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Analyse d'un film porno

Une analyse critique des films porno mainstream et des messages de domination qu'ils véhiculent, pour comprendre comment ils faussent notre vision du sexe et des relations.

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Dans cet article, j'analyse un film porno-type actuel pour dégager les idées qu'il véhicule.

Je mets volontairement de côté les conditions de « travail » des actrices – ce n'est pas le sujet ici. À ce propos, je n'ai pas lu d'article sérieux sur la question ; si vous en connaissez un, ça m'intéresse.

J'étudie la forme de porno la plus répandue sur Internet depuis quelques années. Je conseille à ceux et celles qui n'ont jamais vu de film porno de s'abstenir s'ils craignent d'être choqués. Cependant, je n'ai aucun scrupule à publier cet article : la porno étant accessible à tous, il est important d'en parler.

Mon but est que les spectateurs (et les autres, pour leur culture générale) soient plus conscients des messages véhiculés. Je précise que je suis un homme, mais que je n'agis pas pour « défendre mon camp ». Je ne me sens même pas dans un « camp », à vrai dire. Je vois simplement que tout ceci est très mauvais pour l'humanité, et je souhaite en parler.

Ceci étant dit, passons au vif du sujet. Le film porno-type dont je parle ici est un film sans « histoire » (scénario = « des gens qui baisent »), un peu style télé-réalité : du sexe, et puis c'est tout. Mais pas n'importe quel sexe – et c'est ce qu'on va voir maintenant.

La femme comme marchandise : l'intro typique d'un film porno

Le film porno-type montre une « relation » sexuelle entre un homme et une femme. Il dure environ 20 à 30 minutes et commence généralement par une femme seule à l'écran, qui a le devoir de sembler aguicheuse. Ici, la femme joue la tentatrice qu'il va falloir symboliquement punir – un cliché malheureusement très répandu dans notre société, un peu comme Ève dans la version déformée de la Bible.

La femme regarde la caméra d'un air coquin, marche de manière sexy et/ou se caresse. Elle peut aussi commencer à se masturber. On peut également exiger d'elle qu'elle parle pour entendre sa voix, mais peu importe ce qu'elle dit : un homme derrière la caméra la questionne, l'essentiel étant qu'elle réponde avec le sourire. Elle est un peu comme dans un entretien d'embauche, seule à l'image, donc isolée. Au même titre que certains employés d'entreprises « toujours disposés », les femmes sont ici vues comme de la marchandise.

Certains films utilisent davantage l'idée de caméra subjective et montrent un bras d'homme qui vient tâter le corps de la femme, accompagné de quelques commentaires tels que « that's great » ou « oh cute ». Il y a un siècle, on tâtait les esclaves noirs pour voir s'ils étaient assez costauds pour bien travailler. Pas de doute : l'idée, ici, c'est que la femme est de la marchandise pour l'homme, un objet interchangeable – et en particulier pour l'homme derrière la caméra, qui représente le spectateur.

À ce stade déjà, les réalisateurs et réalisatrices de films porno-types s'adressent aux hommes et veulent les cantonner au stéréotype du dominateur égoïste, peu respectueux de la personne avec qui ils ont un « rapport ».

Fellation : une scène systématique et dominatrice ?

Puisque la femme a excité l'homme avec son regard aguicheur et ses mouvements sexy, elle se doit de lui faire une fellation – sans doute pour rassurer le spectateur en montrant qu'elle n'a pas « le dessus » bien longtemps (alors qu'en fait, elle n'a jamais eu le dessus, puisqu'on lui a imposé d'exciter l'homme), et pour la « punir » symboliquement. C'est alors que l'homme qui était derrière la caméra passe dans l'image et s'approche de la femme, comme s'il était une extension du spectateur. Peu importe la tête de cet homme : le petit rituel de la séquence précédente incite le spectateur à penser qu'il est cet homme. On essaie de gommer toute distance entre le spectateur et le film, sans doute pour augmenter l'impression de réalité.

La fellation est une séquence présente dans tout film porno-type (en réalité, ce n'est évidemment pas obligatoire, et toutes les femmes n'aiment pas ça, contrairement à ce qu'on nous rabâche sans cesse). La fellation, à la base, n'implique pas forcément l'idée de domination, mais tout est fait ici pour être orienté dans ce sens.

