Pendant près de trois ans, Soulframe s'est ouvert au compte-gouttes. Des invitations distribuées par poignées, des codes à récupérer en regardant trente minutes de stream, quelques fenêtres d'accès offertes à la hâte autour du TennoCon. Le 6 novembre 2026, ce filtrage s'arrête : Digital Extremes passe son jeu en "Open Preludes" et n'importe qui sur PC peut créer un compte, télécharger et entrer dans Midrath.
Deux choses à garder en tête avant de cliquer : c'est gratuit, et ce n'est pas une sortie. Le studio parle d'une alpha ouverte, d'une version de travail livrée au public, pas d'un jeu terminé.

Comment on entre, concrètement
Pas de clé, pas de liste d'attente, pas de concours de codes. Il faut un compte sur le site officiel de Soulframe et le lanceur maison de Digital Extremes. Le jeu ne passe pas par Steam : une page existe bien sur la plateforme, avec un "Coming soon" et aucune date. Un nouveau venu installe donc un lanceur supplémentaire sur son disque, ce qui rappelle une époque pas si lointaine où chaque éditeur voulait le sien.
Côté argent, l'accès à l'alpha est gratuit, et le programme "Founders" reste en place, inchangé, avec ses paliers payants. Le studio n'a pas détaillé publiquement le reste de la monétisation. Le sujet paraît secondaire aujourd'hui ; il le sera beaucoup moins le jour où le jeu sortira de sa phase de test, et c'est à ce moment-là qu'on saura si le modèle ressemble à celui de Warframe ou s'en écarte.
Dernière contrainte, et elle est de taille : PC uniquement. Aucune version console ni mobile n'est annoncée à ce stade. Ceux qui espèrent y jouer sur téléphone ou via un service de cloud gaming devront patienter - sur ce terrain-là, l'offre grand public bouge vite, comme le montre la montée en qualité du streaming gratuit, mais Soulframe n'y figure pas.
Trois ans de portes entrebâillées
Soulframe a été annoncé en juillet 2022 et testé sur invitation depuis décembre 2023. Pendant cette période, le studio a entretenu la curiosité avec un système d'accès très verrouillé : environ 2 000 invitations par semaine à un moment, puis quatre codes bonus glissés dans chaque e-mail pour que les heureux élus recrutent leurs amis. Il y a aussi eu les distributions massives, comme ces trente minutes de Twitch à regarder pour décrocher un sésame, ou les ouvertures temporaires autour des TennoCon.
Résultat : beaucoup de joueurs ont entendu parler du jeu sans jamais y avoir touché. La question "qu'est-ce que ça vaut pour un nouveau venu ?" n'est donc pas rhétorique. C'est même la seule qui compte le 6 novembre au matin.
Ce qu'il y a réellement à jouer
Le contenu de départ tient en seize chapitres numérotés "Preludes", qui présentent l'univers d'Alca, les personnages et les mécanismes. Les quêtes scénarisées s'appellent des "Fables". Autour, la boucle classique du genre : explorer, libérer des animaux captifs, découvrir des Arbres Monde, puis débloquer progressivement le coopératif en petit groupe, l'artisanat, la personnalisation et la progression des armes. Le joueur incarne un "Envoy", dans un univers de fantasy inspiré par la nature et la restauration, avec une filiation Miyazaki souvent citée par la presse.

