
Joe Kennedy, le père de John, était le fils d'un immigré irlandais qui avait fui la misère de son pays. Né en 1888, il sort de Harvard en 1912 et devient directeur de banque deux ans plus tard. Il épouse Rose Fitzgerald, la fille du maire de Boston, avec qui il a neuf enfants, dont John, le deuxième de la lignée, né en 1917. Convaincu qu'il devait quitter Boston pour réussir, il s'installe à New York et amasse une fortune considérable. À la fin de la Prohibition, il anticipe la modification de la législation et investit dans l'importation de boissons alcoolisées. Il eut sûrement ses premiers contacts avec la pègre à ce moment. Il se tourne ensuite vers le cinéma et augmente son capital.
En 1932, alors qu'il n'est pas touché par la crise, il se tourne vers la politique et apporte un soutien financier considérable à Roosevelt. Pour le remercier, mais non sans hésitations, le président du New Deal le nomme ambassadeur à Londres en 1938. Joe devient alors une star de la diplomatie, mais il n'était pas visionnaire. En 1939, en pleine bataille d'Angleterre, il approuve les accords de Munich et est rappelé par Roosevelt en 1940. Ses enfants s'engagent alors dans le conflit et l'aîné, Joe, est tué. Dès lors, tous les espoirs se portent sur John.
De héros de guerre à homme politique
John eut une jeunesse de play-boy. Il n'était pas préparé à devenir l'héritier. Il ne manquait pas d'intelligence ni de bonne volonté, mais sa santé inquiétait la famille. Malgré cela, John s'engagea dans la marine. Il commanda une vedette lance-torpilles dans le Pacifique, le « PT 109 ». En août 1943, son bateau fut coulé et John sauva ses hommes de la noyade en les aidant à regagner le rivage à la nage. Il en sortit gravement blessé à la colonne vertébrale et profita de sa convalescence pour écrire un livre. Joe perçut l'opportunité qu'il avait en glorifiant les exploits militaires de John et finança plusieurs articles. À la fin de la guerre, il poussa John à se présenter à la Chambre des représentants. Le 5 novembre 1946, John est élu grâce au soutien de son père.
Campagne présidentielle de 1960 : la stratégie Kennedy

L'ensemble du clan Kennedy s'était mobilisé autour de son chef de file et les millions de l'ambassadeur avaient bien aidé. Restant en dehors des querelles de fond visant l'opinion et avançant avec prudence sur chaque dossier (il refusa de se prononcer sur la chasse aux sorcières de McCarthy), le sénateur sut enthousiasmer les foules et se créer l'image d'un membre de la jeune garde montante. On sait d'ailleurs aujourd'hui que l'image du « couple parfait » qu'il formait avec son épouse Jacqueline Bouvier était savamment entretenue. En 1955, le sénateur subit une opération douloureuse à la moelle épinière et profita de sa convalescence pour écrire le fameux livre Profiles in Courage qui reçut le prix Pulitzer en 1956.
Cette année-là, il fut en compétition avec Adlai Stevenson lors de la convention du Parti démocrate. Ce dernier se fit battre par Eisenhower à la présidence. Le clan put ainsi mettre à profit les quatre années qui suivirent pour l'élection de 1960. John créa des comités, sillonna le pays et rencontra des milliers de relais d'opinion. Au Sénat, il se consacra aux travaux les plus rentables pour affirmer son image nationale. La stratégie mise en œuvre fut la bonne. En juillet 1960, la convention de Los Angeles désigne Kennedy pour défendre les couleurs démocrates aux présidentielles avec Lyndon B. Johnson comme colistier.
Kennedy face à Nixon : une élection historique
L'élection de novembre 1960 fut l'une des plus serrées de l'histoire. Kennedy battit Nixon de seulement 118 000 voix sur 68 millions. Pour la première fois, un catholique devenait président, malgré les rumeurs sur son état de santé et le passé de son père.
Les Kennedy avaient fait la différence avec Nixon grâce, d'une part, aux droits civiques qui leur avaient été imposés par l'aile gauche du Parti démocrate et, d'autre part, grâce à une machine de campagne irrésistible : on avait mis en avant ses exploits militaires, sa beauté physique, sa jeunesse et la grossesse de sa jolie épouse.
