
Ayant vu, lorsque j'étais au lycée, quelques documentaires sur la vie étudiante le premier samedi du mois sur France 3 régions – en particulier « L'étudiante fait de l'œil au maître de conférence de l'amphi » ou « Approfondissement de langues vivantes à la BU » –, c'est avec un empressement étrange que je me suis inscrit à la fac pour partir en quête d'une communauté étudiante où je puisse, sans fausse pudeur ni tabou, trouver ma place...
Mes premiers pas à la fac : l'initiation syndicale
Le jour de mon inscription, deux représentants de sectes syndicalistes étudiantes opposées – l'opposition se voyait à la couleur du badge greffée sur la peau du représentant étudiant – se présentèrent à moi pour me convaincre que si je m'étais inscrit à la fac, c'était contre mon gré. Ils m'assurèrent que mon diplôme me permettrait, dans le meilleur des cas, d'être manager responsable des frites dans un Mac Do, et qu'à la libération je serais rasé par des hordes de José Bové.
Pour éviter de finir minablement avec le crâne de Fabien Barthez, le seul moyen était d'adhérer à leur communauté, ce qui me garantissait qu'ils me donneraient tous les moyens pour rester à la fac jusqu'au RMI. L'obtention directe du RMI en sortant de la fac étant l'équivalent du DESS pour étudiants touristes.
Je choisis le syndicat avec l'autocollant rose, car ils avaient eu le bon goût de m'évangéliser par une représentante qui savait argumenter jusqu'à 95 °C. Mon incorporation se passa très bien, puisque j'y suis resté plus d'une semaine.
Pendant mon initiation, j'ai réussi à déclencher une grève gigantesque (800 étudiants selon ma communauté, 7 selon la secte à autocollant bleu) pour réclamer le maintien de l'option origami dans le module His 369BZ9 et la création d'un module « Où est Charlie ? » en licence de lettres modernes.
La désillusion et la quête solitaire
Mes premiers doutes sont venus quand j'ai remarqué que les intervenants étaient plus nombreux que les étudiants lors de l'assemblée générale sur le thème « Comment réussir son CAP médecin après une huitième année de DEUG ? ».
L'élément qui m'a fait abandonner l'autocollant rose a été le suicide du trésorier nain de ma secte qui s'est noyé dans son préservatif, car il avait détourné 13 francs de la caisse pour s'acheter un sandwich fraise de veau – topinambours au club histoire, ce qui risquait de provoquer un dépôt de bilan.
Étant dégoûté des structures définies, je décidai de partir en apnée à la recherche de la communauté étudiante.
Tentative d'intégration sociale : l'échec de l'arrêt de bus
J'avais remarqué que, chaque heure, il y avait un attroupement mystérieux autour des arrêts de bus. Pour me faire des amis, je suis donc passé et repassé devant l'arrêt en R5 décapotable avec les sièges en taffetas et l'autoradio à fond, branché sur Pierpoljak et la version pirate d'« I will survive » interprétée acoustiquement au marteau mou par des culs de jatte mongoliens, pour bien montrer à tous ma haine de la société et mon envie d'intégration.
Mais le résultat ne fut pas à la hauteur de mes espérances puisque ma performance n'attira que deux barbus capillairement incorrects qui me demandèrent l'heure et les horaires du bus.
À la BU : rencontre avec une étudiante
Après cet échec douloureux, je tentai une dernière expérience en pénétrant pour la première fois, après trois ans d'études, dans le lieu échangiste de la fac : la bibliothèque universitaire, à la recherche d'une copine mannequin ou d'un livre sur la légende du Père Noël noir.
Je remarquai tout de suite une étudiante seule à une table, toute en poitrine et en gaieté, qui faisait un exposé sur les films de science-fiction mésopotamiens, et je décidai de passer à l'attaque.
Je lui dis que sa mère avait volé les deux plus belles étoiles du ciel pour en faire ses yeux, qu'ensemble on partirait sur les bords de la Loire aux sources de la civilisation inca, que pour elle j'irais jusqu'à me prostituer au Bigdil pour gagner une voiture. Voyant qu'elle ne flippait-flashait pas, je lui déclarai que j'avais remarqué tout de suite qu'elle avait la beauté intérieure d'une moule de Bouchot et je me mis à lui parler en japonais du cassoulet William Saurin.
Enfin, voyant que mes techniques de drague habituelles ne marchaient toujours pas, j'utilisai en désespoir de cause les outils les plus racoleurs. Je lui déclarai, les yeux baissés, qu'à la fin de chaque cours je rentrais chez moi pour les mettre en fiches, que j'adorais aller aux soirées étudiantes, ce qui me valut enfin un sourire.
Enfin pour l'achever, je lui dis que je faisais des études pour devenir doyen de la fac et, la sachant emballée, je lui proposai de venir dans ma mezzanine-chambre étudiante de neuf mètres carrés.
Dans ma chambre étudiante : une fin en apothéose
Une fois dans mon loft-chambre étudiante, elle me prévint qu'il ne fallait pas trop espérer d'elle car elle s'était fait exciser à l'âge de treize ans, alors qu'elle était en plein régime pour perdre ses 10 derniers grammes superflus. De toute façon, je lui confiai que moi aussi j'étais impuissant depuis un panaris à l'âge de huit ans.
Mais deux étudiants de sexe opposé ne pouvaient pas se quitter sans s'être sucé les yeux, et les autres chambres étudiantes devaient entendre notre amour pour maintenir la réputation hot de la résidence.
Après huit heures de « French Kiss » de Lil Louis, poussé à 25 mégawatts en boucle, pendant lequel nous jouions au curling et à Docteur Maboul, elle est partie en me promettant de revenir si elle trouvait à nouveau huit heures de libre entre ses 15 heures de cours hebdomadaires.
Après son départ, j'ai essayé de me suicider en mangeant des rillettes, mais hélas c'était un pot sans listériose. Demain je tenterai peut-être une overdose au vin de noix ou à la Tourtel.
Et si rien ne marche, je me résoudrai à finir marié dans un pavillon de banlieue Catherine Mamet avec 2,1 enfants... ou j'écrirai un article pour un journal de jeunes.