
Une mission commando part pour l'enfer. Trop peu de volontaires. Trop peu de sensibles. Ce groupe n'est constitué que d'hommes morts. Je fais partie de ce groupe. Je n'ai rien demandé, mais j'y suis quand même.
Nous sommes des soldats. Des frères. Une famille. Pour toujours, eux et moi. Ils ont les mêmes idées que moi. Veulent ce que je veux.
Hier matin encore, tout était parfait. On était toi et moi dans le même lit, dans les mêmes bras. Aujourd'hui, qu'il me paraît loin ce temps-là.
Je marche dans la végétation, tout droit. Toujours tout droit, sans jamais me retourner ni m'arrêter. Je n'entends rien. Que se passe-t-il ? Un homme se plaint. Je ne supporte pas les échecs. On marche toujours...
Avec ou sans toi, quelle est la différence ? Tu es loin. Une photo de toi traîne dans ma poche et sur mon casque. Chacun de nous protège son bien du mieux qu'il peut.
Stop !!! À terre !!! Plus un bruit, j'entends des pas. Un geste de ma part et le voilà, la gorge complètement ouverte. Son sang est comme la fontaine qui coule sur la place de l'amour. Son corps est enfin froid. Sur lui, rien de plus qu'une photo d'elle et de lui ensemble...
Et on recommence à marcher. Toujours, toujours. Une balle perdue siffle entre les arbres pour se glisser amoureusement dans son cou. Il hurle, il gémit. Il chancelle et ne se relève pas. Je ne peux rien faire pour toi... Adieu camarade, puisse Satan t'accueillir en héros.
La gâchette de mon arme ferme à jamais ses beaux yeux de jeune homme de 16 ans. Et nous revoilà repartis.
L'amour n'a pas de place dans nos cœurs. Pas d'amour à la guerre. Et pourtant, on aimerait tous une amie près de nous. Pour nous réconforter et nous dire que la vie est encore longue. Mais ces filles du soleil ne sont pas là. Elles attendent au pays en se faisant plaisir ailleurs avec d'autres...
Seulement notre arme pour maîtresse. Seulement notre chargeur pour ami. Seulement le passé pour nous rendre heureux.
Cette nuit-là, je n'ai pas réussi à dormir. J'étais trop préoccupé par toi et par eux. J'ai peur pour eux. Je ne veux pas rentrer seul. Pas sans ma famille. Un frère est mort et c'est un frère de trop.
Tu as l'impression que ce n'est qu'une vulgaire histoire de soldat, mais non. Je ferme un peu les yeux, mais la peur me réveille vite. Les questions, c'est comme les balles. Elles me traversent le corps et la tête en faisant très mal.
Au petit matin, un homme manque à l'appel... Où peut-il bien être ? Son tour de garde a pourtant été fait. Une recherche est organisée. Le malheureux... Je l'ai retrouvé mort. Il s'était pendu durant la nuit...
Sur le petit papier qu'il avait laissé, voilà ce que j'ai pu lire : "Je pars en enfer le premier pour vous ouvrir les portes. À bientôt en enfer..."
Mon premier réflexe fut de dire "j'arrive". Mais d'autres hommes devaient m'attendre. Et le voyage reprend encore et toujours.
Partout des forêts. Partout des hommes morts. Partout des ombres rugissantes et menaçantes...
Je respire la fraîcheur de ce matin d'hiver. Pour moi, la journée va être dure. La mort de qui ? Quand ? Où ?
Un soldat cherche son cœur. Il le retrouvera entre les mains de cette fille tuée par son absence. Mon absence, je suis sûr que tu ne la remarques même pas. Je t'écris des lettres sans jamais avoir de réponses. Le jour où tu ne recevras plus de lettre, je serai mort et tu seras vengée.
Mais pour l'instant, je marche. Les cailloux me font mal. Mon moral s'effondre. Les hommes tombent.
Cette nuit-là, une embuscade m'obligea à voir la mort en face. Rien ne me permettait de dire si c'était l'ennemi. Je ne voyais qu'une masse sombre avancer vers ma position. Je ne réfléchis même pas, je tire.
Des cris et des hurlements emplissent le camp. Les hommes tombent comme des mouches. Le sang coule à n'en plus finir. Les membres jonchent le sol et forment un tapis de pourpre mortelle. Je bute sur un bras et je tombe dans le sang et la chair.