Le gros morceau arrive peu après, avec la mise à jour "Verse of the Veilands" (Preludes 17), attendue plus tard en novembre sans date ferme. Elle refond la progression de la carte : après une quête d'introduction, le joueur découvre les Veilands, une région corrompue par la faction de l'Ode, qu'il faut purifier à l'aide de "votives". Chaque zone nettoyée ouvre des ressources et des activités annexes, dont la pêche. Et surtout, elle introduit les montures, en commençant par un louveteau nommé Omen, que l'on dresse jusqu'à pouvoir le chevaucher. Un nouveau Pacte, l'Ode Shrike, fait aussi son apparition : un trappeur qui manie piquants, pièges-ballons, bombes et chaînes.
Un détail important pour qui déteste arriver dans un monde ouvert sans savoir quoi faire : cette refonte sert précisément de cadre. Auparavant, les testeurs étaient lâchés dans la carte avec pour seule consigne de se débrouiller.
La refonte qui rend le studio nerveux
Digital Extremes ne cache pas l'ampleur du virage. "C'est un peu intimidant d'ouvrir enfin les portes de cette manière, mais l'introduction des montures et des systèmes de progression du monde que nous avons révélés aujourd'hui arrive au bon moment pour recueillir des retours essentiels", a déclaré le directeur créatif Geoff Crookes. Lors d'une présentation réservée à la presse, il a reconnu, avec le concepteur en chef, Scott McGregor, une vraie nervosité à l'idée de ce changement : le jeu, jusqu'ici loué pour son atmosphère apaisante, apparaîtra "à première vue nettement plus impitoyable et plus rude".
McGregor a justifié la refonte de l'introduction par les retours des joueurs : beaucoup ne savaient pas quoi faire ensuite. Les premières heures seront donc davantage guidées. Crookes a également prévenu que cette alpha ouverte n'est pas la version finale, seulement la "structure fonctionnelle" du jeu à venir. Le système Veilands, lui, ne sera pas complet à sa sortie et recevra des ajouts par la suite.
Autrement dit : le 6 novembre, on ne visite pas un jeu, on visite un chantier, casque sur la tête. C'est enthousiasmant si l'on aime voir un titre se construire et discuter des systèmes avec les développeurs. C'est frustrant si l'on cherche une expérience finie, stable et polie.
Warframe en face : deux coûts d'entrée qui n'ont rien à voir
La comparaison avec Warframe s'impose d'elle-même, puisque c'est le même studio et que Warframe, son aîné, a financé le développement du nouveau venu. Mais l'analogie "Warframe 2" ne tient pas, et pas seulement parce que l'un est un looter-shooter de science-fiction et l'autre un action-RPG de fantasy au corps à corps plus lent et plus méthodique. Ce sont deux formes opposées de ce qu'un nouveau venu doit accepter.
Entrer dans Warframe en 2026, c'est arriver dans une ville construite pendant treize ans sans plan d'ensemble. Le jeu est sorti en 2013, il a accumulé des milliers d'heures de contenu, un lore en couches, des systèmes empilés les uns sur les autres. Sa richesse est réelle, sa courbe d'entrée aussi. Le calendrier n'aide pas : en décembre, le studio déploie Tau, présenté comme la plus grande mise à jour de l'histoire du jeu, avec une quête principale à l'ambiance polar, une warframe jouable et même un équivalent de poker intégré à l'univers. Difficile de trouver meilleur moment pour s'y (re)mettre - et plus intimidant pour qui part de zéro.

Entrer dans Soulframe, c'est l'inverse : un jeu incomplet, dont les systèmes bougeront, dont certaines zones resteront à moitié finies, et dont l'équilibre se cherche encore. Les retours déjà disponibles en donnent un aperçu honnête. La critique de la mise à jour Preludes 14 par Lords of Gaming parlait d'une épée à double tranchant : beaucoup de bon contenu et un tutoriel bienvenu, mais des changements qui fâchent. Sur les forums officiels, des joueurs décrivent un corps à corps peu maniable et un Pacte Spirit qui porterait à lui seul une bonne partie du jeu. Ce sont des impressions de testeurs, pas des mesures : elles illustrent surtout qu'un jeu en chantier se juge sur sa trajectoire, pas sur son état du jour.
Le calendrier, enfin, pèse dans la balance : le 6 novembre tombe deux jours après la sortie de World of Warcraft: Forever et dans la même semaine que les mondes Hardcore d'Old School RuneScape. Le mois est chargé pour qui aime les jeux en ligne persistants. Lancer Soulframe ce week-end-là, c'est accepter de partager son temps avec des concurrents autrement plus finis.
Alors, on y va ?
Si vous jouez tranquillement, une heure par soir, sans chercher à tout optimiser, Soulframe a un argument sérieux : son rythme. Un corps à corps posé, de l'exploration, des animaux à libérer, une direction artistique qui respire - c'est exactement le registre d'un jeu de détente un peu contemplatif. La refonte de l'introduction, justement conçue pour ne plus lâcher le joueur sans repères, va dans le bon sens pour ce public.
Mais il faut y aller avec les bonnes attentes :
- Ce n'est pas une sortie, c'est une alpha publique. Des systèmes changeront, et certaines progressions seront peut-être remises à plat.
- L'accès passe par un lanceur dédié, sur PC seulement.
- Le gros du nouveau contenu (Veilands, montures, Ode Shrike) arrive après l'ouverture, dans le courant de novembre, et restera partiellement inachevé.
- Rien ne presse : le jeu est gratuit, donc l'essayer ne coûte qu'un téléchargement. C'est le seul coût d'entrée qui soit réellement faible dans cette histoire.
Reste une question de fond, qu'aucune date d'ouverture ne tranchera : est-ce que Digital Extremes arrivera à tenir deux jeux en ligne vivants en parallèle, avec sa culture de mise à jour permanente ? Le studio affirme être pleinement investi dans Warframe, et le déploiement de Tau en décembre en est au moins un signe à court terme. Pour le joueur, la vraie réponse se trouvera dans les six mois à venir - dans la cadence des correctifs de Soulframe, et dans la capacité du studio à ne pas laisser l'un des deux jeux au bord de la route.
En attendant, la porte est ouverte. Ce n'est pas la même chose qu'une maison finie.