Politique intérieure : quel bilan pour JFK ?
Le mandat de Kennedy fut marqué par l'urgence des problèmes raciaux. Lui et son frère Robert n'hésitèrent pas à soutenir la cause de Martin Luther King. Ainsi, en septembre 1962, la garde nationale fut saisie pour imposer l'admission de James Meredith, un étudiant noir, à l'université du Mississippi. Il mit en chantier un vaste projet législatif pour la protection du droit de vote des Noirs... Sous son mandat, le nombre de fonctionnaires noirs augmenta de 40 %. C'est la seule action significative qu'on peut lui accorder étant donné la courte durée de son mandat. De plus, Kennedy n'aimait pas trop la politique intérieure et il prépara le terrain pour Johnson sur de nombreux chantiers.
Crise de Cuba et politique étrangère
Les mille jours furent marqués par de fortes turbulences internationales. En 1960, l'affrontement URSS / États-Unis était plus indirect que réel. L'espionnage était l'activité principale et la dissuasion nucléaire empêchait l'affrontement direct. C'est l'irruption de Castro à Cuba qui changea ces données. Kennedy se voulait actif, mais il n'apporta pas son soutien lors du débarquement de la baie des Cochons en avril 1961. Ainsi, il ne prit pas l'ascendant sur Khrouchtchev lors de la rencontre des deux K à Vienne.
Kennedy ordonna en octobre 1962 le blocus de Cuba pour contraindre l'URSS à retirer les missiles qu'elle avait installés. On ne fut jamais aussi proche de la troisième guerre mondiale. Ainsi, Kennedy fut en position de force pour engager une politique de détente. C'est ce qui contribua à augmenter sa notoriété dans le monde.
Le discours de Berlin : « Ich bin ein Berliner »
À l'été 1963, il était à son apogée. Plusieurs pays furent visités et il confirma à Berlin, le 26 juin, malgré le réchauffement des relations entre les deux blocs, que le communisme était le « mal absolu ».
Il déclara : « Il y a beaucoup de gens dans le monde qui ne comprennent pas, ou prétendent ne pas comprendre, en quoi consiste le problème qui oppose le monde libre et le monde communiste. Qu'ils viennent à Berlin. Certains disent que le communisme est un régime d'avenir. Qu'ils viennent à Berlin. Il y a aussi, en Europe et ailleurs, des gens qui disent qu'on peut travailler avec les communistes. Qu'ils viennent à Berlin (...). Tous les hommes libres, où qu'ils soient, sont des citoyens de Berlin, et c'est pourquoi, en homme libre, je suis fier de dire : Ich bin ein Berliner. »
L'assassinat de Dallas, 22 novembre 1963

« Air Force One » atterrit à Dallas vers 11h40. Le couple Kennedy prit un bain de foule et monta dans une décapotable en compagnie du gouverneur du Texas, John Connally, et de son épouse. Ils se rendaient à la chambre de commerce où près de 2 500 personnes les attendaient. Au fur et à mesure que le cortège avançait, la foule était de plus en plus dense et, à deux reprises, le président fit ralentir la voiture pour saluer la foule. Tout se passait pour le mieux et Mme Connally dit au président : « Maintenant, vous ne pourrez plus dire qu'on ne vous aime pas ici à Dallas. »
La voiture ralentit une nouvelle fois sans que le président en ait donné l'ordre pour tourner à droite sur Houston Street, puis à gauche sur Elm Street, au lieu de passer sur Main Street (c'est là que l'itinéraire a été modifié). Il était 12h30, la voiture allait s'engager sur la rocade pour rejoindre la chambre de commerce, quand des coups de feu retentirent alors que la voiture était presque à l'arrêt. Un attentat venait d'être commis. Le cortège fonça à toute allure dans les rues de Dallas, sous les vivats d'une foule qui ne se doutait de rien, vers l'hôpital Parkland Memorial. À 13 heures, les médecins constatèrent la mort de Kennedy.