
Il est vers 19h, c'est l'heure de rentrer pour Cedyl. Je me retrouve donc seul aux Halles. Je n'ai pas envie de rentrer à la maison — il n'y a rien, personne ne m'attend. Au mieux, il y a Dina et son gars, un guitariste hollandais qui m'esquisseront un vague salut avant de retourner à leurs occupations. Au pire, Patrick Sébastien, son « Plus grand cabaret du monde » et Shirley et Dino me feront rêver avec leurs sketches pourris. Je préfère rester là.
J'avance un peu vers le Centre Georges Pompidou et je trouve un miraculeux billet de 10 euros dans ma poche. J'achète un Panini 3 fromages et une canette de Coca. Je n'ai pas faim, mais manger ça occupe. C'est toujours ça de gagné. Je m'assois et j'observe les gens passer.
L'observation des autres : miroir de ma solitude
J'imagine leur vie, leurs problèmes. À ma droite, un peu plus loin, une personne seule est assise comme moi. Peut-être qu'elle est dans la même situation que moi — c'est-à-dire qu'elle s'emmerde royalement et qu'elle n'a personne à qui parler. Je ne partirai pas avant elle, on verra c'est qui le plus solitaire ici !
À ma gauche, deux hommes plaisantent. Ils parlent de filles, de voyages, de leur travail. Je les ai écoutés bavarder. J'aurais bien voulu intervenir, leur raconter comment je n'avais pas trop d'amis parce que j'avais « traîné » avec des gens que je n'aimais pas pendant des années. Mais non. Un peu plus tard, je les verrai s'éloigner — ils ne m'ont même pas remarqué.
Je reprends mon occupation : scruter les gens. Je m'imagine comme un arbre regardant les gens avancer, changer, VIVRE, et moi je reste là, je change pas. Quand j'étais plus jeune, je pensais que quand je serais plus vieux, j'aurais une vie des plus trépidantes — avec des filles à volonté, du champagne qui coulerait à flot et des soirées qui finiraient mal. Mais non. Je ne devais pas être âgé de plus de 5 ans.
Le retour à la maison et la réalité
Il fait de plus en plus froid. Les passages sont moins fréquents. Mes muscles fessiers commencent à se raidir. Je ne tiendrai plus longtemps, faut que je rentre. Mieux vaut être seul au chaud que seul dans le froid, non ?
Je prends le métro aux Halles et je rentre chez moi. Une vague discussion avec ma sœur et hop, au lit. J'ai déconné de rentrer — je me sens encore plus seul ici. J'aurais dû rester là-bas. J'allume la télé et je zappe machinalement avant de tomber sur Jean-Luc Delarue posant des questions à une mère seule, battue, qui a élevé un enfant trisomique toute en étant sourde et aveugle.
Je regarde et je me dis qu'en fin de compte j'ai eu de la chance. Je ne suis ni trisomique (enfin je pense pas), ni battue, ni sourde, ni aveugle. Bon, ça, seul je le suis — tellement que j'ai écrit un truc là-dessus un jour.
Je consulte mon répondeur : rien. Mes SMS : rien. Ma boîte email : RIEN. Je vais porter plainte contre X pour abandon si ça continue. Nan, pas contre X — contre toutes les personnes présentes dans mon répertoire. Comme ça, elles seront jugées et punies.
Une nuit seule...
Je m'endors petit à petit sur un fond de rediffusion de Derrick, la tête pleine de solitude. Peut-être que demain matin, je me réveillerai avec mes parents au petit déj, ma sœur avec qui je délirerai comme avant, je sortirai voir une petite amie que j'aime vraiment et je passerai la soirée avec tous mes meilleurs potes. Nan, là je rêve vraiment.
Bonne nuit.
« Même seul je suis au complet, c'est ça le vrai power. » — Kool Shen