Grand déshumidificateur commercial gris posé dans une cave vide aux murs de béton, avec son tuyau d'évacuation raccordé à un siphon de sol
Guides

Déshumidificateur de cave : la température décide de la technologie avant le volume

Dans une cave, la température décide de la technologie : un compresseur au-dessus de 15 °C, un dessiccant en dessous. Les litres par jour affichés sont généralement mesurés dans un air chaud et saturé, et le volume ne vient qu'après l'identification de la cause de l'humidité.

As-tu aimé cet article ?

On entre au rayon avec une surface en tête, on ressort avec un appareil qui tourne jour et nuit sans faire baisser l'hygromètre. Le malentendu ne porte pas sur la marque, ni sur le prix : il porte sur ce que le gros chiffre du carton mesure réellement, et sur l'ordre dans lequel on prend les décisions. Pour une cave, la question utile n'est pas "combien de mètres cubes ?" mais "quelle est la température de la cave, et d'où vient l'eau ?".

Intérieur d'une cave aux murs de pierre brute apparente marqués par l'humidité, éclairée faiblement, avec un sol en béton
Intérieur d'une cave aux murs de pierre brute apparente marqués par l'humidité, éclairée faiblement, avec un sol en béton - (source)

Le chiffre en gros sur le carton mesure autre chose

Les litres par jour affichés sur un déshumidificateur européen sont mesurés dans un air chaud et saturé : 30 °C et 80 % d'humidité relative selon la plupart des documents commerciaux, parfois 70 % - cette simple divergence entre guides montre déjà que l'étiquette n'est pas un protocole. La norme EN 810, qui fixe les caractéristiques des appareils à compresseur, est d'application volontaire.

Une cave, elle, vit entre 10 et 15 °C. L'air y contient deux à trois fois moins de vapeur par mètre cube qu'à 30 °C : la machine a donc beaucoup moins de matière première à condenser, et il faut refroidir cet air plus fortement pour en tirer de l'eau. Les guides de vente parlent d'un rendement de 40 à 60 % de la valeur annoncée dans un logement chauffé, et de bien moins encore dans une cave à 12 °C. L'ordre de grandeur est crédible : un appareil annoncé 20 L/jour ne sortira pas 20 litres d'une cave.

Les Américains ont rendu ce décalage visible. Le protocole fédéral de mesure des déshumidificateurs portables (10 CFR 430, appendice X1) corrige désormais les capacités à 18,3 °C et 60 % d'humidité relative - des conditions de sous-sol frais, et non de serre tropicale. Un appareil classé 50 pintes sous l'ancien protocole se retrouve classé 30 pintes sans qu'une vis ait changé. En Europe, rien d'équivalent : les déshumidificateurs domestiques échappent aux règlements d'écoconception et d'étiquetage énergétique qui encadrent les climatiseurs, ce qui explique l'absence d'étiquette A à G officielle sur ces appareils.

Un détail qui en dit long sur la confusion du marché : certains comparateurs recommandent une capacité "mesurée selon la norme EN 60335-2-40". Cette norme existe bien, mais c'est une norme de sécurité électrique pour les pompes à chaleur, climatiseurs et déshumidificateurs. Elle ne dit pas un mot des litres extraits.

Conséquence pratique : avant de comparer les prix, faites l'essai chez vous, pendant le délai de rétractation. Réservoir vide, heure notée, portes fermées, vingt-quatre heures de fonctionnement, puis mesurez le bac avec un pichet gradué. Vous obtenez le facteur de conversion réel de votre cave - plus utile que n'importe quel avis en ligne, et plus honnête que la fiche produit.

D'abord la cause : trois humidités, trois réponses

C'est le point que les comparatifs de produits passent sous silence, parce qu'il ne se règle pas avec un achat. Une cave humide a trois origines possibles, et une seule se traite à la machine.

La condensation vient d'un air insuffisamment renouvelé qui se dépose sur des parois froides : elle se corrige par la ventilation, avant tout appareil. L'infiltration est une eau liquide qui traverse le mur : elle demande un enduit d'étanchéité, une membrane, parfois un drainage. La remontée capillaire fait monter l'eau du sol dans la maçonnerie : elle se traite par injection de résine ou cuvelage, pas par déshumidification de l'air.

