
Prosper est un homme tout ce qu'il y a de plus normal, avec ses soucis, ses ennuis, ses habitudes et son travail. Prosper est garagiste, il adore ce métier et y met tout son cœur pour gagner de quoi manger et offrir une belle vie à sa fille, qui a vu sa mère mourir quand elle était toute petite.
Cette mort, Prosper l'a mal vécue et, comme la plupart des veufs après le décès de leur conjointe, il s'est malheureusement mis à fumer. Une habitude regrettable qui l'empêche de profiter du bon parfum de la mer qu'il côtoie. Car oui, Prosper habite près d'une grande ville au bord de mer et son garage est justement en face de l'eau.
Un garagiste solitaire face à la mer
Ce Prosper, triste et réservé, mène sa vie dans son coin sans que personne l'embête. Il se moque du monde autant que le monde se désintéresse de lui. Il ne suit pas les actualités qui, dit-il, « empêchent les gens de rêver ». Prosper est un homme simple avec ses petits plaisirs : sa cigarette matinale, celle qu'il prend à midi pendant sa pause déjeuner, et celle du soir en rentrant chez lui. Voilà ses petits plaisirs.
Et tous les jours, tant il se moque du monde, Prosper, face à la mer, jette ses mégots dans l'eau. Un geste idiot, me direz-vous, mais n'oublions pas qu'il se moque du monde. Chaque jour, le mégot suit le même trajet : un léger tourbillon, puis une vrille avant de finir sa chute dans l'eau, son endroit destiné. Là, le bout du filtre flotte au gré des vagues et du courant. Et c'est justement ce bout de filtre qui nous intéresse – plus précisément, tous les petits bouts de filtres que Prosper a jetés durant toutes ces années, trois fois par jour, sans se douter qu'il accumulait les germes d'une catastrophe.
Les conséquences insoupçonnées des mégots jetés dans la mer
Car le filtre est essentiellement composé d'éléments filtrants mais aussi absorbants. Tous ces filtres absorbants mis bout à bout ont formé une gigantesque éponge qui a absorbé petit à petit l'eau de la mer.
Les chercheurs conclurent d'abord que la baisse du niveau de l'eau était due au réchauffement climatique. Mais suite à la découverte d'un amas de mégots au fond de l'eau, les chercheurs ont tout compris.
La prise de conscience de Prosper
Un jour, pour la première fois, Prosper eut envie de regarder les informations car il avait rencontré une jeune femme avec qui il semblait se passer quelque chose. De bonne humeur, il se posa devant la télévision. Tout semblait parfait. Mais quand, au journal, le présentateur raconta la nouvelle des filtres trouvés près d'une grande ville côtière, Prosper comprit. Il comprit la vie, rayée de la carte par sa dépendance. Il comprit le monde, dans une déroute totale et impuissant. Alors il comprit, ce jour-là, qu'il arrêterait de fumer...