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Lifestyle

Braque-âge

Victime de deux braquages de smartphone en 6 mois, je dénonce le victim-blaming : pourquoi la société fait-elle porter la faute aux victimes plutôt qu'aux voleurs ?

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3 semaines... Et pourtant, c'est comme si c'était hier. Pas un instant, depuis cette date fatidique, ne passe sans que je n'y songe. Il y avait une telle complicité entre nous qu'il m'est difficile de croire que cela soit vraiment arrivé.

Il est vrai qu'en bientôt 2 mois, j'étais devenue totalement accro... Moi qui me moquais de ceux qui étaient dans la même situation que moi, et pourtant, j'étais devenue pire qu'eux !

J'exagère sans doute en disant que ce lundi fut le plus noir de ma vie, il n'en demeure pas moins que ma perception du monde en fut fortement altérée...

J'étais là, bien tranquille et insouciante, en un de ces lieux où nul ne doute qu'il puisse arriver quelque malheur... Je le laissai donc, un instant, bien qu'avec une légère hésitation au moment des au revoir — que dis-je ? Des adieux — mais cela, à cette heure, je l'ignorais... J'allais donc, toute à ma désinvolture, heureuse du simple fait d'être là...

Mais, quand vint l'heure des retrouvailles, il était absent ! Je crus à une facétie, une mauvaise blague... J'allais, venais et revenais, ne pouvant croire ce qui m'arrivait. Mais très vite, je dus me rendre à l'évidence : ce n'était ni une blague, ni un film, ou alors un très mauvais : « C'est la dèche ! On m'a braqué mon phone ! »

Et je meurs... Non, je revis ! Je revis des instants similaires, mais à près de 6 mois d'intervalle.

C'est difficile ! À chaque fois que je m'y attache, on m'en détache !

Comment faire pour supporter tout cela quand on sait qu'une partie de sa vie est enfermée dans cette minuscule boîte qui, à l'instant même où elle est devenue mienne, a pris très vite le rôle d'un ami ?

Quand la victime devient coupable

J'aimerais que l'histoire s'arrête là, mais c'est impossible ! Après le désarroi, vint la colère qui succède à l'incompréhension. C'est vrai ! Pourquoi moi ? Pourquoi pas un autre !

Mais surtout, quand je raconte cette histoire qui est mienne, je me heurte à une forme d'étonnement qui est à l'origine de ma colère. Des « Tu sais qui c'est ? » qui renchérissent en « T'aurais dû l'avoir avec toi ! ». Mais si je pouvais, ce serait le prolongement de ma main !

Mais j'en ai marre ! Car c'est toujours vers moi qu'affluent les remarques ! C'est comme si je cessais d'être victime pour devenir coupable. C'est quand même sidérant d'apprendre que celui qui me vole n'a pas tort !

Suis-je normale dans ce monde à l'envers ?

Dans ce monde chaotique où l'on stigmatise le volé au profit du voleur, la norme n'est plus efficiente ! Nous, jeunes, nous nous enfermons dans un cercle vicieux, en vénérant les rude boys ou les bad boys, les intellos ou les grosses têtes étant bafoués. Qu'est-ce que c'est que cette société tirée par le bas ?

N'en avez-vous pas assez que l'on vous dise que si vous vous êtes fait braquer, c'est parce que vous n'étiez pas au bon endroit au bon moment ? Que si vous vous êtes fait violer, c'est parce que vous provoquiez par votre tenue aguicheuse ? Que si vous vous êtes fait racketter, c'est à cause de vos objets de valeur justement mis en valeur ? Et j'en passe !

Refusons la culture du victim-blaming

C'est à nous de faire changer les choses ! N'acceptons plus que l'on nous reproche ce dont nous ne sommes pas coupables !

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blackpanther971
blackpanther971 @blackpanther971
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