Un test à quelques centimes tranche entre condensation et transfert dans le matériau : fixez hermétiquement une feuille d'aluminium sur la paroi froide et attendez 48 heures. Si l'eau perle côté air, c'est de la condensation. Si elle apparaît derrière la feuille, l'eau vient du mur - et aucun appareil ne l'arrêtera.

Les ordres de prix des travaux lourds, cités par les guides de bricolage, achèvent de hiérarchiser les décisions : environ 35 €/m² pour un enduit hydrofuge, autour de 200 €/m² pour un cuvelage, 3 000 à 10 000 € pour un drainage. Un déshumidificateur à quelques centaines d'euros reste évidemment la première dépense tentante, mais il ne traite que la conséquence.

Cas particulier qu'on oublie de compter : le sol en terre battue. Ce n'est pas une surface inerte mais une zone d'évaporation permanente, qui peut libérer plusieurs dizaines à plusieurs centaines de grammes d'eau par mètre carré et par jour. Sur 50 m², cela fait plusieurs kilos d'eau quotidiens. Aucune machine domestique n'absorbe cela. La réponse est un film polyane ou un frein-vapeur lesté de gravier - et le gravier seul ne fait rien, il cache l'eau.

Le pourcentage de l'hygromètre ne dit pas la quantité d'eau

Autre réflexe à corriger : lire l'humidité relative comme une quantité. Un hygromètre à 80 % dans une cave à 12 °C indique un air qui contient à peu près 7 grammes d'eau par kilo d'air sec. Dehors, à 25 °C et 60 %, il y en a environ 12. La cave "à 80 %" est donc plus sèche, en valeur absolue, que l'extérieur "à 60 %".

Tant qu'on raisonne en pourcentage, on aère au mauvais moment. En hiver, un air extérieur à 5 °C saturé ne transporte que 5,4 g d'eau par kilo ; réchauffé à 12 °C dans la cave, il devient très sec et pompe l'eau des murs. C'est le paradoxe utile : la meilleure saison pour aérer une cave est l'hiver, même sous la pluie. En été, l'air chaud et chargé entre, se refroidit au contact des parois restées à 12-14 °C, et y dépose son eau. La cave qui "sue" pendant une canicule n'a souvent pas un problème d'infiltration mais un problème d'air chaud qu'on a laissé entrer.

Ce que cela change pour l'achat : le débit de ventilation en mètres cubes par heure, imprimé sur certaines fiches, ne départage pas deux appareils. Le ventilateur d'un déshumidificateur brasse l'air de la pièce pour que le capteur ne lise pas une bulle locale ; il ne rend l'appareil ni plus ni moins capable. La seule vitesse qui compte est celle de l'air extérieur, comparée en humidité absolue à l'air intérieur - et elle se mesure avec deux relevés, dedans et dehors, pas avec un argument de vente.

Un point de vigilance pour les sous-sols, souvent rappelé par les organismes de radioprotection : une extraction mécanique non compensée met la cave en dépression et peut tirer le radon du sol. Cela ne condamne pas le déshumidificateur, qui ne rejette pas d'air à l'extérieur, mais interdit d'ajouter une VMC extractive sans réfléchir à l'équilibre des pressions.

La température de la cave choisit la technologie

C'est ici que se joue le vrai choix, et il se fait avant tout dimensionnement.

Un déshumidificateur à compresseur fonctionne comme un réfrigérateur : il refroidit une batterie sous le point de rosée pour y condenser l'eau. Plus l'air est froid, plus il faut descendre bas. Dans une cave à 10 °C et 70 % d'humidité relative, le point de rosée est autour de 4,8 °C : l'évaporateur doit approcher 0 °C, et il givre. L'appareil bascule alors en cycles de dégivrage pendant lesquels il n'extrait plus rien. Cette dégradation au froid est un fait d'ingénierie admis, pas une opinion de vendeur.

Un déshumidificateur à rotor dessiccant, lui, adsorbe la vapeur sur du gel de silice et régénère le rotor par chauffage. Il garde sa capacité jusqu'à 1 °C environ, mais consomme davantage : de l'ordre de 300 à 600 W contre 200 à 350 W pour un compresseur, selon les fiches commerciales, et il rejette un air réchauffé de 2 à 3 °C. En saison de chauffe, cela représente un vrai budget : à 400 W continus et 0,25 €/kWh, on est autour de 70 € par mois, contre 45 € environ pour un compresseur de 250 W.

