
Le début de l'entraînement
_ « Prête ? » Le comte était déjà adossé contre le tronc de l'Aolérat. Il avait donné à Carys, quelques minutes auparavant, toutes les consignes et les indications pour survivre.
Elle s'accroupit devant lui, serrant ses poings sur le sol, et ferma les yeux.
_ « Toujours... » Elle avait esquivé un petit sourire, comme pour montrer sa volonté et sa conscience.
_ « Je l'espère pour toi ! C'est parti... » Vira joignit ses mains et les monta au-dessus de sa tête, fermant également ses paupières, non sans ressentir une peur lui couper la respiration.
La projection de l'esprit
Carys s'imaginait alors dans la mer, nue, ne faisant qu'un avec le soleil. Il lui donnait des reflets argentés étincelants sur certaines de ses mèches de cheveux.
L'eau se répandait sur son corps, lui évoquant le sentiment d'être en harmonie avec le réel bonheur.
Elle mit sa tête sous l'eau. Des courants d'air frais lui effleuraient le visage, et ses pieds caressaient le sable fin en adoration...
_ « C'est y est. » Elle oublia tout de son existence pour se concentrer sur sa baignade.
Son esprit se fermait peu à peu, et elle se sentait quitter son corps. Cette sensation de disparition lui apparut trop brutalement, et la fit tressaillir. Elle revint lourdement à elle.
_ « Non ! Recommence ! » Le comte l'avait attrapée par le poignet pour la forcer à se rasseoir.
Carys s'exécuta...
Cette fois, elle s'imaginait allongée sur un tronc d'arbre. Elle n'avait aucun mal à y garder son équilibre et, au contraire, prenait un plaisir fou à pencher la tête vers le sol.
Sentir le vide en dessous d'elle la calmait, et elle s'endormait dans le feuillage brun de l'automne...
_ « Cette fois, c'est bon. » À nouveau, elle sentit cette sensation... Comme si on l'arrachait de son corps... Ce n'était pas douloureux, non... C'était curieux, unique et délivrant.
Comme le comte l'avait prévenue, ses cinq sens avaient disparu, et elle savait alors qu'elle n'était plus exactement humaine.
L'échange avec Philo
Son esprit avait pénétré dans le corps de Philo, sa panthère, et en cherchant son propre corps, elle vit que l'esprit de Philo était entré dans sa matière de petite fille.
L'échange avait marché...
Enfermée dans une sorte de brouillard, elle ne réfléchissait plus, mais elle savait quoi faire.
Philo ouvrit les paupières sur de grands yeux verts-or, provocateurs. Il sortit ses griffes et montra les dents en grognant. Ça avait commencé...
La panthère était entrée dans le corps de Carys et jouait avec habileté... Lui aussi savait ce qu'il avait à faire...
L'affrontement
Le comte se leva brutalement. Il faisait confiance à Carys comme il le ferait à sa propre fille, mais toutefois, son instinct lui donna le réflexe de reculer devant l'esprit de Philo.
Il sortit son sabre et, après maintes hésitations, le brandit devant le corps de la seule fille qui lui avait offert un bonheur.
C'était un entraînement, bon Dieu ! Comment lui, le Comte Vira, Lecinto-Veris, pouvait avoir une réaction de la sorte face à une gamine de 9 ans ?
Le corps de Carys, avec l'esprit de Philo, s'approchait de lui sans lâcher ce sourire ensorceleur qu'il connaissait par cœur...
Le comte tremblait littéralement... Il ne voulait pas la blesser... Mais ça ne devait pas se passer ainsi. Ils n'avaient pas prévu de s'affronter.
Trop fier pour fuir, il calcula la distance qui le séparait du corps de Carys et se concentra pour ne pas manquer son coup... Le rein droit de Carys était accessible, il allait essayer de l'atteindre.
C'est alors que le corps de Philo, avec l'esprit de Carys, lui sauta sur le dos, griffes ouvertes, et le comte bascula à terre, sans décence.
La peur et la fin du cauchemar
Quelques minutes terrifiantes passèrent, où la bête approchait sa gueule de la nuque du comte. Il sentait sa chaîne en or bouger, la défense de sa mère...
Il avait achevé une armée de trois millions de Jedi à mains nues, il avait défendu Naboo avec son sabre comme seule arme, il avait passé la nuit entouré de gardes Mandaloriens qui le torturaient. Mais jamais ! Jamais son pendentif n'avait frémi de la sorte... L'esprit de sa mère voulait l'aider...
Un rire rauque et gracieux se fit entendre. Vira sourit : c'était Carys qui était retournée dans son corps et grattait la tête de Philo.
_ « T'as eu peur, hein ! » Elle se pencha vers son comte en lui tendant la main pour le relever.
_ « Non, bien sûr, ton interaction m'intéressait, c'est tout. Tu as réussi la conversion d'esprit, ma fille, je t'offre ma fierté. »
Non... Carys n'était pas une Holoin... Elle n'était pas un humain... Elle était beaucoup plus puissante encore.
Un être insaisissable, une créature incontrôlable et une âme qui envoûte tout corps et esprit...
L'incarnation de l'amour.