En 1994, en pleine préparation de la coupe du monde de football, la Corée du Sud recevait un tout autre événement dans ses salons : Astonishia Story, le premier jeu du studio Sonnori, vendu à plus de 50 000 exemplaires. Presque trente ans plus tard, l'annonce d'une version entièrement modernisée par NIS America, prévue le 11 février 2027 sur PC, PlayStation 5 et Nintendo Switch (dont la Switch 2), transforme ce titre en capsule temporelle. Elle offre aux joueurs d'aujourd'hui une porte d'entrée sur une scène RPG nationale qui a longtemps existé dans l'ombre des géants japonais.

Une fenêtre sur une scène RPG historique
L'enthousiasme autour de cette nouvelle version ne s'explique pas seulement par la nostalgie. Elle cristallise l'histoire d'un marché du RPG coréen qui s'est développé en réaction directe à des conditions très précises. À l'époque, les titres japonais comme Ys ou les classiques occidentaux comme Ultima étaient inaccessibles pour le public local à cause de la barrière de la langue. Comme l'expliquent des analyses historiques du genre, "les joueurs coréens étaient enthousiastes à l'arrivée de RPGs coréens à part entière à cette époque. Pouvoir comprendre l'histoire du jeu était déjà une immense bénédiction."
C'est dans ce contexte qu'Astonishia Story a imposé son existence. Le remake de 2027 ne s'appuie pas sur le jeu original de 1994, ni même sur sa version PSP réputée. Il adapte une refonte coréenne publiée sur Switch et PC en décembre 2025, comme le précise la presse spécialisée. NIS America ne fait donc qu'importer la plus récente itération d'un classique qui n'a jamais cessé d'être entretenu dans son pays d'origine.
Un gameplay tactique qui ne ressemble pas à Fire Emblem
Au-delà de son histoire, c'est la signature gameplay du titre qui le rend fascinant pour comprendre les particularités des premiers RPGs coréens. Si le coeur du jeu reste un JRPG très traditionnel - une narration linéaire, des personnages, une ambiance - son système de combat tactique sur grille se distingue radicalement des codes établis par les séries japonaises comme Fire Emblem.
Comme l'analyse une rétrospective du jeu, son combat tactique se rapproche davantage des RPGs occidentaux classiques comme Pool of Radiance ou Ultima III. Cette approche, mélangeant JRPG et tactique à l'occidentale, ne serait d'ailleurs pas un accident. Elle deviendrait une tendance identifiable chez plusieurs créateurs coréens de l'époque, cherchant une voie entre leurs influences japonaises et les mécaniques plus complexes venues d'ailleurs. Le site Steam du remake le confirme en vantant une version modernisée de ces "combats tactiques sur grille" et du système de recrutement de mercenaires.

Un accès encore limité malgré le regain d'intérêt
Si le remake agit comme un véritable pont vers cette époque méconnue, il souligne aussi une limite persistante de la diffusion internationale de ces jeux. L'annonce de la version occidentale confirme l'absence de traduction française. Il faudra se contenter de textes anglais sur consoles, avec peut-être quelques options supplémentaires sur PC. Pour les francophones, l'obstacle de la langue - exactement celui qui avait favorisé l'essor du RPG local en Corée en 1994 - demeure donc pour profiter pleinement de cette redécouverte.
Ce remake ne sera donc pas une découverte pour tous. Il est surtout significatif pour ce qu'il représente : la reconnaissance tardive d'une filiation RPG distincte, née d'un contexte culturel spécifique, et dont les mécaniques gameplay offraient déjà une alternative aux sentiers battus. En sortant en février 2027, Astonishia Story ne ravive pas seulement l'intérêt pour un genre ; il y invite à nouveau, avec ses codes propres, qui ont encore beaucoup à montrer.