Règle de décision simple : au-dessus de 15 °C, le compresseur est le bon outil, et le plus économe. En dessous, il faut un dessiccant.

Grand déshumidificateur commercial gris posé dans une cave vide aux murs de béton, avec son tuyau d'évacuation raccordé à un siphon de sol
Grand déshumidificateur commercial gris posé dans une cave vide aux murs de béton, avec son tuyau d'évacuation raccordé à un siphon de sol - (source)

Reste le chiffre qui circule partout : "dans une cave à 11 °C, un 20 L/jour à compresseur extrait moins qu'un 7 L/jour à absorption". Il faut le manier avec précaution. Il vient de sites marchands qui commercialisent des appareils dessiccants, sans protocole de test publié ni comparatif de laboratoire consultable. La physique qui le sous-tend est solide ; le rapport de forces chiffré, lui, n'est pas un résultat mesuré. Retenez la direction, pas la décimale.

Le volume compte, mais en troisième

Le volume n'est pas inutile - il est simplement relégué par les deux critères précédents. Et il se calcule en mètres cubes, pas en mètres carrés : 20 m² font 50 m³ sous 2,50 m de plafond et 64 m³ sous les 3,20 m d'une cave voûtée, soit près d'un tiers d'air en plus pour la même surface affichée.

Comptez le volume ouvert, pas la pièce. Une porte laissée ouverte sur un couloir ou une cage d'escalier double le volume à traiter et transforme un appareil correctement dimensionné en appareil inefficace - un déshumidificateur ne traite que le volume dans lequel il se trouve, porte fermée. Le volume joue aussi sur le rythme : dans un grand volume, l'hygrostat déclenche moins souvent mais chaque cycle dure plus longtemps.

Avant de calculer quoi que ce soit, mesurez. Relevez l'humidité relative et la température la plus basse de la journée pendant une semaine, matin et soir. Un hygromètre d'entrée de gamme peut se tromper de dix points ; le test du sel - une pâte de sel saturée dans une boîte fermée, 24 heures, la valeur lue doit être proche de 75 % - donne l'écart de votre appareil avant que vous ne vous y fiiez.

Dimensionner en eau, pas en mètres carrés

Les tableaux "litres par jour selon la surface" reposent sur un calcul de charge en eau, rarement explicité : environ 1,5 litre de vapeur par occupant et par jour, 1 litre pour la cuisine, 0,5 litre par douche, 1,5 à 3 litres par machine de linge séchée à l'intérieur. Puis on ajoute un tiers pour l'assèchement initial, et on double pour passer des litres réels aux litres annoncés.

Ce raisonnement a un sens dans un logement. Dans une cave, il est mal cadré : la charge ne vient pas des occupants mais du sol, des murs et du renouvellement d'air, et elle est continue. C'est pourquoi les guides de vente pour cave tournent autour de 7 à 10 L/jour annoncés, sans course à la capacité. Un modèle plus puissant atteindra sa consigne puis s'arrêtera ; au-delà de 20 L/jour, on entre dans le matériel de chantier, conçu pour un séchage après sinistre, pas pour une cave occupée.

Deux équipements comptent davantage que les litres : un hygrostat réglable, qui coupe la machine au seuil voulu au lieu de la faire tourner en continu, et une sortie de drainage continu par gravité ou petite pompe. Dans une cave, un réservoir de 3 litres se remplit vite, et une coupure automatique en pleine nuit annule le bénéfice d'une nuit de fonctionnement.

Ce que la machine ne réglera pas

Il faut le dire nettement, parce que les guides affiliés ont un intérêt à ne pas le répéter : beaucoup des comparatifs que vous lirez touchent une commission sur les liens d'achat, y compris ceux qui expliquent - à juste titre - que la capacité s'effondre en cave. Le fond physique est exact ; la position commerciale mérite d'être connue quand on vous recommande un dessiccant plutôt qu'un compresseur.

Un déshumidificateur déplace de l'eau de l'air vers un bac. Il ne colmate pas un mur, ne coupe pas une remontée capillaire, ne remplace pas un frein-vapeur sur terre battue. Sur une cave à problème structurel, il soulagera les cartons et les bouteilles tant qu'il tourne, et la dégradation reprendra à l'arrêt. C'est un outil de gestion, pas de réparation.

