
Pourquoi vouloir partir à l'étranger ?
Lorsque j'étais en première, le jour de la rentrée, un élève est arrivé en retard accompagné d'un surveillant. Il s'appelait Lucas, il était Canadien. Même si je ne savais pas encore que sa simple présence changerait ma vie, c'était pourtant le cas.
Cette année-là, j'aimais beaucoup lui parler, notamment à la cantine. Mais bien sûr, je n'étais pas la seule à m'intéresser à ce soupçon d'« exotisme » et d'autres étaient bien plus entreprenants que moi. Résultat, j'ai finalement très peu discuté avec lui et je pensais qu'il ne s'était pas ennuyé en France. Avec le recul, je me demande si c'était bien le cas, mais j'y reviendrai bien plus tard lorsque je parlerai de ma vie au pays de l'Oncle Sam.
L'année suivante était celle de mon Bac et il a fallu que je choisisse mon avenir. Quelles études je voulais suivre ? Aucune idée ! Tout ce que je savais, c'est que je voulais faire court et être loin de chez moi, loin de ce foyer dans lequel j'étouffais.
La solution idéale n'a pas tardé à me traverser l'esprit : j'aimais les voyages, découvrir d'autres cultures, je voulais quitter ma famille quelque temps pour pouvoir respirer enfin. J'avais connu le modèle idéal : un gentil Canadien au pays du fromage, là, au Havre, dans ma classe pendant une année.
L'aventure n'avait que des avantages :
- me laisser encore un an pour réfléchir à mon orientation
- me donner la chance de parler une seconde langue couramment
- me faire découvrir un autre pays « de l'intérieur »
- m'éloigner de ma famille que j'aime mais dans laquelle j'aurais fini par craquer sans une pause.
Même s'il existe des inconvénients :
- le prix (j'y reviendrai plus tard)
- le risque de ne pas me plaire là-bas et de supplier ma mère de me rapatrier.
Pour moi, le prix était un inconvénient mais pas un handicap. Quant au risque de ne pas me plaire, c'était un risque à prendre qui ne me dérangeait pas. Après réflexion, il fallait passer aux choses sérieuses : l'heure de la documentation avait sonné !
Comment préparer son année en High School ?
C'est peut-être la partie qui a été la plus fastidieuse et la plus réfléchie, car mon objectif était clair : être dans une High School hébergée par une famille d'accueil. Mon but était d'être immergée à 100 % dans cette nouvelle culture. Aller dans une université n'aurait pas été pareil (et carrément plus cher en plus !) et vu mon amour pour les enfants, être jeune fille au pair n'était pas fait pour moi.
Restait à déterminer avec quelle association partir et dans quel pays aller. De toutes les documentations trouvées au CDI de mon lycée, PIE - Programme International d'Échanges - semblait être la meilleure option. Cette association était la seule à proposer ce que je cherchais et, en plus, les prix étaient bien meilleurs puisqu'il s'agit d'une association à but non lucratif.
Ce choix était tout de même difficile à prendre car j'étais alors en terminale. Si je n'étais pas née en août mais quelques mois plus tôt, je n'aurais même pas pu choisir cette option. En bref, passé 18 ans, vous ne pouvez plus le faire (à cause de pays comme les USA où il n'y a pas d'élèves de 19 ans en High School). Cela sous-entendait que si je n'avais pas mon Bac, il fallait tout de même que je parte avant de le repasser (réfléchissez-y et vous verrez que l'idée est légèrement flippante).
Jusque-là, je m'étais tenue aux choses faciles. Se documenter n'était qu'une grosse phase préparatoire visant à... faire valider mon idée par l'autorité maternelle !
Quitter ma mère, mon beau-père et surtout mon frère ne me posait aucun problème, bien au contraire. Par contre, vous vous doutez bien que pour mes parents, la nouvelle n'a pas été facile à avaler ! Surtout qu'aimant faire les choses en grand et sans grand tact, j'ai dû leur annoncer ma décision vers Noël (oops).
Je savais ce que je voulais, je savais combien cela coûterait et je connaissais toutes les autres options pour pouvoir en discuter au calme avec môman. Je savais qu'elle ne me le refuserait pas et que de toute façon, elle ne le pouvait pas vraiment (puisqu'à l'heure du départ je serais majeure depuis quelques semaines). J'avais même prévu que si elle décidait de ne pas me le payer, je pourrais toujours le faire par moi-même grâce à l'héritage de mon père. Si sa mort devait avoir un sens, c'était bien à cela.
Comme prévu, ma mère a accepté. Nous en avons discuté, elle la larme à l'œil, moi une petite boule à l'estomac de lui faire de la peine mais restant pleine d'espoir.
Quel pays choisir pour son échange ?
