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Lifestyle

BOE : Besoin Obessionnel d'Enfanter

À l'âge où toutes les jeunes filles rêvent de profiter de la vie, moi, je n'avais qu'une chose en tête : avoir mon petit bouchon rien qu'à moi. Une histoire de désir d'enfant inattendu.

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Je n'ai pas toujours désiré avoir un enfant ; plus jeune, l'idée de procréer et tout ce que cela comportait ne me séduisait pas le moins du monde.

Vergetures, prise de poids, épuisement, manque total d'intimité, de liberté, de temps… Le mystérieux boulversement de la personnalité qui, dès qu'elles sont enceintes, transforme des femmes naguère normales en monomaniaques capables, au beau milieu d'un cocktail ou d'une allée de supermarché, de parler vagin, épisiotomie, odeurs et transformations en tout genre, sans le moindre signe d'embarras, d'ironie ou d'intention de s'arrêter. Les jeeps, mini-vans, lits escamotables, trotteurs et gigantesques sacs de survie en bandoulière bourrés de poupées, cookies, sucreries, fruits nécessaires à prévenir — ou du moins contenir — les crises de rage publiques ; puisque toutes les nouvelles théories et méthodes d'éducation semblent mettre en cause le concept du non, qui faisait autrefois autorité.

Le désir de me reconnaître dans les traits d'un enfant, de voir mon reflet dans ses yeux, d'être happée, réclamée corps et à cris, indispensable à chaque heure du jour et de la nuit, ne m'avait jamais hantée — cela ne m'avait même pas effleuré l'esprit — avant ces trois dernières années. À l'époque, ma vision de l'amour, de l'union absolue, de la béatitude se bornait à « un homme et moi, enlacés, suspendus dans l'espace et le temps, le souffle court, à court de mots ». Cette vision n'incluait aucun bébé.

Ma nouvelle vision mit un temps à se former. Le temps que je devienne lasse de moi-même, et aspire à l'évasion. Le temps que les nuits deviennent trop calmes, trop longues, trop insupportables. Le temps que je pose les yeux sur ma nièce. C'est là que j'ai su, que j'ai su que je ne voulais pas vivre sans…

L'apparition du BOE

Rien ne m'avait préparée aux sentiments que j'allais ressentir pour elle, à cette vague dévorante qui me submergea dès l'instant où je posai mes yeux sur elle, juste après sa naissance.

Je ne saurai jamais ce qui, en elle, m'envoûta à ce point. Elle avait une grosse tête, pas de cheveux, et ressemblait infiniment plus à mon beau-frère qu'à ma sœur avec son visage rond, ses yeux bleus et son teint blanc. Quoi qu'il en soit, je fus envoûtée dès cette première fois où je la pris des bras de ma sœur, et où, la serrant délicatement contre mon épaule, je sentis son souffle rapide et léger dans mon cou.

Sans doute parce que j'avais enfin quelqu'un à choyer et aimer sans retenue. Ou peut-être à cause de cette excitation narcissique qui crée le sentiment d'être partie prenante dans l'éveil de la conscience d'un enfant. De devenir un repère permanent dans son univers. Ou bien ce besoin d'influer sur quelqu'un, d'avoir un rôle déterminant dans sa vie, de le préserver à jamais de la solitude et de la tristesse que vous avez enfouies en vous.

Quelle qu'en soit l'origine, mon attachement était une certitude qui grandissait et se fortifiait à chaque visite. À la regarder se tenir assise et ramper, puis crapahuter et marcher ; à entendre ses gazouillis puis ses monosyllabes se transformer en mots, en bouts de phrases, en petites conversations, et plus tard, en mon nom (enfin, en sa version de mon nom) lors de mon coup de fil hebdomadaire ; je réalisais, avec une conviction rarement ressentie au cours de ma vie, que j'aurais un jour mon propre enfant, d'une façon ou d'une autre…

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laureen
laureen @laureen
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