
Il n'est rien de plus fort que l'imagination d'un être humain. Et comment mieux parler à l'imagination que par l'écriture ? Je ne donne pas ici une méthode dogmatique, mais une approche et des conseils. Ensuite, faites ce que vous voulez, c'est cool. Mais si ça peut donner des idées à ceux qui n'arrivent pas à se lancer, c'est mission accomplie.
Comment trouver son style d'écriture ?
Trouvez-vous un style. Personnellement, j'avais commencé par prendre le style surnaturaliste et dada, mais le mieux, à mon avis, c'est d'avoir un auteur favori et de s'en inspirer. Pour moi, ce fut Éric-Emmanuel Schmitt, mais tout est possible, même quelqu'un qui n'est pas écrivain. J'ai un ami dont l'auteur favori est Nietzsche : il a adopté le style fulgurant (c'est le terme), c'est-à-dire affirmer, généralement peu politiquement correct, sans justifier, ou rarement.
On peut aussi combiner — c'est même conseillé — et faire des mélanges entre l'auteur favori et un nouveau à chaque écriture. Exemple : Schmitt et Goethe, Schmitt et De Musset, Schmitt et Coppola (j'ai écrit une courte histoire dans ce style, à paraître dans « vos histoires » sur notre site bien-aimé)...
Choisir le temps et le point de vue narratif
Le temps. Très important, le temps.
Le passé : le temps le plus accessible
Le plus facile, c'est le passé. La seule difficulté, c'est la conjugaison. Mais comme généralement, lorsque l'on raconte une histoire, une anecdote, on le fait au passé, il est aisé d'avoir de l'entraînement dans l'art de capter l'attention. Attention toutefois : ce n'est pas très original, et ce que recherche la plupart des lecteurs, c'est justement l'originalité.
Le présent : pour une immersion immédiate
Le temps qui donne une impression de vécu instantané, en temps réel, idéal dans l'action comme dans le sentiment, et bien trop peu utilisé : c'est le présent. Idéal dans l'action parce qu'une histoire au présent apparaît comme racontée exactement en même temps qu'elle est vécue. C'est le cas des best-sellers actuels, certes quelque peu commerciaux, mais on peut en faire quelque chose de pas mal avec de la volonté.
De plus, le présent permet les flash-backs, tout en étant plus élégant que le plus-que-parfait, nécessaire pour un retour en arrière dans une histoire au passé. C'est aussi le temps de l'émotion personnelle : lorsque l'on ressent une impression, on la ressent dans l'instant, au présent.
Le futur : le défi de la prophétie
Quant au futur, il n'a encore pas été utilisé, à ma connaissance, dans une histoire, une nouvelle ou un roman qui fut autre chose qu'un passage d'un texte religieux. Il faut bien garder à l'esprit que c'est le temps de la prophétie, de la prédiction.
Première ou troisième personne narrative ?
Avec le présent, la première personne est idéale, mais la troisième fonctionne très bien aussi : c'est au choix. Pour le passé, la première donne une certaine impression d'anecdote, la troisième est la plus commune. Encore une fois, c'est au choix. Pour le futur, la première donne l'impression de « grosse tête », la troisième évoque la prophétie style « et il délivrera l'humanité, et il s'arrêtera et verra que ce sera bon ». Mais on peut en faire à coup sûr quelque chose de bien. Après, c'est de l'imagination.
Comment trouver l'idée et développer son style ?
Cela peut être absolument n'importe quoi, quel que soit le style. J'illustre par un exemple :
Exemple : Je sors mes poubelles. Style neutre.
Pris d'une profonde impression de saleté et de médiocrité, je décide de prendre ma vie en main en sortant mes poubelles. Je me débarrasse par ce geste de ce qui dans ma vie n'était qu'ordure et surplus. Style Schmitt.
