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Histoire

Papon ou l'histoire d'une France honteuse

La libération de Maurice Papon pour raisons médicales rouvre les blessures de l'Histoire. Retour sur le parcours d'un fonctionnaire au passé controversé.

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Maurice Papon a été libéré au nom d'une loi à peine votée, dont il est le premier bénéficiaire.
Le dernier symbole de la collaboration de la France au régime nazi ne connaîtra pas l'ultime déshonneur de mourir en prison.

Mais qui est au juste cet ancien fonctionnaire qui a traversé les régimes sans aucun état d'âme ?

Bref historique d'un fonctionnaire zélé

Il n'est alors qu'un jeune fonctionnaire radical du ministère de l'Intérieur quand, en 1940, il prend la route de Vichy pour rejoindre le gouvernement de collaboration. Il devient, à 32 ans, en 1942 secrétaire général de préfecture, ce qui le place au cœur des questions juives.

Le 2 juillet 1942, une lettre des SS parvient à la préfecture, demandant l'organisation d'une rafle de Juifs, hommes et femmes. Le jeune secrétaire notifiera alors par écrit : "Il y a lieu de suivre les ordres des SS", sans se préoccuper de l'état de santé de cesdits Juifs.

Début 1943, alors que le vent tourne pour le régime collabo, Papon retourne sa veste et affirme avoir rendu des services à la Résistance pour des cas "intéressants". Certains anciens résistants témoigneront en sa faveur à son procès. À la Libération, il est donc considéré comme un résistant par une France qui a trop besoin de hauts-fonctionnaires compétents pour avoir trop d'états d'âme.

Passons sur sa carrière de 1949 à 1958 qu'il poursuit en Algérie.

De la préfecture de Paris aux massacres

C'est en 1958 qu'il accède à la prestigieuse place de Préfet de Paris. À deux reprises, son goût pour l'autorité musclée se termine dans le sang. Le 17 octobre 1961, environ 200 Algériens sont tués et jetés dans la Seine.
Le 8 février 1962, c'est une dizaine de morts qui sont recensés après le chargement de la police sur des manifestants anti-OAS, au métro Charonne. "Des matraqueurs assermentés qui fignolèrent leur besogne", chantera Renaud. Il justifiera ces actes par ces paroles : "On m'avait demandé de tenir Paris".

Oui, ce caméléon politique n'a jamais exprimé de remords pour des actes dont il estime que la France entière est responsable.
En 1998, son procès lui donnera tort et il est condamné à 10 ans de prison, bénéficiant déjà de circonstances atténuantes dues à son grand âge.

Pourquoi Maurice Papon a-t-il été libéré ?

Mais voilà, le 22 mars 2002, une nouvelle loi, rédigée par notre cher ancien ministre de la Santé du gouvernement Jospin, Bernard Kouchner, est votée. Elle stipule que "toute personne incarcérée pourra être bénéficiaire d'une libération conditionnelle en raison de son état de santé, physique ou mentale, rendant sa détention médicalement impossible". Pour ce faire, la personne en détention doit passer devant deux experts médicaux, qui doivent rendre leur rapport au Juge de l'application des peines, à la Cour d'Appel, ainsi qu'à l'avocat du détenu.

Il s'est donc trouvé deux experts médicaux pour déclarer que Papon, certes vieux mais pas encore le pied dans la tombe, n'était pas en état de santé pour poursuivre sa peine en prison.
Il est donc le premier à bénéficier de cette mise à exécution de cette loi.
Alors on crie au scandale, les victimes et survivants se sentent humiliés, oubliés, et leurs blessures se rouvrent.

Une condamnation trop tardive ?

Mais il est à se demander d'abord pourquoi sa condamnation a eu lieu si tard ? Non, on n'a pas voulu expressément condamner un vieillard de 88 ans, on aurait préféré l'avoir jeune. Et il semble qu'à ce moment-là, la question de sa libération n'aurait pas eu lieu d'être, ou aurait été beaucoup moins épineuse, car il aurait effectué la majorité de sa peine. Si quelqu'un a la, ou une réponse, je serais ravie de l'avoir en commentaire.

Le poids de la honte de la République

Je pense qu'en enfermant Papon, on a voulu emprisonner un symbole, et c'est l'homme que l'on a libéré. Il faut admettre que Papon ne pouvait porter à lui seul "le poids de la honte de la République". En libérant Papon, la justice admet ce qu'aucun régime d'après-guerre n'a jamais voulu reconnaître : la France est bien responsable des crimes commis par l'État de Vichy.
Le 9 juillet 2002, la France était déclarée coupable de la déportation de Juifs de Gironde. Le tribunal administratif de Paris écrivit dans son jugement : "L'État républicain instauré par la constitution du 4 octobre 1958 doit assumer la totalité de l'héritage de ses prédécesseurs".

Le plus grand affront aux victimes serait d'oublier.

L'apparemment tout n'est pas fini, il n'y a pas que le peuple qui s'est insurgé de sa libération ! Des magistrats auraient mis en doute les avis des experts médicaux qui ont permis sa libération. L'affaire risque de rebondir de nouveau, et la justice n'a pas dit son dernier mot.
J'ai récemment lu un article sur l'impact psychologique de sa libération sur les survivants ou les proches des victimes du régime nazi en France, et c'était assez effrayant... dépression, suicide... Alors pour toutes ces lois que la justice applique comme bon lui semble, ne pouvait-il pas y avoir une "injustice" qui n'aurait somme toute bouleversé personne ? Symbole ou pas, il n'aurait pas dû sortir...

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tatatar
tatatar @tatatar
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