
Pourquoi j'écris cet article ? Je ne sais pas. J'ai juste envie de vous faire partager ce qui a été mon quotidien durant quelques mois. Les mois les plus longs et les plus durs de toute ma vie, je dois vous l'avouer... Un témoignage peut sembler vide de sens à vos yeux, mais pour moi, il représente ma fierté. C'est ce qui fait de moi ce que je suis aujourd'hui.
Ma plongée dans la drogue et la vie à la rue
Depuis l'âge de douze ans, je traîne dans le milieu des teufeurs. Très tôt, j'ai commencé à consommer de l'ecstasy, du LSD et autres amphétamines... La première fois que j'ai pris de l'héroïne, à vrai dire, j'ai vraiment trouvé ça normal. Après tout, je baignais là-dedans depuis longtemps.
Pendant des années, j'ai consommé sans vraiment penser aux conséquences, jusqu'au jour où mon père a découvert une boîte de Subutex (médicament de substitution à l'héroïne). Il m'a virée du jour au lendemain avec fracas... Et bien sûr, je me suis retrouvée à la rue, sans argent, avec juste mes larmes pour pleurer et en pleine crise de manque !
Mendier pour vivre : ma survie au quotidien
Dès mon arrivée sur la place de la Comédie (à Montpellier), j'ai été repérée par une bande de keupons. Ils sont venus me voir et, après avoir parlé avec eux, ils m'ont prise sous leur aile et m'ont offert un toit pour dormir et manger.
Très vite, j'ai bien sûr tapé la manche. J'ai appris à cracher du feu, jongler avec des bolas pour ceux qui connaissent, et avec le bâton du diable. Je jouais de la guitare avec la bande et, sans vous mentir, je me faisais environ 120 euros par jour. Bien sûr, ce n'est pas le cas de tout le monde, mais réfléchissez-y bien la prochaine fois que vous donnerez votre argent à un SDF (je ne crache pas dans la soupe). Le plus gros allait bien sûr dans la came que je consommais à ce moment-là régulièrement.
L'attachement et l'amour d'un animal
J'ai aussi eu une chienne, elle s'appelait Kaîla... Je l'aimais tellement. J'ai plusieurs fois pensé au suicide, mais je ne l'ai jamais fait, pour elle, je crois. J'en ai pleuré quand je l'ai donnée. Je suis quelqu'un qui s'attache très vite...
Trahison et violence : mon agression
Peu de temps après, le squat a été fermé par les flics et on s'est retrouvés à la rue, après bien sûr s'être fait interroger pendant plus d'une heure pour un certain James (il avait de la drogue sur lui et en revendait). J'ai dit que la drogue était à moi pour pas qu'il prenne lui. Oui, je laisse jamais un pote dans la merde. Bref, après cet épisode, on ne s'est plus trop revus.
Jusqu'au jour où...
Je reçois la visite de deux mecs en pleine nuit qui me tabassent bien comme il faut. Ils me mettent des coups de chaîne dans le dos, coups de para (grosses rangers). Bref, au final : deux côtes cassées, une fracture à la jambe, 21 points de suture et d'autres blessures physiques et psychologiques que je n'aurais sûrement pas besoin de mentionner.
Après tout ça, ils me disent quand même que je suis censée rendre 600 euros dans deux jours. Argent que je n'ai pas, et que j'aurais apparemment piqué à ce James dont je vous parle plus haut.
Fuir pour survivre : quitter Montpellier
Pourquoi il m'a fait ça, je ne sais pas... Moi qui l'avais protégé auparavant, j'étais effondrée. Mais je n'ai pas eu le choix : j'ai dû partir de cette ville que j'aimais tant, quitter ma « famille de rue ». Quitter ma petite amie que j'aimais à la folie – c'était aussi dangereux pour elle. J'allais me faire séquestrer, et peut, voire sûrement, mourir.
Reconstruction et sevrage : mon parcours de résilience
Depuis, j'ai fait un sevrage, pour mon ex. Malgré tout, elle m'a toujours soutenue, même si aujourd'hui on n'est plus ensemble. Je suis clean, je continue de jongler de temps en temps, et je n'oublie pas ce par quoi je suis passée... Je fais de la radio, et je peux dire que je peux être fière de moi, je pense. Même si je doute beaucoup de moi et que quelquefois j'ai envie de tout abandonner, je ne baisse pas les bras.