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Essais

Une vie pas comme les autres

L'histoire poignante de la mère de l'auteur, marquée par l'alcoolisme, la DDASS et la perte d'une sœur, jusqu'à la retrouvaille familiale.

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Le 31 mars 1962, naquit une petite fille, prénommée par ses parents "Lydie". Tout aurait pu lui réussir. Son père travaillait dans le bâtiment et sa mère s'occupait de ses 6 enfants. Seulement, une chose ignoble toucha à nouveau une famille : l'alcoolisme. Son père, épuisé par son travail, rentrait le soir dans le seul but de vider deux, trois, quatre bouteilles d'alcool. Certains ont l'alcool qui les fait rire, d'autres qui ne leur fait rien, d'autres qui leur donne une envie de frapper sur tous ! Tous, y compris leurs propres enfants ! C'est ainsi que sa vie et celle de ses frères et sœurs fut chamboulée.

La fin de l'hirondelle

Le jour de Noël, les gendarmes débarquent. Ma mère a alors 3 ans, et elle voit pour la dernière fois ses parents. La décision est prise : les 6 enfants seront placés ! Le dérapage de trop, le fusil sous la tempe, les voisins dénoncent, la libération d'une enfance étouffante. Ce geste restera gravé dans la mémoire de ma mère et ses frères : l'explosion de l'hirondelle qui se trouvait en haut de la porte d'entrée. Pour signifier l'abandon, le père de ma mère a cassé cette chose qui signifie tant de choses !

C'est maintenant ancré dans les grands cahiers de la DDASS. Ma mère et sa sœur seront placées en nourrice. Fin de la violence, mais véritablement pas fin de la souffrance. Ne pas manger à sa faim quand on a 5 ou 6 ans, c'est très difficile. Se lever discrètement la nuit pour voler de la nourriture, se faire habiller par les camions de la Croix-Rouge française... Toutes ces choses qui pourtant ne paraissent pas honteuses pour ceux qui ne les ont jamais vécues, le sont pourtant bien pour ces enfants.

Une vie d'enfant à peu près normale, hormis le fait qu'à la cantine on attend les restes pour pouvoir manger, que les autres élèves se moquent continuellement de ces enfants "anormalement normaux". Jusqu'au jour où un accident sans grande gravité surgit. La sœur de ma mère chute de vélo, quelques fractures et quelques plaies, mais rien de bien grave. Seulement, 5 ans plus tard, à l'âge de 17 ans, les douleurs pour marcher et caetera se font de plus en plus graves. Jusque-là, on disait que c'était cette chute qui en était responsable et pourtant... Un cancer des os fut diagnostiqué ! En 1 an, elle est partie. Ma mère pense alors, à ce moment-là, tout perdre.

Une rencontre et un manque

La majorité étant arrivée, il fallait maintenant être autonome. Ma mère fut donc placée dans un foyer de jeunes travailleuses à une cinquantaine de kilomètres de son lieu de naissance. Tout se passait à peu près bien, l'harmonie avec les autres jeunes filles était établie. Et un jour, cette harmonie, ce bien-être fut renforcé par une rencontre exceptionnelle. M. -L. entra dans la vie de cette femme reconstruite.

Sans le savoir, ma mère a vécu 3 ans à quelques mètres du nouveau domicile de sa mère, et pourtant ma mère quitta cette ville pour s'installer quelques kilomètres plus loin. Elle y rencontra le père de ses 3 enfants, vécut une vie paisible et tranquille. Et pourtant le manque de sa famille se faisait sentir : jamais ma mère n'a pu renouer le contact avec ses 5 frères. La cause géographique fut la première, un de mes oncles habitait à 800 km de la région où résidaient ma mère et ses 3 autres frères.

Et pourtant un jour, ce frère isolé de tous fit la démarche de rechercher ma maman qu'on croyait résidant dans un autre pays. Il y a maintenant 5 ans, ma mère fut une femme comblée, entourée de toute sa famille.

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julienval
Julien Valance @julienval
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