerde est une émission, certes d'un intérêt limité, orchestrée par des financiers légèrement capitalistes mais qui a néanmoins un certain public, ce qui lui donne un certain respect. »
Grâce à tous ces merveilleux conseils, vous deviendrez un vrai faux-cul sociable (pléonasme). Si vous me dites que vous êtes vraiment tolérant, je ne vous crois pas. Voyons, oserez-vous me dire qu'il n'y a pas une once d'intolérance latente qui se cache quelque part ? Assumez-la au lieu de la refouler et d'avoir des pulsions inquisitrices dès que quelqu'un fait un petit écart de respect des goûts des autres.
Le jugement hâtif est-il toujours injustifié ?
Qu'on arrête aussi de me les engluer avec le jugement hâtif. Certes, dans de nombreux cas c'est mal de juger vite, mais dans d'autres je ne vois pas où est le problème. Explication : Alien vs Predator sort au cinéma. J'ai vu l'affiche, lu 2-3 critiques, entendu quelques échos ; tout cela suffit pour que la partie Jugement hâtif de mon cerveau fabrique son avis : gros blockbuster américain baveux, scénario en dose homéopathique entre scènes d'actions très présentes, montage au hachoir. Possibilité d'aller le voir car vraisemblablement nanardisant. Je suis donc allé le voir, et c'était exactement ce à quoi je m'attendais. Évidemment il y a toujours des exceptions. Fiez-vous un minimum à votre jugement hâtif pour éviter les pires daubes, je ne vois pas ça comme un mal sachant que tout le monde l'a.
Conclusion : assumez vos goûts et vos critiques
Je vous le dis : qu'est-ce qu'on se ferait chier si tout le monde faisait des concessions ! Heureusement qu'il y en a pour shooter dans la fourmilière sans passer par quatre chemins.
Défouraillez, lynchez, dénigrez, conspuez, blastez. En ayant connaissance du sujet, n'ayez pas peur de dire « Oui, c'est de la merde parce que... » quand ça en vaut la peine. Oui : le mauvais goût existe. Mais après tout, tous les goûts de chiottes sont dans la nature.
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