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Essais

Une histoire sans nom...

En 1917, un jeune homme relate son quotidien dans ce journal intime. Entre tensions familiales et un étrange apprentissage chez un apothicaire londonien, le mystère s'installe...

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2 février 1917 — Premières lignes d'un journal inattendu

Premiers mots que j'écris dans ce journal... Voici une fois de plus une preuve de l'esprit fantasque de ma mère. J'ai accepté pour la première fois depuis un certain nombre d'années d'assister au réveillon avec la famille, à contre-cœur, mais après toutes ces années d'absence, il fallait bien la contenter.

Comme je l'avais prévu, la fête fut sobre, assombrie par la mort de mon grand-oncle. Les présents furent aussi médiocres que dans mon souvenir, ma mère économisant encore jusqu'à son dernier sou pour payer des études à mon cadet, Emeric, comme elle l'avait fait pour moi. Je ne vais pas l'en blâmer, bien au contraire. Grâce à elle et à la bourse que l'on m'a attribuée, j'ai désormais une vie largement plus aisée que je ne l'aurais pensé. Je souhaite la même chose à Emeric, assurément.

Je m'aperçois que j'ai déjà écrit plus que je ne pensais. En effet, ma mère m'a prié expressément d'écrire ici, car dit-elle, ma vie doit être passionnante ! Passionnante ? Je l'avoue, plus passionnante que celle de certaines personnes, mais je doute que cela suffise à remplir un journal entier !

Bref, j'espère, par égard pour ma mère et l'argent qu'elle a dû débourser pour payer ce journal, qu'il ne prendra pas la poussière sur une étagère...

17 février 1917 — Arrivée chez l'apothicaire de Londres

Voilà près d'une semaine que je suis en apprentissage chez un apothicaire renommé de la banlieue de Londres. Et près d'une semaine que je m'ennuie à mourir...

Habitant Stratford, je fis atteler une calèche pour me mener à Londres. Sans doute m'étais-je endormi, car le trajet me parut assez court et je ne vis pas la nuit tomber. Le cocher me déposa, mes valises et moi, devant une bâtisse. On me fit entrer dans une cour intérieure qui me parut grande dans l'obscurité. Mais, en réalité, lorsque je la revis le lendemain matin, je la trouvai assez minime au vu de la réputation et de la richesse que l'on attribuait à son propriétaire, Mr Mastwick.

Ce dernier m'attendait sur le parvis et, après un « bonsoir » à peine audible, me demanda de le suivre et me mena à une chambre du premier étage, dépourvue du moindre ornement. Je dus me baisser pour passer la porte branlante et posai mes sacs à terre tandis que le vieil homme avait déjà refermé la porte derrière lui. Je regardai alors autour de moi et découvris la chambre la plus dénuée d'intérêt que j'aie jamais vue. Un lit, une table qui servait de bureau et de table de chevet en même temps, et une chaise. Rien de plus. Un vieux parquet usé et un plafond bas incliné sous la charpente. Une minuscule fenêtre.

Mastwick m'avait laissé une bougie sur « la table de chevet ». Je commençais à prendre peur, car il était déjà tard et je n'entendais plus aucun bruit. Or, je n'avais point dîné et mon estomac commençait à crier famine.

Tandis que j'espérais en moi-même être le moins souvent possible dans cette pièce — et même dans cette maison qui me paraissait inhospitalière —, on frappa à ma porte qui s'ouvrit. Mais je n'aperçus personne derrière. Un frisson parcourut tous mes membres, que je réprimai en me secouant violemment. Je tentai de me convaincre que tout ceci n'était que le fruit de mon imagination et saisis la poignée de cuivre de la porte que je tirai vers moi...

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gabrielle127
Mathilde F @gabrielle127
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