Je restais à ramper dans ce macabre entourage pour essayer de sauver mon petit morceau de chair à moi. Je sens une masse me tomber dessus... Non, pas toi.
Une partie de la tête lui manque. Son corps est criblé de balles. Bref, il est mort. Mais bordel, à quand mon tour ? Je pourrais 100 fois mourir si je me relève, mais pourquoi diable je reste par terre dans cette merde épaisse ?
Les cris envahissent ma tête et mon esprit. Ce fond sonore est insupportable. Je me souviens moi jeune, à me mutiler dans ma maison sans crier et sans penser à la douleur. Maintenant que la douleur est là, je la supporte bien.
Que de bonheur de voir les autres mourir sous l'effet de mes efforts. Plus j'appuie, plus ils tombent. Il me manque des munitions, que faire ? Me tirer une balle dans la tête avec honneur ou courir chercher sur un cadavre des autres chargeurs ?
J'opte pour la deuxième solution. Une fois le chargeur récupéré, je fais sauter une dizaine de fous avec une grenade. Partout les membres volent. Mes yeux pleurent du sang...
Un, deux, trois, et je suis encore en vie. Mais quoi à la fin ?
Le lendemain, quand la fumée se dissipe, je peux voir la boucherie infernale de cette nuit rouge. L'aube rouge telle qu'elle est décrite dans tes pensées. Si seulement tu pouvais voir ça. Si seulement tu étais là pour voir ton héros se battre pour pouvoir un jour rentrer à la maison et te revoir.
Mais non, tu es bien tranquille dans ta maison et tu penses à peine que moi je suis 24h/24 en proie avec la mort. Tu es bien trop naïve pour y penser.
Je rassemble les derniers membres de mon commando. Quoi, tu veux tout savoir ? Non, non. Encore un mort de plus.
Après plusieurs jours de marche et de souffrance... Messieurs, nous voilà bientôt au terminus de notre périple. Voilà les portes de l'enfer. Demain soir, c'est Noël. Puisse votre dieu vous sauver jusque-là.
J'ai fait le serment de ne pas dire à quoi ressemble l'entrée de l'enfer. Ni même l'endroit où elle se trouve. Mais sachez qu'elle existe. Elle est la réplique exacte de mon cœur : fermée, dure et sans couleurs.
À partir de ce moment-là, seul votre personne est votre seul allié. Cet endroit est maudit et l'on devient vite fou.
Nos chemins se séparent, camarades. Ne faites confiance en personne. N'hésitez pas à faire feu sur moi ou un autre. Je dois déjà me séparer de ma seule famille.
Les couloirs sont sombres et inquiétants. Je sens sa présence. Elle est là, dans cet endroit.
Vaincre le diable et la mort en personne, c'est impossible. Ses mains passent en revue toutes les formes de mon corps. De la manière la plus gracieuse, elle enlève ses vêtements. Elle a un corps toujours aussi parfait. Une peau toujours aussi douce. Un sein toujours aussi chaud...
Nos deux corps ne se quittent plus et forment une seule forme. Et nous ne faisons plus qu'un seul amour. Ce n'est pas la première fois, mais c'est tout le temps si différent.
Depuis la première fois que ses lèvres ont touché les miennes, je suis prisonnier de ce corps. Combien de fois nous avons fait l'amour ensemble, et combien de fois je me suis voué à elle...
Elle s'endort amoureuse contre moi pour une nuit qui n'existe pas dans votre temps. Elle se serre contre moi en me répétant ces "je t'aime" que personne ne sait prononcer. Elle est si belle, si douce, si câline, si amoureuse. Et moi, je l'aime.
Tu arrives et tu m'achèves sans aucune hésitation. Quelle belle mort. Tué par sa belle...
Ce soir, c'est Noël et je viens de mourir. Super cadeau pour une fête païenne et mortelle. Nuit de Noël déclarée nuit annuelle du suicide. Quelle belle nuit en perspective.
Une lune pleine et maudite. Personne n'a pu lire dans mes yeux ma profonde tristesse. S'échapper de la vie est maintenant la seule solution.
Je veux mourir. Mais vraiment, et en réalité, je suis déjà mort. J'ai perdu mon identité. Suis-je quelqu'un ?
Je suis mort. Je ne compte pas autant que je le croyais pour toi. Tuez-moi ou je me tuerai. J'ai le droit, j'ai pas le droit. Peu importe...