
Qui était Ernesto "Che" Guevara ?
Ernesto Guevara est né à Rosario, en Argentine, en 1928. Sa famille est très bourgeoise et, sauf contre-ordre, sa vie aurait dû être assez banale. Pourtant, Ernesto souffrait de terribles crises d'asthme qui le gêneront jusqu'à la fin de ses jours. Au lieu de jouer dehors, il se retrouve souvent cloîtré chez lui, plongé dans sa bibliothèque où il se cultive énormément.
Plus tard, ses parents l'encouragent à sortir pour pratiquer des activités physiques. Le jeune Ernestito découvre alors les quartiers pauvres non loin de chez lui. Il joue au football, au golf, il nage... Le grand air et le sport deviennent sa solution. Il se mettra même au rugby !
De l'Argentine à la révolution cubaine
Vers 17 ans, avec un ami, il parcourt l'Amérique latine à moto (Bolivie, Pérou, Chili...). Peu à peu, on sent chez lui une mentalité de plus en plus « aventurière » et « responsable ». Ensuite, il fait des études de médecine à Buenos Aires, avec une interruption pour visiter une léproserie. Sa colère monte face au Système, à la pauvreté, à l'impérialisme... Toutes ces choses le hantent. Il termine ses études et obtient son doctorat : c'est le citoyen le plus respectable d'Argentine.
Après cela, il repart en voyage, rencontre quelques révolutionnaires (dont sa première femme) et fait la connaissance de Fidel Castro en 1956. Ce dernier venait d'être amnistié par le dictateur cubain Batista, qu'il tentait en vain de renverser. Castro préparait la révolution cubaine depuis le Mexique, mais il manquait d'un médecin. Ernesto se propose directement, et le voilà embarqué !
Castro achète un yacht de 12 mètres conçu pour 25 personnes et y entasse 82 révolutionnaires, des munitions et des vivres. Le voyage est éprouvant, entre tempêtes et inconfort. Finalement, le bateau s'échoue sur la côte sud-est de Cuba, dans la désormais célèbre Sierra Maestra. Là, les hommes organisent leur révolution avec beaucoup de difficultés et de pertes. Ils ne seront plus qu'une vingtaine à un moment donné (contre les milliers d'hommes de Batista).
Le « Che », après un acte héroïque (l'incendie ultra-risqué d'un hangar), est nommé « Commandante » par Fidel. Ce dernier lui confie une partie de ses hommes et crée plusieurs groupes qui les mèneront à la victoire. Soutenus par le peuple, ils parcourent Cuba, avancent, reculent... jusqu'en 1959, où ils prennent enfin La Havane : le pays est libéré.
Le Cuba d'avant et d'après la révolution
Avant la révolution, Cuba était un foyer de magouilles et de prostitution pour les riches Américains. Les États-Unis maîtrisaient le pays depuis qu'ils avaient aidé les Cubains à prendre leur indépendance face aux Espagnols au début du XXe siècle. Batista n'était qu'un pion dirigé par les USA, qui le laissaient mener sa petite dictatie en toute tranquillité.
La révolution permet la nationalisation de toutes les entreprises (précédemment américaines) et redonne un espoir au pays, qui retrouve une certaine joie de vivre. Par la suite, on découvrira un Fidel Castro dictatorial, éliminant systématiquement ses opposants. Mais il ne faut pas nier l'évolution considérable du pays depuis son arrivée, notamment en matière de scolarisation et de commerce. Retrouvons toutefois notre Commandante, qui sera nommé ministre de la Banque nationale de Cuba, puis plus tard ministre de l'Industrie.

Un révolutionnaire sans frontières
Le Che est un révolutionnaire dans l'âme. Quand Castro prend le pouvoir à Cuba, il se déclare marxiste-léniniste. Cuba devient socialiste, un petit allié de l'URSS et de la Chine. Mais le Che veut plus... Il veut la révolution PARTOUT ! Il se met à voyager et participe à des conférences internationales. Ses idées sont claires : LIBÉRER LES OPPRIMÉS. Il imagine une sorte de fraternité entre tous les pays socialistes du monde, les plus gros aidant les petits à sortir de leur misère ou de leur dictature. C'est ce qu'on appelle un utopiste, mais au moins ce gars-là, il a essayé !
Il veut créer des « Vietnam » partout, comme il le dit : en Asie, en Afrique, en Amérique latine... « La lutte contre l'impérialisme pour rompre les liens coloniaux et néo-coloniaux [...] n'est pas sans lien avec la lutte contre le retard et la misère ; toutes deux sont des étapes sur une même route menant à la création d'une société nouvelle, à la fois riche et juste », déclare-t-il lors du Séminaire économique de solidarité afro-asiatique, en février 1965 à Alger.
L'échec au Congo
Entre le Che et Fidel Castro, les relations se dégradent. Quand Che Guevara rentre de son tour du monde, il veut aller se battre au Congo pour sauver le pays du néo-colonialisme et de l'anarchie qui suit le retrait des Belges. Le Che fait ses adieux à Cuba, il est brouillé avec Fidel et n'est plus ministre. Il part donc avec 120 Cubains (souvent des Cubains noirs, descendants d'esclaves) au Congo. Sur place, des Russes et des Chinois soutenaient déjà les rebelles. Mais là, c'est un échec total... Cet épisode de l'histoire congolaise fit 500 000 morts.

