
L'homme face au miroir : le regret d'une vie ordinaire
Il se regarda dans la glace. Il la sentait déjà. Il la sentait monter en lui. Elle n'aurait pas de mal à atteindre sa cible : son esprit. Elle était présente dans plus de la moitié de son corps. La Mort. La Mort était là, dans son corps, en train de lui ronger ses derniers instants de vie.
Il observa derrière lui. Sa vie. Qu'avait-elle été ? Rien. En tout cas, il ne s'était rien passé dans celle-ci. Il faisait partie des milliards de personnes banales. Et maintenant que la Mort l'envahissait, il regrettait. Regrettait de n'avoir jamais rien accompli. Sa vie n'avait aucun intérêt. Une vie que les gens qualifieraient de « normale ». Lui, il la qualifiait de pitoyable.
Il aurait pu être un de ces hommes qui font rêver le monde. Ou un type qui terrifie toutes les personnes par sa cruauté. Mais non. Il avait fait son petit boulot, insignifiant. L'avait-il fait par passion ? Même pas. Il l'avait fait par facilité. Comme tout ce qu'il avait fait dans sa vie. Il était resté avec sa femme par facilité, pas par amour. Il avait eu des enfants parce que c'était dans la « norme ». C'était dur, mais c'était comme ça. Il n'avait jamais cherché à prendre de risques.
Et maintenant, il était là, vieux, devant un miroir, en train de se noyer dans des idées noires juste avant sa mort. La Mort envahissait encore plus son corps. Il ne savait pas comment il pouvait la sentir, mais il était sûr que c'était cette chose invisible, presque « agréable », qui montait en lui. Il se sentit tout d'un coup fatigué. Très fatigué.
Il allait crever chez lui, dans sa chambre, alors qu'il aurait pu être mitraillé par des extrémistes durant un combat. Ou encore contaminé par un virus mortel dans son laboratoire alors qu'il était en train de trouver un vaccin. Mais non.
Il se regarda une nouvelle fois, une dernière fois intensément dans le miroir. Et il comprit. Ce n'était pas sa vie qu'il n'aimait pas. C'était lui qu'il détestait. Il détestait cet homme dans le miroir avec ses cheveux blancs et ses cernes. Il aurait voulu détruire ce miroir, briser cet homme, mais tout ce qu'il fit, ce fut mourir...
Le condamné dans sa cellule : l'espoir face à la mort
Il est là, tout seul dans sa cellule. Il réfléchit. Réfléchit à son sort. Un bien triste sort. Mais ce sort, l'avait-il mérité ? Certainement, oui : Dieu avait décidé qu'il le méritait. Mais qui était Dieu ? Depuis ces quelques mois d'internement, il commençait à douter de l'existence de ce Dieu. Enfin, n'avait-il pas toujours douté de son existence ? Il n'en savait rien. Ces questions l'embrouillaient plus qu'autre chose.
Tout ce qu'il savait, c'est qu'il allait crever. Peu importe que ce soit un Dieu qui ait choisi cela ou n'importe qui d'autre. Il allait mourir. Il ne pouvait l'accepter. Il s'était tellement attaché à cette si petite chose qu'était la vie, cette chose si fragile. Si fragile qu'elle avait cassé. Il n'avait plus aucun espoir. Et sans espoir, la vie n'est rien : on peut déjà dire qu'on entre dans le royaume de la mort. À moins d'un miracle.
Mais durant toute sa vie, il avait cru qu'un miracle le sortirait du merdier où il était. Mais rien ne s'était passé. Ça s'était même empiré. Et maintenant, il était dans la cellule n°45, et dans quelques heures on lui injecterait un poison pour qu'il meure.
Pourquoi avait-il été condamné à une peine si terrible ? Peu importait, l'essentiel c'est qu'il y avait été condamné et que cette peine s'appliquerait bientôt. Il aurait pu se suicider avant. Mais non, il ne voulait pas s'arracher lui-même la vie à laquelle il tenait tant. Bien qu'en perdant tout espoir, il se fût suicidé indirectement. Car l'espoir est ce qui nous fait vivre.
Ça y est, les gardes arrivèrent. C'était la fin. La Mort l'attendait tranquillement. Elle n'aurait plus beaucoup à attendre, se dit-il. Un dernier sourire ? Non, il ne savait plus comment faire. Une dernière parole ? Non, il était devenu muet. Une larme peut-être ? Non, il n'avait pas envie de quitter la vie sur une larme. Il y avait encore quelque chose, il ne savait quoi, qui lui disait de quitter cette terre dignement...