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Histoire

L'histoire d'une mort injuste

Aurélien, jeune soldat canadien, a survécu à la Seconde Guerre mondiale. Mais alors qu'il rentrait chez lui pour retrouver sa femme et son fils, une tragédie injuste l'attendait à bord du navire.

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La guerre de 1939-1945 fit des milliers et des milliers de morts, mais le récit qui suit raconte la mort absolument injuste d'un de ces soldats qui se battit courageusement, qui survécut à toutes ces batailles, qui revenait chez lui, mais qui, malgré tout, ne put que trouver la mort.

Aurélien, un jeune soldat canadien

Aurélien avait seulement 21 ans lorsqu'il s'enrôla, en 1939, dans l'armée canadienne. Tout jeune marié, il lui était difficile de déjà quitter sa tendre épouse, mais le devoir avant tout : là était la mission d'un soldat digne de ce nom. Malgré son dur entraînement, il eut la possibilité de la voir à plusieurs occasions et bénéficiait de la chance d'avoir pour compagnon d'arme son beau-frère Gabriel.

Le départ pour l'Europe

C'est en 1943 que les deux gaillards quittèrent leur Québec natal pour voguer vers cette Europe qui se faisait de plus en plus souffrante... Aurélien laissait derrière lui sa douce, complètement en larme pendant des jours entiers, à prier pour que soit épargné son mari. Ils ignoraient encore à l'époque qu'un événement imprévu aurait pu changer leur vie. En effet, il apparut quelques semaines plus tard que la jeune femme portait en elle les fruits de son amour avec Aurélien. Elle regretta amèrement de ne pas l'avoir su plus tôt : cette nouvelle aurait empêché l'éloignement de celui qu'elle aimait tant. Hélas, il était trop tard.

Sur le front : entre espoir et désespoir

Les semaines puis les mois passaient. Aurélien, du régiment de Maisonneuve, se battit contre ses ennemis en Normandie ainsi qu'en Allemagne. Il fut blessé à deux reprises et, heureusement pour lui, jamais mortellement. Il était souvent confronté à un terrible désespoir, mais une force encore plus vive le remontait à cran. Au fond de sa poche, il gardait toujours précieusement près de lui la photographie de son petit garçon qu'il n'avait pu connaître. L'idée de revoir sa femme et de contempler de ses yeux son petit bonhomme était tout ce dont il avait besoin pour garder espoir.

Le retour au pays : un espoir brisé

Et ce jour béni lui serait enfin accordé. La guerre se termina et il pourrait retrouver sa patrie ainsi que sa famille et amis. Il rassembla, outre ses effets personnels, bon nombre de souvenirs pour tous ceux qu'il estimait. Gabriel et lui étaient les hommes les plus heureux de se tirer indemnes de ce massacre.

Plus de 8000 vétérans de la guerre se tenaient sur le Nieuw Amsterdam, le navire qui ramènerait chez lui Aurélien. Durant son séjour en mer, il montrait fièrement la photo de son jeune fils. Son enthousiasme à l'idée de le rencontrer enfin était chose unique à voir.

La traversée lui fut d'ailleurs assez bénéfique. Les ex-soldats, pour se détendre en mer, avaient pour habitude de passer de longues soirées à jouer aux cartes. Aurélien fut surpris de constater sa chance et en profita pour amasser un bon montant d'argent...

La tragédie du 9 septembre 1945

La nuit du 9 septembre 1945, tout près de Halifax, fut celle où Aurélien trouva la mort. On retrouva son cadavre à demi gelé, son crâne perforé et le hublot au-dessus de lui entièrement en miettes.

Les temps étant ce qu'ils étaient à l'époque, l'armée décida d'étouffer l'affaire et on évoqua rapidement que la cause de son décès était simplement accidentelle. Il fut raconté qu'Aurélien n'aurait pas retenu assez longtemps la manette du mécanisme automatique qui ouvrait la porte... Et celle-ci se serait refermée sur sa tête... Voilà l'histoire qui fut racontée au public en cachant soigneusement la vérité.

La vérité sur la mort d'Aurélien

Et cette vérité, un homme, un des témoins de toute la scène, la connaissait. Les faits se présentaient ainsi : un soldat complètement vidé suite à ses longues soirées de jeu, affamé de vengeance ainsi que de richesse, s'attaqua à Aurélien qu'il savait posséder un bon petit magot... Il le releva de sa chaise, en l'agrippant fermement par le col de sa chemise puis il l'envoya danser tête première dans le hublot. Le pauvre homme n'eut même pas la chance de se défendre. Le verre mordant la chair de son cou et perforant une partie de son crâne, le coup lui fut fatal. Il fut dépouillé de son argent, ainsi que des souvenirs qu'il rapportait avec lui... Seuls ses vêtements furent récupérés.

Gabriel était bouleversé par ce qui venait d'arriver. Il se doutait d'ailleurs que la nouvelle serait d'autant plus pénible à dire à sa sœur chérie qui s'attendait à le voir arriver, certes, mais pas seul. Et il ne se trompa pas.

L'adieu à un héros oublié

La nouvelle du décès de son mari la chagrina à un point tel qu'il était impossible de la consoler. Il lui était encore plus dur de supporter tout le canular que l'armée avait construit autour de cette histoire. Les funérailles d'Aurélien se déroulèrent le 15 septembre dans sa petite ville natale. Tout son régiment ainsi que la fanfare, nombreux amis, famille, curieux, évêques, abbés et autres étaient présents pour rendre un dernier hommage à cet homme qui avait enfin une chance de vivre heureux, mais dont le destin en décida autrement.

Une histoire vraie romancée

Cette histoire, bien que légèrement romancée, est tirée d'un fait vécu. Malgré l'époque, dans un souci de respect pour la victime et ses proches, les prénoms ainsi que certaines dates sont fictifs. Je tiens à terminer ce récit en vous rappelant cette chose simple et pourtant tellement importante :

On n'choisit jamais de vieillir
On voudrait rêver un peu plus
La vie n'est pas faite pour mourir
On meurt souvent bien entendu
Car la vie est si fragile...

(Extrait de la chanson « Si fragile » de Luc Delarochellière)

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karica
karica @karica
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