La fin tragique en Bolivie
Le Che rentre bredouille à Cuba, clandestinement, et cherche ailleurs. En novembre 1966, il part faire la révolution en Bolivie, dans son optique de créer « des foyers révolutionnaires en Amérique latine ». Sur place, l'attendent moins de monde que prévu : une dizaine de guérilleros cubains, péruviens ou boliviens. En effet, le Parti communiste bolivien devait soutenir la rébellion mais, sur ordre de Moscou, il dut arrêter la propagande et stopper toute activité.
Voilà donc la situation : le Che a à peine une vingtaine d'hommes pour renverser un gouvernement. À ce moment, la CIA et le gouvernement bolivien s'entendent sur un point : liquider le Che Guevara. La petite bande du Che, au fond de la forêt, se retrouve traquée par 4 000 soldats boliviens équipés et entraînés par les Américains. Après quelques mois, les hommes meurent ou se font capturer. Le Che, souffrant de son asthme, voit la fin approcher...

Les mystères autour de sa mort
Les responsables de la mort du Che restent sujets à débat. Pourquoi ?
Fidel Castro est suspecté d'avoir poussé à la capture du Che, les deux hommes étant brouillés. Puisque Fidel élimine ses opposants, pourquoi pas son meilleur ami ? Si l'on croit souvent que ce sont les Américains, la CIA, qui l'ont indirectement assassiné, c'est parce que Castro a amplifié le mythe du martyr Che Guevara, tué par l'Impérialisme. Pourtant, d'anciens amis de Castro certifient la responsabilité de ce dernier dans la mort du Che.
D'autre part, des amis l'auraient peut-être « vendu ». En Bolivie, plusieurs de ses compagnons furent capturés. Il y eut aussi un journaliste français, Régis Debray, qui écrivait sur le Che et le connaissait personnellement. Lors de l'interrogatoire, on lui demande : « Où est-il ? » Debray répond : « Je ne sais pas, je ne le connais pas, je ne l'ai pas vu, je suis journaliste... » Puis un autre révolutionnaire de la bande se fait interroger. Il nie d'abord, mais craque lorsqu'on lui montre la photo de ses enfants et de sa femme. Il dit tout : les endroits secrets, où se trouve le Che, sous quel nom... la totale.
Paraît-il que Régis Debray aurait parlé ensuite, se mettant à collaborer et confirmant toutes sortes d'infos. Des documents de la CIA mentionnent : « Debray a confirmé ce que les autres avaient dit, il nous a dit ça, ça, ça... ».

L'exécution du Che Guevara
Bref, le Che se fait capturer, presque sans aucune résistance. Il dit : « Je suis Che Guevara. Ne vous inquiétez pas. Tout est terminé. » Dès lors, les Boliviens sont fiers, mais terrifiés à l'idée de devoir tirer sur le corps du héros international.
Un seul sergent, Mario Terán, se propose. Lorsqu'il doit passer à l'acte, il se saoûle. Ivre et apeuré, il entre dans la pièce où le Che est attaché. Le Che lui lance : « Tire, poltron, c'est un homme que tu vas tuer ! » Le soldat tire à deux reprises et le Che s'effondre, les yeux grands ouverts.
Pour prouver la mort du révolutionnaire, les Boliviens le nettoient et le préparent pour que tout le monde voie bien qui est mort. Mais malchance pour eux : leur action va amplifier le mythe. Le Che deviendra un MARTYR, et non un simple trophée de chasse.
Pourquoi l'appelle-t-on "Che" ?

C'est le surnom que les Cubains donnent aux Argentins.
Pourquoi assassine-t-on ceux qui veulent changer le monde ?
Gandhi, Malcolm X, les Kennedy, Lumumba, Che Guevara... C'est incompréhensible, insensé.
Comment Che Guevara est devenu un mythe

1. L'homme lui-même, ses bienfaits et ses tentatives révolutionnaires.
2. La photo d'Alberto Korda, qu'un rédacteur en chef italien a retrouvée dans un tiroir peu après la mort du Che et dont il a fait des posters. Cette photo, déclinée à toutes les sauces, est le symbole de TOUTES les révolutions. On la brandit dès qu'on n'est pas d'accord ! Il y a un marketing foudroyant autour de cette image (t-shirts, tasses, drapeaux...).
3. Rage Against The Machine, un super groupe qui a eu le mérite d'être un des groupes les plus engagés de tous les temps, tout en étant signé sur une grosse major (Sony Music). Le Che a fait la couverture de leur single « Bombtrack », la toute première chanson de leur premier album. Il fut leur emblème pendant quelques années...
4. La chanson de Carlos Puebla : « Hasta Siempre » (reprise par la suite par Natalie Cardone).
5. Bah, c'est une vraie légende, quoi ! C'est tout !
À bientôt !