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Essais

Veuve à vingt ans

Mariée et veuve à 20 ans, elle raconte la violence de ce deuil soudain et l'absence de l'être aimé.

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Une rencontre magique comme au cinéma, moi je n'y crois pas ! Je ne crois pas à tout ce qu'on raconte, à tous ces artifices qui nous entourent, ces paillettes et ces rêves qui se verront éventrés à la première occasion. Toutes ces personnes futiles qui ne jurent que par la télé-réalité qui est d'ailleurs bien loin de la réalité ! Moi je vis dans ce monde, un monde gris et loin de l'enthousiasme dans lequel sont la plupart des gens. Car derrière ces affiches de pub, ces mannequins aux formes dites parfaites, ces stars d'un temps qui a-t-il ? Du vent. La vie qu'on nous présente à la télévision, au cinéma... N'est qu'une mascarade, une joyeuse comédie qui pousse la population à espérer un jour accéder à cet univers merveilleux. Moi je vis loin de tout ça, loin de mes espoirs passés et de mon innocence d'être vivant. Aujourd'hui je ne suis plus qu'un humain, un simple homme parmi tant d'autres, une personne confrontée aux lois de la vie, d'une vie qui ne se sert pas de paillettes pour cacher ses imperfections. Mon histoire ? banale, trop commune, trop vraie peut-être donc peu divertissante et encore moins attrayante mais aujourd'hui ce n'est pas pour être jugée que j'écris, et encore moins être respectée, juste pour raconter...

Le deuil brutal à 22 ans

J'ai 22 ans, je suis jeune et je vis, je vis de désillusions et hais les gens qui m'ont gardée dans le néant total, loin de la réalité pour diront-ils "me protéger" ! Mais me protéger de quoi ? Me protéger de la vue de ce corps qui gît sur le bitume devant moi ? Ce corps que j'ai enlacé tant de fois...

J'ai connu un homme, un seul que j'ai su vraiment aimer. Nous étions tous deux musiciens, nos vies étaient liées, nous vivions sur le même tempo, dans une même harmonie, nous étions jeunes et nous avions toute la vie... Comment expliquer, comment faire partager cet amour parfait, cette chaleur, cette douceur de tous les jours. Comment faire imaginer ceci à une personne qui ne le connaît ? Juste des mots, je n'ai que mes mots pour vous faire comprendre ce qu'est l'amour ou du moins ce qu'était le mien. Ce bonheur immense, cette souffrance. Son sourire, ses deux fossettes qui me faisaient rire ! Quand on a goûté à la passion on ne peut pas oublier ses effets, cette folie, cet enivrement qui nous conduit toujours à la limite, à la limite entre le monde de la réalité et celui de la démence. Tu te sens tanguer, un peu en danger mais tu as tellement confiance, tu crois qu'il ne peut rien t'arriver. Comment pourrions-nous séparer ces deux êtres, ils sont si indissociables. Personne ne pouvait croire que nous survivions à la moindre séparation, personne ne pouvait imaginer que nous serions séparés. Cela paraissait tellement inimaginable et pourtant la vie y est arrivée. Elle a su comment faire, notre serment prononcé deux ans avant prenait alors tout son sens : "jusqu'à notre mort", jusqu'à la tienne physiquement et la mienne mentalement.

Vivre après le tragique

"Un accident stupide" m'a-t-on dit, comme si ces gens en blouse blanche pensaient qu'un accident était habituellement intelligent ! Et dans ma révolte on a su me dire de me calmer, on a osé me dire de m'arrêter. Mais arrêter quoi ?! Arrêter de vivre ? C'est déjà fait ! Mais non ce n'était pas ça qu'il fallait que j'arrête, au contraire je devais continuer, je devais juste cesser de pleurer, retenir la violence qui m'échappait, stopper ce flot de paroles qui me vidait. Moi je voulais qu'eux arrêtent, qu'ils arrêtent de me baratiner avec des mots savants en me prenant pour l'enfant que j'étais, qu'ils arrêtent de me dire "nous sommes désolés" et qu'ils ne fassent que me laisser, me laisser me noyer, me laisser partir avec lui.

À vingt ans j'étais déjà sans vie, mariée et veuve ! Je l'ai vu celui qui lui a fait ça et je ne lui en ai pas voulu car j'ai su qu'il comprenait qu'en tuant Jérémy il m'avait aussi détruite. J'ai lu dans ses yeux la douleur que je vouais dans les miens tous les matins mais je dois avouer que rien ne me fera oublier, pas même pas pitié, la lueur d'effroi que j'ai vu dans le regard de mon ami. Il est mort en regardant sa vie et j'en faisais partie. On me dit "reprends sans lui" mais je ne pourrais pas ou du moins pas avec la même intensité, ça paraît stupide je sais mais l'est-ce plus que nos vies brisées par un simple feu rouge grillé ?

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christa
Christa Ka @christa
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