Paul ferma à présent la poubelle. Il allait la jeter. Il y vit tout d'abord un mégot. Paul prenait un peu de tabac, et une feuille. Répétant comme à son usage le geste qu'il avait enregistré comme un ordinateur dans sa mémoire irréfléchie, il posa le tabac sur la feuille, et commença à rouler. Méticuleusement. Avant. Arrière. Avant. Arrière. Avant. Arrière. Stop. Lèche. Colle. Porte aux lèvres. Allume. Tire. 15 bouffées exactement. Avec une marge d'une bouffée, selon la météo. Éteint. Puis jette. Paul vit immédiatement après le mégot une cannette. Après avoir jeté son mégot, Paul décida de prendre une cannette. Ouvrant le réfrigérateur, il avait un pack entier de Coca™. Il en prit une, la but presque d'une traite, puis la jeta. Paul en avait marre de fouiller sa poubelle. Il la ferma et la jeta. Style Robbe-Grillet.
Laisser courir son imagination pendant la rédaction
Par ce terme quelque peu familier, je désigne la rédaction à proprement parler. Il s'agit de reprendre l'idée, puis de laisser courir son imagination. Ainsi, dans l'exemple donné, pour le style Schmitt, généralement ouvert et fluide, j'emploie le champ lexical de l'ordure pour donner une impression de nettoyage, si bien que le geste finit par ressembler au nettoyage de l'écurie, parmi les travaux d'Hercule. L'interprétation des gestes est assez freudienne, mais on peut aussi y voir un peu de Sartre, j'imagine.
Pour le style Robbe-Grillet, pas de doute, c'est du Freud, pas dans le texte, mais en filigrane. Je parle de sortir la poubelle parce que là, maintenant, la mienne est pleine et qu'il va falloir que je la jette. Paul est le nom de mon père. Mais comme personne ne le savait sauf lui, ça passe sans problème. Salut Papa.
Pour la clope, je fume des cigarettes roulées, donc c'est ce qui m'est passé en premier par la tête. Je la roule vraiment comme cela, et je la fume en à peu près 15 lattes aussi. Pour le Coca, je suis moi-même un accro, je ne dois pas être loin des 6 cannettes par jour, et j'en buvais une quand j'écrivais. Pour le style rigoureux et neutre, il vient de Les Gommes, de l'auteur inspirant, le passage où Wallace épluche la tomate dans la cantine. Pour les flash-backs, cela vient du passage dans le même livre où l'inspecteur émet des hypothèses sur la mort du vieil anarchiste. Voilà. Encore une fois, tout est possible, surtout dans cette étape. C'est vous, votre imagination, qu'il ne faut sous aucun prétexte freiner.
Bien se relire : se mettre à la place du lecteur
Comme à l'école, vous vous en souvenez ? Une fois la rédaction effectuée, relisez et mettez-vous à la place du lecteur. Ce que je fais, moi, c'est que je me roule une cigarette à ce moment-là, que je vais la fumer dans le vieux Nice, puis je relis le texte (j'utilise Word, ce qui permet de faire des sauvegardes) en me mettant à la place du lecteur. Corrigez les quelques points qui vous embêtent, mais ne corrigez jamais plus de cinq mots, ou vous pourriez retirer un aspect important de vous-même, que l'écriture a malgré vous révélé (ces détails, incontrôlés, sont le piment de l'œuvre, c'est en gros la seule chose que l'on lit).
Oser publier et partager son écriture
Un verre de vodka est conseillé. Nan, je déconne. Mais c'est vrai qu'il faut une sacré paire de... Soufflez un grand coup, et envoyez la sauce en vous disant que si vous recevez des commentaires critiques, c'est seulement pour vous donner des conseils, que de toutes façons, vous ne suivrez pas. L'art, c'est justement de faire quelque chose de différent, et qui ne plaira JAMAIS du premier coup, immédiatement. Comme disait Beethoven : « Cela finira bien par leur plaire. »
Sur ce, bonne chance à vous tous, futurs grands auteurs, et j'ai déjà hâte de lire vos œuvres.
Bob Razowsky
PS : Si vous y tenez, avant la publication — l'étape la plus dure — vous pouvez envoyer vos œuvres ici, je vous donnerai des conseils à ne pas suivre. [email protected]