Plusieurs centaines de milliers de vélos sont volés chaque année en France, et le choix de l'antivol reste souvent guidé par le prix ou la marque, sans tenir compte du risque réel. Voici comment choisir, en fonction de son usage, de son lieu de stationnement et du label FUB 2 roues.

Comprendre le paysage du vol à vélo
Les chiffres officiels de l'enquête "Cadre de vie et sécurité" 2019 (Insee-ONDRP-SSMSI) donnent l'ordre de grandeur : en 2018, 318 000 ménages ont déclaré avoir été victimes d'un vol ou d'une tentative de vol de vélo, soit 1,1 % des ménages et 2 % des ménages équipés, pour un total de 361 000 faits. Les vols aboutis représentent 90 % des cas. Sur la période 2011-2018, le nombre annuel de faits oscille entre 350 000 et 400 000.
Où le vélo se trouvait-il ? 50 % des ménages victimes situent le vol au sein même de leur résidence principale, 35 % dans la rue, 13 % dans un parking ouvert, 8 % dans un parking fermé et 10 % dans un garage. Plus d'un tiers citent "un autre lieu" qui, trois fois sur quatre, correspond encore à la résidence principale : caves, locaux à vélos d'immeuble.
Les données de l'assureur Velhome vont dans le même sens, avec une répartition différente : 41 % des vols dans la rue, 24 % chez la victime, 20 % dans un parking vélo et 15 % dans un local de copropriété.
Ces deux jeux de données ne portent ni sur les mêmes populations ni sur les mêmes méthodes : l'enquête officielle interroge un échantillon représentatif de ménages, la base Velhome ne recense que les vols déclarés à cet assureur, qui vend par ailleurs des services anti-vol. Leur divergence n'établit donc rien de définitif. Mais ils s'accordent sur un point : le vol se partage entre la rue et le domicile, et la part liée au domicile est élevée. Notre lecture, à partir de là, est que le point d'ancrage compte autant que l'antivol lui-même : un U haut de gamme accroché à un poteau creux ou à une barrière mobile ne protège pas longtemps.
Pourquoi le prix n'est pas la meilleure indication
Il est tentant d'opter pour l'antivol le moins cher, mais les tests menés par la FUB révèlent un écart énorme entre les modèles. Dans sa campagne de 2025, la FUB a testé 46 antivols. 16 d'entre eux n'ont pas obtenu le label : rupture par torsion, découpe avec des outils simples, sciage manuel. Ces modèles, souvent vendus uniquement en ligne à bas prix (comme les Crivit de Lidl ou la marque GES), offrent une sécurité illusoire.
À l'autre bout du spectre, 6 antivols ont résisté plus de 60 secondes à une meuleuse électrique portative. Deux d'entre eux ont tenu plusieurs minutes. En revanche, 14 sur 30 antivols ont été coupés en moins de 15 secondes. À noter : ce protocole bloque l'antivol dans un étau, ce qui rend la découpe plus rapide et plus précise qu'en conditions réelles. Les secondes mesurées sont donc un plancher, pas un temps moyen de vol.
Le prix n'est pas un bon indicateur de performance. Un antivol à 15 €, même marqué "résistant", peut être découpé en quelques secondes.
Le label FUB 2 roues : ce qu'il garantit vraiment
La Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) est le seul organisme français à publier chaque année un classement des antivols. Elle revendique son indépendance et présente comme preuve le refus du label à des modèles très vendus.
Son label "2 roues" est cité par près d'un assureur sur deux dans ses conditions générales. En cas de vol, les assurances demandent souvent la facture d'un antivol labellisé FUB 2 roues comme preuve de précaution.
Ce label repose sur des tests menés depuis 2002 avec les méthodes des voleurs : résistance à la traction, à la torsion, au cisaillement, au sciage manuel, et depuis 2024 au test de la meuleuse. Les méthodes exactes ne sont pas publiques, mais elles reflètent les techniques réellement utilisées.
"On a eu une discussion âpre avec un nouveau fabricant allemand", se souvient Sophie Héring, chargée de mission à la FUB. "Il ne comprenait pas et voulait absolument qu'on lui mette les deux roues parce qu'il voulait pousser ses produits sur le marché."
La FUB refuse donc le label à des marques réputées lorsque les tests ne sont pas concluants.
Choisir selon l'usage réel
Le type d'antivol dépend de la durée et du lieu de stationnement :
- Stationnement longue durée (chez soi, au travail) : un antivol en U ou une chaîne certifiée suffit, à condition d'être attaché à un point fixe solide.
- Stationnement court (commerces, transports en commun) : privilégiez un antivol léger mais résistant, ou combinez un U avec un câble pour la roue arrière.
- Usage urbain intense (VTC, livraison) : un antivol pliable ou un modèle innovant peut être plus pratique, mais vérifiez qu'il est labellisé.

Ce que recommande la FUB et ce que cela implique pour le budget
Se reposer uniquement sur l'antivol est une erreur. La FUB formule trois recommandations : un bon antivol, un point fixe résistant (en sécurisant le cadre et la roue avant) et un stationnement adapté. Elle ajoute un appel aux collectivités, aux bailleurs sociaux et privés et aux employeurs pour qu'ils installent des stationnements sûrs, pratiques et accessibles.
Au-delà de ces recommandations, une lecture personnelle du risque conduit à répartir l'effort de protection sur trois postes : l'antivol certifié, le stationnement sécurisé et l'assurance. Ce découpage est notre conseil, pas une position de la FUB, qui ne se prononce pas sur un budget type.
Côté prix, il faut se méfier des repères trop précis, car le marché évolue vite. À titre d'ordre de grandeur, une enquête de 2021 citait des câbles autour de 15 € et des U à partir de 25-30 € - des montants anciens, à ne pas prendre pour des tarifs actuels.
"S'équiper d'un bon antivol et attacher son vélo à un point fixe résistant en sécurisant le cadre et la roue avant est la bonne conduite à adopter", indique la FUB. Mais cette stratégie ne fonctionne que si le stationnement est adapté.
Les bonnes pratiques pour limiter le risque
Au-delà du choix de l'antivol, quelques gestes simples réduisent le risque :

- Attacher le cadre et la roue avant à un point fixe solide.
- Éviter les points d'ancrage douteux (poteaux, barrières, objets mobiles).
- Choisir des lieux bien éclairés et fréquentés.
- Marquer son vélo : le marquage des vélos neufs est obligatoire depuis 2021, et le fichier national d'identification des cycles, géré par l'APIC, est accessible aux forces de l'ordre. Bicycode est le système de marquage porté par la FUB.
- Utiliser un traceur GPS ou un objet connecté pour retrouver le vélo en cas de vol.
Agir sur l'ensemble du risque
Le maillon faible reste souvent le stationnement. Un antivol de qualité attaché à un poteau mou ou à un mobilier urbain fragile est vite contourné. D'où l'importance, pour les collectivités et les bailleurs, d'investir dans un stationnement vélo sûr et accessible, comme le rappelle la FUB dans son guide Installer un stationnement vélo pratique et sécurisé.
Protéger son vélo, c'est donc agir sur l'ensemble du risque : antivol certifié, stationnement adapté, assurance et identification. C'est toute la logique du "pouvoir d'agir" que la FUB défend depuis plus de 40 ans.