Les pierres restent immobiles, mais leur arrangement paraît parfois se transformer. En longeant un alignement, certaines se détachent, d'autres se confondent ou disparaissent derrière leurs voisines. Cette impression ne relève pas d'une erreur de perception : elle s'explique par le point de vue, les pierres qui se masquent entre elles et la lumière.

Un alignement n'a pas la même allure depuis chaque angle
Quand l'observateur avance, les pierres proches se décalent davantage dans son champ de vision que celles du fond. Leur position relative change aussi : une pierre peut en cacher une autre, puis la laisser réapparaître quelques pas plus loin. Le groupe semble alors se réorganiser, même si aucun bloc n'a bougé.
Le portail archéologique du ministère de la Culture souligne que des groupes de menhirs traversés du regard peuvent produire cet effet. Un cairn massif et bien délimité ne se perçoit pas comme une rangée de pierres à travers laquelle on distingue le paysage. Dans un cas, le regard bute sur un volume ; dans l'autre, il circule entre les blocs et vers l'arrière-plan.
La forme du monument compte aussi. Certains cairns ont des parements inclinés et un plan qui accentue la perspective. Leur volume peut ainsi paraître plus ample qu'il ne l'est. Ces effets témoignent du savoir-faire architectural des bâtisseurs, mais ne suffisent pas à prouver qu'ils cherchaient précisément à créer une illusion visuelle.
Le soleil redessine les pierres
La lumière change elle aussi la lecture du site. Selon sa direction, elle souligne les reliefs, assombrit une face ou projette des ombres qui allongent les formes. Au coucher du soleil, les pierres peuvent se détacher les unes des autres, puis se fondre dans des silhouettes plus sombres.
Aux alignements du Manio, à Carnac, le soleil couchant met en évidence le rythme des pierres et la transparence de la structure, relève le portail du ministère. Ce n'est pas le monument qui change de forme : la lumière rend certains écarts et certaines lignes plus visibles que d'autres.
Voir l'effet ne révèle pas l'intention
Ces perceptions sont observables aujourd'hui. L'intention des bâtisseurs, elle, est plus difficile à établir. Les recherches montrent que les menhirs s'inscrivent dans des rapports entre les pierres et le paysage, et que les cairns sont des constructions structurées plutôt que de simples amas de blocs. Mais un effet de perspective ou de lumière ne permet pas, à lui seul, d'affirmer pourquoi un monument a été conçu ainsi.