Tout d'abord, l'homme est debout et la femme à genoux (alors qu'ils pourraient très bien s'allonger tous les deux). Vous voyez bien la symbolique. Dans certains cas, l'homme se sert littéralement de la tête de la femme comme d'un objet, en lui agrippant les cheveux et en forçant le mouvement de va-et-vient. J'ai même vu des hommes boucher le nez de la femme pour l'empêcher de respirer pendant quelques instants – histoire de se sentir encore plus puissant, sans doute, du genre « tu es à ma merci » (je rappelle que je parle toujours ici de « porno-type », massivement diffusé sur Internet et présenté comme « normal ») – puis la « récompenser » avec un bisou. Ce doit être jouissif pour l'homme macho, je n'en doute pas. Mais tellement dégradant et irrespectueux pour la femme. « TOUTES les femmes sont des objets, et on peut leur faire ce qu'on veut. Un petit bisou et tout est pardonné. » Voilà l'idée communiquée. Malsain comme message, non ?

L'absence de cunnilingus : le plaisir féminin ignoré

Étrangement (rien de plus logique, en fait), le cunnilingus est bien moins pratiqué que la fellation – un peu au début du film, en option. Pourquoi ? Parce que l'image d'un cunnilingus évoque avant tout le plaisir de la femme (en réalité, certains hommes peuvent pourtant adorer ça, mais bon...). Et le but, ici, n'est absolument pas de procurer du plaisir aux femmes. De plus, on a tendance à penser dans notre culture que c'est la femme qui « a le dessus » lors d'un cunnilingus, ce qui est bien incompatible avec la façon dont on veut nous « éduquer » ici.

Petite parenthèse : oui, les images éduquent. Toutes les images éduquent, que vous le vouliez ou non. Il n'appartient qu'à vous de choisir par quelles images vous voulez être éduqué en sélectionnant ce que vous regardez. Fin de la parenthèse.

Souvent, le clitoris de la femme n'est pratiquement pas « échauffé » lorsque l'homme commence à pénétrer le vagin (et ce n'est pas qu'une histoire de cunnilingus : les mains aussi font des merveilles). Or, je le dis aux hommes qui ne le savent pas : le sexe des femmes ne fonctionne pas comme celui des hommes. Il a besoin d'être « échauffé » en douceur, il faut y aller petit à petit, en crescendo. Au départ, le sexe de la femme est fermé. C'est un viol d'y aller comme un bourrin.

Et puis, caresser un corps est pourtant tellement bon ; c'est bête de passer à côté, non ? En tout cas, ce n'est pas la préoccupation des films porno. Que cet « échauffement » ne soit pas pratiqué sur le tournage ou bien coupé au montage (je n'en sais rien, après tout ; même si je ne me fais pas trop d'illusions), cela revient au même : la sexualité des femmes n'est pas respectée.

La pénétration : scène centrale et gros plans excessifs

La séquence centrale – la plus longue – du film porno-type est la séquence de pénétration, et ce au moins depuis que j'ai pris connaissance de la porno, soit depuis environ 10 ans.

Mais pourquoi la pénétration devrait toujours être au centre d'une relation ? On peut très bien y passer peu de temps par rapport au reste, voire s'en passer. Ce n'est pas obligatoire, sauf pour procréer (ce dont ici on se fout). De plus, cela dépend des gens. Ce qui convient à certains ne convient pas à d'autres.

Or, la pénétration dans les films porno occupe une très grande place. Pourquoi ?

Sans doute d'abord parce que c'est facile à filmer. En effet, des mains qui se baladent sur un corps, c'est difficile à filmer : ça se déplace partout, ce qui demande un effort de la part du « réalisateur ». La pénétration, en revanche, c'est bien localisé ; il en résulte moins de boulot pour la production de films à la chaîne et sans personnalité. On peut donc penser que si la pénétration est tellement filmée, c'est entre autres parce que les réalisateurs manquent de temps et d'imagination.

Ensuite, il faut savoir que les femmes en général atteignent moins facilement l'orgasme lors d'une pénétration que lors d'autres pratiques où le clitoris est davantage stimulé. En effet, sans la stimulation du clitoris, rien ne se passe. Sur-montrer la pratique de la pénétration revient donc à faire de la publicité pour un plaisir moindre chez les femmes lors des rapports sexuels. On rejoint ici l'idée que les hommes doivent avoir du plaisir mais pas les femmes, comme pour le « zappage » du cunnilingus.

Enfin, les réalisateurs cherchent à flatter le spectateur dans le message véhiculé : on rejoint ici l'idée de domination, comme pour la fellation. Il est intéressant de réfléchir à ce qu'évoque la pratique de la pénétration dans notre culture.

