
Il était une fois, dans un pays lointain, une jeune fille très triste... Elle s'appelait Marguerite, mais tout le monde l'appelait Frimousse. Ce surnom semblait mignon si l'on ne connaissait pas son histoire. En effet, Frimousse était très laide et son visage semblait recouvert de mousse... d'où son nom.
Son père était un homme méchant qui la forçait à travailler très tard. Elle devait coudre, faire la cuisine, mais surtout travailler le verre. Son père vendait ses carafes, ses plats et ses vases à prix d'or sur le marché, car c'étaient les plus beaux qu'on n'ait jamais vus.
Or, un jour, alors que Frimousse attisait le feu, une étincelle en jaillit et vint s'éteindre à ses pieds en se transformant en graine. Frimousse la prit et la planta, la choya et s'en occupa. La graine mit très longtemps à grandir... Les mois passèrent et, au bout d'une année entière, un bouton de fleur apparut. Frimousse dorlota encore plus la plante, lui parlant de sa voix douce, la mettant au soleil ou au coin du feu, lui racontant de belles histoires. Mais il fallut encore une année pour que le bouton s'épanouisse...
La fleur s'ouvrit une nuit sombre, sans lune, en chantant doucement. Frimousse, alertée par le chant, se posta devant la fleur et la regarda. Au cœur des pétales se trouvait un moineau tout petit, aussi bleu que le ciel, exactement de la même couleur que la fleur. Frimousse se pencha sur lui. Aussitôt, le moineau se mit à pépier et dit de sa voix chantante :
« C'est toi qui m'as choyé durant ces deux années. À présent, je vais te remercier. Une fois que je me serai envolé, tu prendras la poudre jaune du cœur de la fleur et tu la mettras dans ton verre fondu ; de ce verre, tu feras un miroir. Je réapparaîtrai à ce moment-là. »
Sur ce, il s'envola par la fenêtre et disparut.
Frimousse fit comme il l'avait dit et confectionna le miroir le plus beau du monde, celui qui reflétait le mieux la réalité. Lorsque le dernier morceau de verre fut poli et le dernier morceau de cadre verni, le moineau réapparut :
« Tu as fait du beau travail. À présent, regarde-toi dans le miroir... »
Frimousse savait qu'elle était laide et voulut se dérober, mais le moineau insista... Dès qu'elle eut posé les yeux sur le miroir, elle resta figée sur place, éblouie par la beauté de la fille qui se tenait devant elle :
— Mais... qu'est-ce que c'est ?
— C'est bien toi, dit le moineau. La poudre de ma fleur t'a permis de créer un miroir qui ne montre que l'âme des gens... Quiconque se regarde dedans sera à jamais transformé en fonction de son âme. Te voilà devenue la plus belle de toutes, Frimousse... Adieu.
Frimousse était si folle de bonheur qu'elle n'entendit pas son père arriver.
— Que faites-vous ici ? dit-il. Où est ma fille ?
— Mais père, c'est moi ! Si je suis devenue comme ça, c'est grâce à ce miroir.
À ces mots, le père de Frimousse se précipita sur le miroir en espérant devenir plus beau que tous les autres... Hélas, son âme était si noire et son cœur si dur qu'il se transforma en pierre. Frimousse ne le regretta pas ; elle pleura juste ce qu'il fallut et s'occupa de sa mère en continuant à vendre ses vases jusqu'au jour où elle rencontra un jeune prince qui, émerveillé par la beauté de son travail, en tomba follement amoureux. Il l'épousa, installa sa mère dans une belle maison entourée de roses et de lacs magnifiques, et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.
Quant au miroir, seule Frimousse sait ce qu'il est devenu. Il erre quelque part dans le monde... Un conseil : mieux vaut avoir l'âme belle si l'on veut se regarder dans un miroir sans avoir honte de ce que l'on voit... Car, on ne sait jamais, le miroir est peut-être chez vous.