À ce moment, je ne savais pas encore quel pays choisir. Mon cœur balançait entre plusieurs. Que choisir, un pays anglophone (USA, Canada ou Nouvelle-Zélande puisque PIE ne propose pas l'Angleterre, l'Irlande ou l'Australie) ou bien l'Allemagne ?
Après moult réflexions, j'ai opté pour les USA. Pourquoi ? Simple : j'ai jugé que parler anglais me serait plus utile que l'allemand dans la vie. De plus, j'avais une très mauvaise image des USA, la tête pleine de clichés, ce qui m'a poussée à aller voir ce qu'il en était vraiment.
Qui plus est, de tous ces pays anglophones, les USA étaient les moins chers : 35 700 francs contre 37 700 (Canada) et 47 300 (Nouvelle-Zélande).
Ces frais couvrent les coûts divers (avion, assurances, stages, etc.), les frais de gestion de PIE en France (association, communication, etc.) et à l'étranger (association, placement, suivi des participants, etc.). Si c'est « si peu » cher, c'est que les frais d'hébergement (nourri, logé, blanchi) sont supportés par votre famille d'accueil qui est bénévole et que vos frais de scolarité sont pris en charge par la région ou le pays d'accueil.
Dorénavant, je pouvais renvoyer mon petit coupon réponse et lancer les démarches. Ça y était, c'était pour de vrai. Croyez-moi, de la volonté, il en faut, et pas qu'un peu. Ce n'est pas un gentil petit voyage que vous planifiez, c'est un séjour de longue durée dans un pays inconnu. Vous ne serez pas livré à vous-même, bien sûr, mais cela vous demandera beaucoup de courage et d'indépendance. À votre retour, votre famille ne vous regardera plus du même œil, tandis que vous ne regarderez plus jamais le monde de la même façon.
Les étapes administratives de l'inscription
Pour vous donner une petite idée de tous ces préparatifs, voici la marche à suivre (longue et fastidieuse).
Inscription
- Demande de renseignements
- Envoi de la documentation
- Envoi du coupon-réponse
- Envoi du dossier d'inscription
- Constitution du dossier (on vous demande vos goûts, religion, si vous fumez, vos allergies, etc. C'est en quelque sorte le CV qui vous fera trouver une famille puisqu'il est rédigé dans la langue du pays choisi)
- Lecture et étude du dossier par l'association
- Prise de rendez-vous pour un entretien
L'entretien
Un membre de l'association va juger de votre niveau de langue (il faut parler un minimum l'anglais), de vos motivations et va vous juger vous ! Le but est de vous trouver une famille d'accueil. Si vous fumez, que vous êtes criblé de piercings et de tatouages, ou que vous êtes mal élevé, cela peut poser problème. Si vous êtes une « petite pourriture », votre candidature sera refusée. Par contre, si votre physique fait « mauvais genre » et/ou que vous fumez, on va vous prévenir de suite que trouver une famille sera compliqué, mais vous ne serez pas forcément éliminé.
Préparation si votre dossier est accepté
- Recherche d'une famille d'accueil par l'association
- Réunion régionale (vous rencontrez d'autres participants, l'ambiance est cool et vos parents sont aussi là pour être « préparés »)
- Lorsque votre famille est trouvée : inscription scolaire, correspondance avec la famille, obtention du visa
Le début du séjour et les imprévus
Début du séjour
- Stage de préparation avant le départ en avion le lendemain (c'est un peu comme une mini colo pour tous les participants). C'est là que vous dites au revoir à vos parents.
- Départ accompagné (jusqu'à l'aéroport) : la grande aventure peut commencer pour de vrai.
En réalité, la fin ne se passe pas tout à fait de même pour tous. Comme vous pouvez le voir, la procédure est longue et fastidieuse et vous laisse tout le temps de vous préparer, vous et votre famille.
Il se peut qu'arrivé fin août, toutes les familles d'accueil n'aient pas encore été trouvées. Ce fut mon cas. Dans cette situation, vous allez tout de même au stage de préparation, puis au lieu de partir, vous rentrez chez vous et attendez sagement. Lorsque votre famille est enfin trouvée et votre inscription scolaire effectuée, tout se fait alors dans l'urgence à cause du Visa. Pour partir au plus vite, il faut un visa express (et ça coûte environ 1500 francs au lieu de 500 francs pour les USA). Une fois que vous l'avez, c'est parti !
Moi, ma famille a été trouvée début septembre et je suis donc partie vers mi-septembre. Je vous dis pas l'angoisse de ne pas savoir quand on va partir ! J'étais très déterminée, mais aussi très anxieuse, alors ça n'a pas été si facile que ça ! Ma famille se trouvait en Virginie, à Bassett plus exactement (c'est-à-dire à peu près au milieu de nulle part, pas loin de Richmond et Washington).
Cela faisait des mois que j'attendais et enfin, mon rêve allait se réaliser : j'allais partir loin et découvrir une autre culture, en pleine immersion !