Pénétration et domination : un amalgame problématique

À la base, pour la pénétration hétérosexuelle « classique » qui sert à la reproduction, un sexe d'homme pénètre un sexe de femme : il y a donc une certaine dissymétrie entre l'homme et la femme, en effet. Mais c'est tout. Ça ne devrait pas aller plus loin. Or cette dissymétrie est également utilisée par la pornographie pour rabaisser les femmes.

On fait d'abord en sorte d'orienter le sens de l'acte de pénétration vers une connotation violente. Ainsi, par exemple, dans les titres des films porno-types (les vidéos porno sur Internet sont chacune liées à un titre ainsi qu'à des images extraites « pour donner envie »), la femme ne fait pas « l'amour avec un homme », elle se fait « péter le cul » ou « défoncer la chatte ». Avec ces idées en tête, chaque gros plan de pénétration signifie alors « l'homme domine et la femme se fait dominer », ce qui flatte l'éducation machiste du spectateur. On peut même parler de « destruction », à ce niveau-là.

On le voit bien dans notre société, l'idée « celui qui pénètre l'autre est le plus puissant » est très répandue. D'où les insultes « va te faire enculer » ou « je t'encule », ou encore « je t'ai niqué » (qui signifie « je t'ai pénétré »).

En réalité, ces mots ne devraient pas être des insultes. À bien y réfléchir, qu'est-ce que ça fait que ce soit l'homme qui pénètre ? Une relation sexuelle, c'est avant tout une relation humaine, avec le respect de l'autre. Peu importe qui pénètre et qui est pénétré, l'essentiel est que ce soit une relation pratiquée par deux personnes qui souhaitent se donner du plaisir mutuellement, dans le respect de l'autre et sans autre forme de contrainte (argent, menaces, etc.). Et si on veut absolument parler de domination, eh bien la femme peut aussi bien « mener la barque » que l'homme dans une relation sexuelle : par exemple en se mettant sur l'homme et faisant elle-même les mouvements tandis que l'homme est passif. Le cliché très répandu qui fait croire à l'homme qu'il doit dominer car il a un pénis est en fait bien ridicule.

Toujours est-il que la pornographie est très contente que tout ce travail en amont ait été effectué, et que les gens pensent que la pénétration est un signe de puissance. Montrer des pénétrations en gros plan est symboliquement fort et de plus ceci est facile à filmer, donc ils ne s'en privent pas.

Tout de même, malgré le climat ambiant où tout est fait pour confondre « pénétration », « domination » et « jouissance », on peut se demander comment tout spectateur ayant un cœur peut-il ne pas culpabiliser, face à la violence des vidéos jusque dans leur titre...

Ayant fait partie de ces spectateurs naïfs, je peux vous dire que tout est fait pour déculpabiliser le spectateur. Les couleurs des sites porno sur Internet sont flashy, tout a l'air d'un jeu. Parfois, le site porno est même en partenariat avec un site d'humour de (très) mauvais goût, comme il y en a à la pelle sur Internet. Ainsi, les titres atroces des vidéos sonnent « léger », comme un jeu. Et bien sûr, à aucun moment on est incité à penser au sort des actrices. D'autant plus qu'en regardant les films, on ne se rend pas bien compte à quel point les femmes souffrent, puisqu'elles ont le devoir de sourire et de jouer les salopes, et que les scènes où elles sont trop mal sont sans doute coupées au montage. Magie du cinéma.

Il faut le dire : cette obsession de la pénétration fait beaucoup souffrir les actrices, ne serait-ce que physiquement. Et au-delà, cela fait souffrir les femmes en général, puisque les images nous influencent et qu'on a tendance à reproduire ce qu'on nous « enseigne ». Un vagin est fragile, comme un anus d'ailleurs. Non, ces images ne sont pas un jeu. Il y a des gens qui souffrent derrière. Et des images respectueuses de ce qu'est vraiment un rapport sexuel montreraient autre chose que des gros plans de pénétration pendant 10 minutes.

L'absence de contacts et de tendresse

Lorsque j'ai vu un film porno pour la première fois, j'ai d'abord été choqué par le manque total de poésie liée à la manière de filmer (j'ai aussi pris conscience de ce qu'était un sexe d'homme adulte et un sexe de femme, au passage... Et avec le recul, je trouve cela bien triste de l'avoir appris par ce biais, d'autant plus qu'ils sont toujours « tout rasés/aseptisés » et que là encore c'est une déformation de la réalité), puis dans un second temps par le manque de contacts.