Ordre de décision, en résumé. Un : identifier la cause - feuille d'aluminium sur la paroi, relevé intérieur et extérieur. Deux : si c'est de la condensation, ventiler d'abord, en hiver, en comparant l'humidité absolue, pas le pourcentage. Trois : relever la température minimale de la cave ; sous 15 °C, chercher un dessiccant, au-dessus, un compresseur. Quatre : calculer le volume en mètres cubes, portes fermées. Cinq : viser 7 à 10 L/jour annoncés pour une cave, avec hygrostat et évacuation continue. Six : vérifier le rendement réel au pichet pendant le délai de rétractation.

Le prix et le débit d'air arrivent en dernier. Ils départagent des appareils déjà présélectionnés par la température et par la cause - jamais l'inverse.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Quel déshumidificateur choisir pour une cave à moins de 15 °C ?

Il faut un déshumidificateur à rotor dessiccant. Un compresseur givre dans une cave froide : à 10 °C et 70 % d'humidité relative, le point de rosée est autour de 4,8 °C, l'évaporateur doit approcher 0 °C et l'appareil passe en cycles de dégivrage sans extraire d'eau. Un dessiccant garde sa capacité jusqu'à environ 1 °C, mais consomme davantage et rejette un air réchauffé de 2 à 3 °C.

Faut-il dimensionner un déshumidificateur de cave selon la surface en m² ?

Non : il faut calculer le volume en mètres cubes, portes fermées, mais seulement après avoir identifié la cause de l'humidité et la température. Une surface de 20 m² représente 50 m³ sous 2,50 m de plafond et 64 m³ sous 3,20 m. Pour une cave, les guides de vente citent souvent 7 à 10 L/jour annoncés, avec un hygrostat réglable et une évacuation continue.

Les litres par jour affichés sont-ils fiables pour une cave ?

Ils ne représentent pas directement la capacité dans une cave. Les valeurs sont mesurées dans un air chaud et saturé, généralement à 30 °C et 80 % d'humidité relative, parfois 70 % selon les documents. Une cave entre 10 et 15 °C contient deux à trois fois moins de vapeur par mètre cube, et les guides de vente annoncent un rendement de 40 à 60 % dans un logement chauffé, et bien moins dans une cave à 12 °C.

Comment distinguer une condensation d'une infiltration dans une cave ?

Fixez hermétiquement une feuille d'aluminium sur la paroi froide et attendez 48 heures. Si l'eau perle côté air, c'est de la condensation. Si elle apparaît derrière la feuille, l'eau vient du mur : un déshumidificateur ne l'arrêtera pas.

Un déshumidificateur suffit-il à régler une cave humide ?

Non, pas si l'humidité vient d'une infiltration, d'une remontée capillaire ou d'un sol en terre battue. Un déshumidificateur déplace l'eau de l'air vers un bac ; il ne colmate pas un mur, ne coupe pas une remontée capillaire et ne remplace pas un frein-vapeur. Sur une cave à problème structurel, il soulage tant qu'il tourne, mais la dégradation reprend à l'arrêt.

Sources

  1. Humidité Cave : 7 Solutions pour une Cave Sèche · artihome-france.fr
  2. NORME INTERNATIONALE CEI IEC INTERNATIONAL STANDARD 60335-2-40 · assets.vde-verlag.de
  3. Déshumidificateur combien de m2 et litres/jour ? - Bien-être & Confort · bienetreetconfort.com
  4. Cave humide : solutions professionnelles pour assainir et protéger | Qoridor · blog.qoridor.fr
  5. Norme NF EN IEC 60335-2-40 · boutique.afnor.org
maker-lab
Claire Soubot @maker-lab

Je fabrique au lieu d'acheter. Ingénieure électronique à Toulouse, mon garage ressemble à un labo de savant fou : imprimante 3D, Arduino, Raspberry Pi, fer à souder, et un bordel de composants. Domotique DIY, robots inutiles, gadgets improbables – si ça se bricole, je l'ai probablement fait. Mes tutos incluent toujours la liste du matos, le budget, et surtout les erreurs à éviter (j'en ai fait beaucoup).

93 articles 0 abonnés

Commentaires (0)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires