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Lifestyle

Aah... Le bahut !

Plongez dans le quotidien décalé d'un lycéen récalcitrant, entre clans, rêves absurdes et amitiés surprenantes. Un prologue humoristique et délirant.

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La vie du lycéen se structure autour de quelques principes, que tout bon représentant de la classe d'âge 15-20 ans se doit de respecter, sous peine de se retrouver seul au monde dans cette vaste arène qu'est le bahut. Les nouveaux arrivants sont mis à l'épreuve dès la première semaine de cours par les anciens ; les quelques récalcitrants devront se résoudre à parler avec leur ombre.

Les règles d'or du lycée

Première règle : appartenir à un clan. INDISPENSABLE dans ce milieu où l'agressivité est parfois de mise, le clan protège mutuellement ses adhérents, et ce sans les obliger à payer de cotisation. Près du grand bâtiment, du côté obscur des toilettes vivaient les anarchistes et leurs pétards. À côté de la cafétéria, les bancs « repos-détente » étaient squattés par les racailles et les racaillettes. Le CDI était le lieu de rendez-vous des intellos tendance littéraires, et le laboratoire, celui des intellos tendance matheux. Enfin, l'immense enceinte centrale que l'on appelle communément « cour » voyait graviter lentement en trajectoire elliptique les quelques autres, les récalcitrants, qui, éparpillés dans ce grand espace, parlaient à leur ombre et marchaient vers un horizon plus clair. Il arrivait parfois que deux clans tentent la symbiose. Les racailles criaient en s'esclaffant : « Ah ! Regarde-moi ce plouc ! » quand un intello-matheux passait à moins de douze mètres de leur banc. En général, le plouc en question ne relevait même pas la tête et continuait son chemin.

Deuxième règle : bien choisir son clan. Il arrivait qu'un anarchiste délaisse le rock pour le rap et change de camp. Malheureusement pour lui, cet échange attisa l'étincelle entre les deux groupes, à tel point que, dès le lendemain, chaînes d'acier pour les uns, lames d'acier pour les autres, quarante-six élèves furent renvoyés du lycée Henri IV pour cause de « salissure des sols et des murs », expulsions purement symboliques puisque la moitié des bannis étaient déjà morts.

Troisième règle : avoir un baladeur. Dans le cas où tous les membres de votre clan sont malades et à la condition, bien sûr, que le fait de graviter avec les récalcitrants ne vous intéresse pas.

Voilà les trois principes fondamentaux. Je n'en respectais aucun. J'étais un récalcitrant. Et fier de l'être.

Confessions d'un ancien intello

En fait, l'an dernier, j'étais un intello-littéraire, mais j'avais perdu mon baladeur, faute grave qui avait poussé ma tribu à se réunir en conseil... et à me bannir. Le bon temps était révolu mais il m'arrivait parfois d'en rêver. Juste en rêve...

Pourquoi « juste » en rêve ? Après tout, on ne sait pas ce qu'est la vie alors qu'on sait ce qu'est un rêve ! On oublie la vie quand on rêve et on oublie le rêve quand on vit. Ceci entraîne cela qui est cause de ceci prime. Euh, non... Pas prime.

Un rêve étrange

Je rêvais donc que je rêvais. J'étais dans le noir et une voix me dit : « Choisis ta voix. » Cette voix, c'est celle de Dieu, je la reconnais.

À la suite de ses paroles, une rose sur ma gauche, une étoile en face de moi, et un cœur à ma droite apparaissent en noir et blanc. Sans hésiter, je choisis la rose. Je me croirais dans un jeu télévisé un peu sadique, aux règles assez floues !

Aussitôt, un nouveau choix s'ouvre à moi : disque rouge, maison bleue, lunettes vertes. Je choisis la maison.

« Essaie encore », dit Dieu. Je m'avance vers le disque.

« Essaie encore. Attention, il ne te reste plus qu'un essai », dit Dieu.

Je choisis les lunettes et Dieu crie d'une voix diabolique : « Alors tu seras bigleux, mon fils ! Ah ah ah ! »

Et là je me réveille.

En plein cours d'histoire

Toujours dans mon rêve. Ach so de Scheiße, je suis en plein cours d'histoire ! Heureusement pour moi, ce moment d'égarement est passé inaperçu.