En effet, mis à part le contact entre les sexes, tout est fait pour éviter les contacts de la peau. Pas de caresses à part le pelotage des seins de la femme, et jamais de « corps contre corps ». Il y a toujours beaucoup de distance dans les films porno entre l'homme et la femme. Trop difficile à filmer ? Trop tendre et pas assez haineux ? Sans doute tout cela à la fois. C'est un drôle de modèle de relation sexuelle que l'on nous présente là, qui s'apparente davantage à une relation dominant/dominé qu'à autre chose : pas de sentiments, on est là pour baiser sans aimer l'autre ; on veut juste se servir de l'autre pour se masturber, au final.

Les rapports sexuels se font ainsi dépouiller de leur substance. En réalité, je le rappelle, les relations sexuelles sont faites pour les gens qui souhaitent se donner du plaisir mutuellement et dans le respect de l'autre. C'est de la communication. Si on n'apprécie pas l'autre (ou les autres), alors mieux vaut rester seul et imaginer : cela évite de rendre malheureux, et de SE rendre malheureux. Car oui, se servir de corps déshumanisés pour se vider, au lieu d'y voir des êtres humains qui peuvent désirer ou haïr, accepter ou refuser, rend malheureux. Nous sommes des êtres sociaux ; nous avons besoin de communication.

L'éjaculation faciale : une symbolique d'humiliation

L'éjaculation faciale, symboliquement, c'est l'exécution : tirer une balle sur la tête de la femme pour l'achever, pour l'humilier, pour la salir aussi. Très excitant pour les hommes qui ont été éduqués pour détruire. À la base, je ne suis pas forcément contre cette pratique (pourquoi pas, si les deux partenaires sont réellement consentants et qu'ils ont envie tous les deux d'évoquer cette symbolique, comme un fantasme partagé), mais je suis contre la façon dont elle est utilisée ici, et aussi contre le fait qu'elle clôture systématiquement un film porno-type. Bien évidemment, dans la réalité, cette pratique n'est absolument pas incontournable dans un rapport sexuel !

La plupart du temps, l'homme se tient debout et éjacule sur le visage de la femme, qui est agenouillée comme lors de la fellation. L'homme tient son sexe à l'horizontale, comme on tient une arme à feu, et le coup part, sur le visage de la femme filmé en gros plan. Une fin « réussie » est lorsque le visage de la femme est bien éclaboussé, donc symboliquement bien souillé. Là encore, on veut conforter les hommes dans l'idée qu'ils doivent être les maîtres et doivent rabaisser les femmes. C'est on ne peut plus clair, non ?

Et bien sûr, l'absence de symétrie est ici on ne peut plus flagrante : jamais une femme n'éjaculera sur le visage d'un homme, et encore moins sur un visage d'homme filmé en gros plan (oui, les femmes aussi peuvent éjaculer, même si c'est moins courant que les hommes).

Un jour, j'ai vu un film porno (un film amateur, pour info – attention, « film amateur » n'est pas du tout un gage de qualité en soi, comprenons-nous bien) où l'homme éjaculait dans le vagin de la femme (une pratique très courante dans la réalité, bien plus que l'éjaculation faciale), puis ils se reposaient tous les deux l'un contre l'autre. Ces gens avaient l'air de s'apprécier dans la vie, en dehors du film. Ce film avait une autre valeur que ce qui est généralement véhiculé par la porno. Comme quoi on peut faire des choses belles, ou du moins sans domination/soumission malsaine, en montrant des gens avoir un rapport sexuel. Un bémol toutefois : les deux individus n'utilisaient pas de préservatif... Pas très responsable de ce côté-là, donc, dans l'image qu'ils véhiculent de l'acte sexuel en général. À part ça, en ce qui concerne l'excitation du spectateur (qui est le but avoué de ce genre de films), pas de problème : c'était très excitant, et ceci dans le respect mutuel, sans humilier quiconque.

Les maquereaux-producteurs qui sont à la tête du système de la pornographie ne voient sans doute pas la chose du même œil. Ils ont d'autres projets. Et c'est bien là le problème.

