
Au saut du lit, l'horreur me saute à la gorge. La radio, France Info, toutes les sept minutes, un condensé de l'horreur de l'humanité. Les infos s'enchaînent : attentat à Ramallah, seize soldats dans un hélicoptère qui explose, génocide en Tchétchénie, guerre civile en Colombie, famine, destructions, excision, prostitution, oppression, condamnations, exécutions, raids aériens, opérations coup de poing, massacres, attaques, croisades contre l'Axe du Mal, conflits en Afrique, en Orient, en Asie et, oui, même en Occident.
Et moi dans tout ça ? Toujours dans mon lit, recroquevillée, trop effrayée pour sortir de sous la couette — ne serait-ce qu'un orteil —, osant à peine ouvrir les yeux de peur que cette horreur ait éclaboussé partout, jusque sur les murs de ma chambre. Mon pauvre petit cœur n'en peut plus. Comment me lever comme si de rien n'était ? Comment m'enfermer dans mes habitudes, avec pour musique de fond cette radio, relayée par la télé, les journaux, des photos, et le son en stéréo ?
Pourquoi refuser la banalisation de l'horreur médiatique ?
Je n'ai plus faim, je n'ai plus soif, je ne veux plus dormir. Je veux résister à cette invasion, je veux l'affronter moi-même, lui dire qu'elle aille se faire voir. Je ne cherche pas à protéger mes jolies oreilles de ces informations, je ne veux pas prétendre avoir bonne conscience. Ma conscience est foutue, comme la vôtre, j'espère, et depuis bien longtemps avant ma naissance.
Je veux qu'on arrête de traquer l'horreur, et qu'on cesse de nous la balancer à la figure à heure fixe, sur rendez-vous. Je veux qu'on stoppe la banalisation de l'horreur, qui rend quotidien et anodin le sentiment de terreur et de frayeur. Je dis oui au journalisme, au reportage, aux enquêtes et investigations ; je veux connaître la vérité, mais je dis non à tout ce qu'on en fait.
Vérité choc ou traitement médiatique : quel impact ?
Des films comme « In This World » sont trop durs pour moi. Ils m'anéantissent. Pourquoi ? Suis-je plus naïve qu'une autre ? Peut-être. Je ne suis pas préparée à voir ce genre de choses. Parce que le JT de PPD est tellement soft dans sa présentation de l'horreur au grand public qu'on est choqué par ce qui n'est pas enrobé d'un beau papier cadeau par TF1 et ses copines. Des films comme ça remplacent un bon JT, ils valent dix mille PPD en manque de scoop, de sang, d'obus et de Twin Towers.
Comment réagir face à l'indifférence générale ?
J'ai la haine, je ne sais pas de quoi mais j'ai la haine. La haine d'être au milieu de ce cauchemar, de crier dans le noir alors que personne n'écoute, de pleurer ma peine et celle des autres alors que tout le monde choisit de faire la sourde oreille, de fermer les yeux et de voir la vie en rose.
Je ne sais pas quoi faire : m'engager ? Militer ? Crier encore plus fort, jusqu'à n'avoir plus de voix ? Ou rester sage, pas de vagues, continuer de rêver dans mon monde désensibilisé, débranché, déconnecté de la réalité ?