La prof, bigleuse par excellence, parle de la situation conflictuelle au Proche-Orient. Moi, je dis qu'on n'a qu'à rendre à la Palestine ce qui appartient à la Palestine et mettre les autres dans un nouveau pays, à l'abri des bombes. Ce serait une date historique dans l'histoire.

Imaginez... Tout le peuple réuni dans la salle des fêtes du nouveau pays pour l'inauguration tant attendue. Les spots tournent à 100 à l'heure et la musique techno résonne. Soudain, la cymbale retentit et la salle se tait. Les gens, impatiemment effrayés, attendent comme un troupeau de fourmis l'ouverture du rideau. Enfin les deux pans s'écartent lentement et laissent entrevoir un petit vieillard. Sa barbe touche le sol, ses yeux sont petits et vifs, sa peau toute fripée. Il laisse échapper d'une voix mal huilée : « Je suis votre nouveau chef ! »

La foule se prosterne devant son nouveau maître. Le vieux se jette dans la foule en criant : « Vive le cannabis ! »

— Vive le cannabis ! Vive le cannabis !

Toute la classe me fixe et la prof a abaissé ses lunettes.

— Veuillez m'excuser, jeune homme ?

Ach so de Scheiße !

— Euh... Vive la République ?

Toute la classe éclate de rire mais je peux voir la fumée sortir de la tête de la prof. Dans quelques secondes, elle va exploser. Elle va piquer une colère, se mettre à crier « Aaargh, aaaah » comme une hystérique ou alors faire un malaise. Je préfère ne pas voir ça et je me réveille pour de vrai. Dans mon lit.

Un autre souvenir : Mélinda

Voilà ? Avez-vous aimé mon rêve ? En voici un autre, alors, qui va très bien introduire le vrai récit (il arrive très bientôt).

L'an dernier, mon unique amie s'appelait Mélinda. Elle m'attendait après chaque heure de cours, quel pot de colle cette nana !

Dans mon rêve, on reste deux minutes comme ça, sans rien se dire et puis pour meubler, je parle :

— Ah, au fait, je voulais te demander quelque chose, mais j'ai oublié quoi... C'est bête...

Tout d'un coup, ses yeux brillent et la salive coule de sa bouche : je comprends alors mon erreur. Elle bataille contre la salive qui fait pression contre sa paroi buccale, elle se bat, faiblit, puis finit par abandonner — à cet instant précis, l'océan déferle à mes pieds — et articule difficilement — l'émotion sûrement — :

— Que tu veux sortir avec moi ?

Je sens que je vais exploser de rire et puis je croise son regard de chien battu et je me dis que ce serait méchant.

La sonnerie me délivre et je vais en cours de maths toujours suivi par Mélinda. Le prof esquisse un sourire ironique quand il me voit arriver, trempé par l'océan salivaire de Mélinda : « Ah celui-là ! » se contente-t-il de soupirer. Nota bene : les profs de maths agrégés n'ont pas beaucoup de vocabulaire.

En plus, Monsieur Arly est si winzig klein qu'on pourrait l'écraser sans s'en rendre compte... Alors il n'a pas intérêt à l'ouvrir avec moi !

Au milieu du cours, Mélinda sort les paroles d'une chanson parlant de macaques.

Je lui demande : « Pourquoi tu as écrit une chanson qui parle de macaques ? »

Elle me dit : « C'est Bush. »

— Mais Bush, ce n'est pas un macaque !

— Mais je ne l'aime pas, Bush, moi !

Je lui mets une tarte. Elle m'énerve. Aujourd'hui encore, je n'ai toujours pas compris pourquoi elle disait que Bush était un macaque alors que Bush est un homme. Peut-être qu'elle ne le savait pas.

Le récit peut commencer

Voici la fin de l'interlude consacré à mes songes nocturnes — je suis beaucoup moins délirant dans la vraie vie. Dans la rubrique « que sont-ils devenus après ? », sachez que j'ai déménagé durant l'été et que je ne revois ni Mélinda ni Monsieur Arly. Je ne connais personne ici.

Le récit peut commencer.

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lyahn
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