L'orgasme féminin : le grand absent du film porno

Les films porno-types se clôturent lorsque l'homme a eu un orgasme, et non pas lorsque la femme a eu un orgasme. Dans la vie de tous les jours aussi, malheureusement, l'homme a souvent un orgasme tandis que la femme simule. C'est toute une éducation... Et voici la pornographie qui appuie cette idée, ultime moyen d'influencer les hommes en les incitant à ne pas écouter les besoins des femmes, à les mépriser. Les hommes doivent mener la barque, ils doivent tout savoir. En réalité, bien sûr, ils ne savent pas grand-chose, puisque la communication est faussée. Alors chacun se met des œillères : les hommes font semblant de savoir, et les femmes font semblant de leur donner raison en simulant...

En réalité, ce n'est peut-être pas un problème que l'orgasme soit plus difficile à atteindre chez la femme que chez l'homme par la pénétration. En effet, il existe d'autres façons d'amener la femme à un orgasme : par exemple avec les doigts. Et au pire, même sans orgasme, le plaisir n'est pas absent, hein ! Il ne faut pas non plus être obsédé par l'orgasme à tout prix.

La pornographie est obsédée par l'orgasme à tout prix, et par la performance : elle est obsédée par l'orgasme masculin, montré comme devant être mécanique, violent et sans aucun sentiment.

On a donc vu à travers cette analyse du film porno-type que l'image de la femme comme l'image de l'homme est faussée : la femme est un trou qu'il faut punir et qui adore se faire rabaisser, et l'homme est une bite robot sans cœur. Vous y croyez, vous ?

Les autres types de films porno existants

J'ai détaillé ici un style de film porno, mais il en existe d'autres.

Les films lesbiens : toujours pour le regard masculin

On peut penser aux films qui montrent des lesbiennes (je n'ai jamais regardé de films gays masculins, je ne connais pas). En fait, là encore, ces films sont destinés aux hommes – ou plutôt à ce à quoi on veut cantonner les hommes. Ce ne sont pas des films pour hommes et femmes (le rêve !), ce ne sont pas non plus des films pour femmes uniquement ; ce sont des films pour les hommes.

La preuve : même entre femmes, elles ne peuvent pas se passer de pénétration, avec des godes et compagnie, sans doute histoire de dire aux spectateurs « ne vous inquiétez pas les mecs, elles aiment la bite quand même ». Alors que j'imagine (je ne connais pas bien, mais cela a l'air très probable) que, bien plus encore que dans une relation hétéro, on peut largement se passer de pénétration. Le message est donc là aussi bien déformé et formaté pour conforter le macho de base dans des idées fausses.

Les films porno « à histoire »

Ensuite, il y a des films « à histoire », comme par exemple les films porno qui passent sur Canal+. Cela fait plusieurs années que je n'ai pas vu ce genre de films, mais si cela n'a pas évolué, alors ce sont des films avec des pratiques un peu moins barbares que les « films porno-types » dont j'ai parlé au cours de cet article. Mais un peu seulement.

Premièrement, ils n'ont pas le côté « télé-réalité » : il y a une histoire prétexte aux scènes de sexe, et le spectateur a un peu plus de distance par rapport au film. Mais au final, cela ne change pas grand-chose : la « pénétration-manie » est toujours de la partie ainsi que les éjaculations masculines pour clôturer chaque séquence de baise, et les femmes sont avant tout des salopes tentatrices (l'histoire que raconte le film permet d'ailleurs la plupart du temps d'appuyer cette idée). À noter cependant : l'éjaculation faciale n'est pas systématique (mais l'éjaculation se fait toujours « à l'extérieur » et sur le corps de la femme), et les séquences de cunnilingus sont généralement à peu près équilibrées en longueur avec les séquences de fellation. Il y a donc un peu plus de respect dans ces films que dans d'autres plus malsains, mais qu'on ne s'y trompe pas : cela demeure orienté pour les machistes et totalement mensonger par rapport à la réalité. Nous sommes toujours très loin du désir d'épanouir le spectateur. Très loin du désir de tirer les gens vers le haut.

Les genres plus marginaux

Ensuite, il y a d'autres « genres » destinés à moins de monde, ou en tout cas plus difficiles à trouver il me semble (mais qui existent tout de même, et peut-être en plus grand nombre que je ne l'imagine – je ne connais pas d'enquête sur ce sujet), comme les films avec des excréments, des enfants, des animaux, des gens qui sont brûlés à la bougie ou bien découpés en morceaux, mais je ne connais pas bien. Il y a aussi les mangas porno, mais ils sont diffusés en masse surtout au Japon et pour les Japonais, donc je n'en parle pas ici (mais je peux vous dire, ayant été exposé à ça, que les idées véhiculées sont bien nocives également).

