
Un voyage qui a tout changé
Mon beau-père devait partir avec l'un de ses collègues pour un meeting à Strasbourg pendant deux jours. Il proposa à ma mère de l'accompagner pour en profiter. Le voyage était prévu pour quatre personnes, mais la quatrième personne n'avait pas pu venir — enfin, c'est ce qu'on m'avait dit. La réalité était toute autre : elle n'avait pas voulu venir à cause d'une personne présente dans le groupe.
Mon beau-père me proposa donc de remplacer cette personne puisqu'il y avait une place de libre. Je lui demandai comment était prévu le voyage et il me répondit que deux chambres étaient réservées. Je lui demandai donc si la 4ème personne était la petite amie de son collègue et que, dans ce cas, il faudrait appeler l'hôtel pour réserver deux lits séparés. Il s'exécuta dans l'instant et sous mes yeux.
Rencontre avec Fred
J'avais déjà rencontré ce collègue. Il voulait qu'on l'appelle Fred et, la dernière fois que je l'avais vu, il nous avait mises mal à l'aise, ma sœur et moi. Nous étions montées dans sa belle voiture après une soirée pour faire un petit trajet. Ma mère voulait être seule avec son amoureux et les voitures devaient se suivre. Mais il nous dit ensuite qu'il devait passer chez lui pour prendre quelque chose qu'il avait oublié. Comme nous n'étions pas difficiles, ma sœur et moi avons acquiescé sans rien dire. Il s'arrêta donc en face de chez lui et nous demanda si on voulait monter. Surprise par cette question, nous nous sommes regardées, puis nous lui avons répondu que nous l'attendrions dans la voiture. Il s'en alla.
Fred était collègue de mon nouveau beau-père, très sympa, avec beaucoup d'humour et parlant comme un jeune. Il voyageait beaucoup car il était ingénieur et devait démarcher dans plusieurs pays. Un instant plus tard, il remontait dans la voiture. C'était une Mégane coupée, grise métallisée, qui venait de sortir et était très à la mode...
L'arrivée à l'hôtel
Mon beau-père raccrocha le téléphone en me disant qu'il y aurait deux lits. Malheureusement, à notre arrivée, en ouvrant la porte de la chambre, j'aperçus un grand lit pour deux personnes.
Sans attendre, je fonçai dans la chambre de ma mère en me disant qu'ils avaient peut-être inversé les chambres. Mais arrivée au bout du long couloir, chambre 39, la chambre était identique. J'en parlai donc à ma mère et mon beau-père qui appelèrent tout de suite la réception. La personne nous affirma qu'un coup de fil avait été passé pour garder un grand lit. Au pied du mur, le gardien de l'hôtel nous dit qu'il ne pouvait rien faire ce soir, les chambres étant complètes. C'était un hôtel 3 étoiles, la première fois que je mettais les pieds dans un trois étoiles.
Le repas qui a tout déclenché
La soirée commença par un restaurant, plutôt arrosé. Le repas était succulent, Fred but beaucoup et, sur le retour, ses propos étaient assez déplacés : "Tu veux pas qu'on aille en boite ?"
Nous voilà finalement arrivés à l'hôtel et je me sentais mal à l'aise, mais ils me dirent tous que pour une nuit, je n'allais quand même pas faire des chichis !! Fred se coucha, il sentait l'alcool et n'avait même pas pris le temps de se brosser les dents. Je me couchai à côté de lui, ou plutôt le plus loin possible sans tomber du lit. Il voulait absolument me dire bonne nuit et me faire la bise. Sa "bise" était plutôt mal placée car il réussit presque à m'embrasser, passant très près, trop près de ma bouche. Il posa les clés de la chambre sur la tablette de la tête de lit. Nous éteignîmes.
La tentative d'agression
Trente minutes passèrent et je ne trouvais pas le sommeil, j'étais trop tendue et pourtant j'étais très fatiguée. Vers 2h du matin, je commençais à peine à m'assoupir. Fred s'était endormi et je pouvais enfin me détendre... du moins je le croyais. Au moment où je commençais réellement à sombrer dans le sommeil, quelque chose me réveilla d'un coup ! Une main tout d'abord posée sur ma cuisse essaya de se glisser dans mon entrejambe. Je me raidis. Qu'est-ce qui se passait ? Je le croyais endormi... Il faisait semblant !
Je tentai de me lever, venant de réaliser ce qu'il pouvait m'arriver, mais mon corps était encore endormi et j'avais du mal à bouger. De plus, la main avait senti que je m'étais réveillée et, plutôt que de partir, elle s'était refermée très fort sur ma cuisse. Je fermai les yeux très fort et me dis que cette fois je réussirais à partir. Je rattrapai la main et l'arrachai du haut de ma cuisse. Je bondis hors du lit mais mes jambes se dérobèrent sous moi. Il se redressa dans le lit mais, encore imbibé, il n'était pas très rapide, ce qui me permit de me relever et de foncer vers la porte.