Conclusion : les messages nocifs de la pornographie mainstream

Il y aurait encore autre chose à dire sur les films porno-types, comme cette mode de transformer les seins des femmes en ballons de foot et autres opérations chirurgicales en tout genre – jusqu'à opérer le vagin pour le rendre plus « visible à la caméra » –, ou bien les conditions traumatisantes de « travail » pour la plupart des « actrices ». Pour ma part, je me suis concentré ici sur les idées véhiculées par la façon de filmer et les pratiques sexuelles dans les films porno.

J'ai écrit cet article afin d'éclairer les gens sur les valeurs qu'ils prônent en regardant de tels films. Pendant longtemps je ne me rendais pas vraiment compte de tout ça. Un jour j'ai acquis les outils pour pouvoir analyser, et maintenant j'essaie de vous le transmettre. Avec l'arrivée d'Internet, la porno est en train de contaminer notre manière de voir le sexe. Et c'est très, très mauvais, aussi bien pour la femme que pour l'homme : il suffit d'ouvrir les yeux pour s'apercevoir que cela nous éloigne les uns des autres. Un vrai rapport sexuel, je le rappelle une dernière fois, n'a rien à voir avec ça.

Les films porno sont faits par des gens qui détestent l'humanité. En toute logique, leur but est avant tout de gagner de l'argent, et par la même occasion d'enfoncer les gens dans la haine, la domination et la soumission, un peu plus qu'ils ne le sont déjà de par les autres sources d'influence (presse, télé, jeux vidéo, cinéma, habitudes sociales, et même les contes qu'on raconte aux enfants – si si, relisez-en, vous verrez !). Tout ceci sans doute afin que ce système reste tel qu'il est, patriarcal, et dominé par un petit groupe de gens qui exploitent le malheur de la masse (hommes et femmes confondus).

La boucle est bouclée. Les nouveaux maquereaux fraîchement formés, en exerçant ce à quoi on les a éduqué, forment d'autres maquereaux dans les générations suivantes, et ainsi de suite.

Au final, impossible de le nier : ce sont les femmes qui sont le plus malheureuses, en premier lieu. Et beaucoup se mettent la tête dans le sable, sans doute par peur des hommes, ou pour conserver ce qu'elles croient être « amour » : certaines ont ingurgité le mythe du prince charmant et désirent rester dépendantes des hommes, mêmes violents. Pour ne pas fâcher, aussi, car on leur a appris à être conciliantes. Certaines s'imaginent peut-être aussi que tous les hommes sont ainsi, sans doute à cause de ce que les médias véhiculent et de certains cas de leur entourage qu'elles ont connus par le passé.

Il est important pour les femmes d'essayer de passer outre tout ceci et de ne pas tolérer que leur(s) compagnon(s) cautionnent ce genre de films. Se dire « mais tous les hommes en ont besoin, c'est naturel » est faux : personne n'a besoin de se faire polluer le cerveau. Exigez d'eux qu'ils prennent leurs responsabilités, au moins par respect pour vous.

Regarder des films porno – tels qu'ils existent actuellement – revient à ne pas connaître les femmes et à ne pas vouloir les connaître, tout en satisfaisant son petit ego par la domination sexuelle. Regarder des films porno, c'est mépriser les femmes et s'enfermer dans une fausse vision du sexe.

Pouvons-nous, nous les hommes (je dis « nous » car j'en fais partie), être heureux sur une planète où malgré les discours façon Don Juan, les bisous d'amoureux empruntés aux films sentimentaux (ou aux jeux télévisés basés sur le couple) et les gentils cadeaux « pour faire bien au bon moment », nous détestons la moitié de la population ? Je ne peux pas le croire. Cherchez bien dans votre vie de tous les jours, vous vous rendrez à l'évidence : impossible d'être heureux avec ces idées polluées en tête.

Vous êtes en droit de refuser cette « vision du sexe ». Vous avez le droit de dire « non, ça ne me convient pas ». Une dernière chose pour la route : notre éducation n'est pas une fatalité ; nous pouvons changer. La preuve, moi j'ai changé.

À l'avenir, rappelez-vous que les images éduquent, qu'on le veuille ou non, et il n'appartient qu'à nous de choisir par quelles images nous voulons être éduqués.

À chaque fois que vous « recevez » des images (ou des sons), pensez aussi à vous poser cette question : « quel est le message qu'on veut me transmettre ? » Il y a toujours un message.

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