Ma fuite désespérée
La main sur la poignée, je l'abaissai plusieurs fois : fermée ! Merde ! Les clés n'étaient pas sur la porte... La tablette ! Je l'entendis se lever. Il m'appelait : "Attends, arrêtes, qu'est-ce qui t'arrive ? Je comprends pas... Qu'est-ce qui te prends..." Je n'avais plus le temps. Mon regard embrumé et affolé se tourna vers la droite : la porte de la salle de bain ! Je l'empoignai, entrai et la refermai en une fraction de seconde.
Ouf ! Il venait juste d'arriver à la porte. Je cherchai le loquet maladroitement. Il appuya sur la poignée ! Je trouvai le loquet et le basculai : la porte était fermée ! Il avait abaissé la poignée et je me dis qu'une seconde plus tard et... Il se cogna contre la porte et grogna : "Pourquoi t'as fermé ? Ouvre ! Je veux te parler, tu te méprends, pourquoi tu as peur ? T'as fait un mauvais rêve ?" Je ne répondis pas. "BON ! MAINTENANT OUVRES !" Il s'acharna contre la porte un moment.
Je me mis à pleurer en silence dans la salle de bain et me recroquevillai dans un coin. J'avais froid ! Il n'y avait plus de bruit. Je me demandai s'il était parti. Oui, non, il était encore là ! Je n'avais pas de montre mais je me dis que je ne rouvrirais pas avant le petit matin pour être sûre. Le froid me gagnait, cela me parut des heures. J'avais froid, j'avais peur, et mes tremblements s'étendaient à tout mon corps. Le silence était vraiment lourd, je décidai alors d'ouvrir la porte. Ma décision se transforma en une hésitation d'au moins 10 minutes. J'avais l'impression d'être dans un mauvais film d'horreur. Et s'il était encore derrière ? Je me lançai, tremblante, et tournai doucement le loquet.
La recherche des clés
La porte s'ouvrit : il n'était pas derrière et je l'entendais ronfler !
J'avançai d'un pas toutes les 30 secondes pour ne pas le réveiller et me retrouvai devant lui pendant un temps interminable. Je dus me pencher sur lui pour prendre les clés. Pourquoi n'avais-je pas fait le tour ? (Non, cela aurait été plus long et plus risqué !) Je sentais maintenant sa respiration sur moi, mes cheveux tombaient, je n'y avais pas pensé. J'attrapai les clés mais elles firent du bruit, il se retourna, je m'enfuis vers la porte et tentai d'introduire les clés dans la serrure mais sans succès. Je faisais beaucoup de bruit et mes mains tremblaient. Il se réveilla et commença à se lever. Il ne parlait pas. Les clés se glissèrent enfin dans la serrure, je tournai la clé et partis en courant. Il était derrière moi et je n'aurais pas le temps d'atteindre la chambre de mes parents avec lui sur les talons.
Le réconfort familial
Je pris à droite dans le couloir, leur chambre étant à gauche. Je me dis qu'il devrait prendre à gauche en pensant que c'est ce qu'il ferait. Il tourna à droite. Je trouvai des toilettes dans le couloir et je m'enfermai dedans. Essoufflée, apeurée, j'écoutais tout ce que je pouvais. J'entendis un bruit de porte : il devait être revenu dans la chambre. J'attendis encore un long moment pour être sûre et pris mon courage à deux mains.
J'ouvris la porte des toilettes et piquai un sprint digne des jeux olympiques. Je repassai devant la chambre, la porte était fermée et le bout du couloir était proche, si proche et si loin. Chambre 39, je frappai tout doucement à la porte. Personne ne répondit : normal, ils dormaient ! Ma discrétion n'était plus une priorité maintenant, je tambourinai à la porte et appelai ma mère, persuadée qu'il allait revenir ou qu'il était déjà derrière moi. Personne n'ouvrit, je me mis à pleurer en appelant, je n'en pouvais plus et je sentais qu'il arrivait. La porte s'ouvrit enfin, deux visages endormis m'accueillirent sans comprendre ce qui se passait. Je fonçai dans les bras de ma mère et m'effondrai. Ils me demandèrent ce qui m'arrivait, je leur expliquai en bredouillant. Ma mère me demanda : "C'est Fred ?" - "Oui." - "Il t'a fait du mal ? Il t'a violée ?" - "Non, mais il n'en fallait pas plus." Mon beau-père fonça le voir, mais il faisait semblant de dormir. Mon beau-père revint et me promit qu'il lui parlerait le lendemain.
Je finis ma courte nuit au milieu de ma mère et mon beau-père. Tel un nouveau-né, je me sentis enfin en sécurité !
Les suites de cette nuit
Le lendemain, mon beau-père partit tôt. J'eus le droit à de plates excuses de la part de cet homme, excuses que j'acceptai bêtement.
Ce que j'ai appris plus tard
Ce que j'appris plus tard m'effraya encore plus rétrospectivement, car la femme qui n'avait pas voulu venir avait senti quelque chose de malsain chez cet homme, et c'est pour cela qu'elle avait refusé l'invitation.
Par la suite, j'appris que mon beau-père lui avait "cassé la gueule". Et depuis ce jour, moi qui n'avais jamais eu confiance aux hommes, je lui voue une totale confiance et je l'aime comme le père que j'aurais aimé avoir.