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Essais

Un conte contemporain de trois jeunes

Julien et Mohamed, deux amis d'enfance que tout oppose, sont amoureux de la même jeune fille. L'argent fera-t-il la différence ou l'amour triomphera-t-il des préjugés ?

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Dans la fabuleuse ville de Montfermeil, Mohamed et Julien, deux jeunes issus des beaux quartiers du — si controversé — département de Seine-Saint-Denis, sont amis depuis que la terre existe, c'est-à-dire 15 ans. Mohamed, fils de deux émigrés algériens, vit dans une HLM tandis que Julien, fils de parents cadres supérieurs dans une société étrangère, vit lui près du centre-ville. Chacun d'eux a eu les mêmes chances de départ, c'est-à-dire la vie. Mais un petit détail appelé argent les différencie.

Deux jeunesses contrastées

Côté relationnel, Julien reste froid et distant tout comme son père à l'égard de sa mère. C'est avec un simple « bonjour » machinal que commence la journée. Aujourd'hui, une journée comme tant d'autres pour Julien : à 7h10 le réveil sonne, 7h20 douche, 7h50 petit-déjeuner, 8h20 le chauffeur de taxi attend comme tous les matins Julien en bas de la maison. Aucun répit pour un quelconque divertissement.

Quant à Mohamed, la journée commence par un fracas assourdissant, à croire qu'une bombe a explosé en bas de l'immeuble. Ce retentissement, généré par deux jeunes qui n'ayant trouvé d'autre occupation que de faire exploser des bombes de peinture, fait brutalement sursauter Mohamed qui, profitant de cet élan, se lève.

Il parcourt alors les cinq mètres qui le séparent de la cuisine. Fin de mois oblige, le réfrigérateur paraît plutôt maigre. Il demande donc un euro à sa mère pour aller s'acheter de quoi supporter sa faim sans que son estomac ne braille jusqu'au déjeuner.

Marchant plus de vingt minutes pour se rendre à l'école, il rencontre sur le chemin un SDF. Pris de pitié, il lui donne son euro. Celui-ci le remercie généreusement. « Tant pis pour ma faim, se dit-il, le SDF en a plus besoin que moi, et puis ce n'est pas grave, dans quatre heures c'est le déjeuner. »

Une rencontre au lycée

Nos deux amis se rencontrent à l'entrée du lycée. Julien, fraîchement sorti de son taxi, se fait interpeller par Mohamed. Il lui raconte alors l'épisode du SDF mais Julien paraît surpris que son ami donne de l'argent alors que cela ne rapporte rien en retour.

Les deux garçons rentrent au lycée et, comme à leur habitude, ils embrassent Douchka, une jeune fille russe de 15 ans, belle et fraîche, que Mohamed a surnommée « la poupée russe ». « Ce soir, j'organise une fête chez moi », dit-elle. Julien accepta prestement tandis que Mohamed se demanda si ses parents n'auraient pas besoin de lui à la maison. Cependant, il lui assura qu'il lui répondrait avant ce soir.

À vrai dire, nos deux compères sont fous amoureux de Douchka. Sa douceur, son regard pétillant, son sourire empreint de générosité et tant d'autres qualités font qu'elle est, à leurs yeux, la fille qui se rapproche le plus de la perfection.

Sous la pluie de Seine-Saint-Denis

Vers 15h, le temps commence à devenir maussade. Les nuages gris font leur apparition et Mohamed dit alors : « Je ne vois pas souvent d'éclipse de soleil mais les éclipses de nuages par ici sont fréquentes ! »

« Même si le soleil était visible, il serait caché par les immeubles et la pollution ! » répondit Julien.

Vers 17h, après une journée de cours, Julien se fait reconduire chez lui par son taxi. Mohamed, lui, rentrera à pied, sous une petite pluie. Sur le chemin, à l'endroit de la rencontre avec le SDF, il ne put s'empêcher d'avoir une pensée à son égard, se demandant où il avait bien pu se réfugier.

Vingt minutes de marche plus tard, il rentre le cœur battant, pressé par l'orage qui le suivait de près. Il embrassa sa mère et lui demanda s'il pouvait sortir le soir même. Celle-ci lui rétorqua qu'elle n'y voyait aucun inconvénient. Il en fut ravi et se jeta sur le téléphone pour annoncer la nouvelle à Douchka.

La soirée chez Douchka

Peu après 19h, il est enfin prêt. Il lui a fallu 1h30 de préparation pour cette soirée. Il a choisi ses plus remarquables habits et s'est parfumé : il se sent beau. Sur le chemin, il a une boule au ventre. Il ne cesse de penser à Douchka. Il aimerait tellement qu'entre elle et lui cela puisse fonctionner, mais il n'est pas assez confiant et n'est pas très fortuné, contrairement à Julien...

Mohamed, submergé par ses pensées, ne vit pas le camion arriver. Un camion, qu'il maudit sur l'instant : chhhhhfffflak ! Une vague d'eau le surprit mais il était déjà trop tard... Sali, trempé, dégoûté, il hésite alors à faire demi-tour. Mais il se dit qu'il était au point de non-retour, que s'il rentrait maintenant, il perdrait une chance — et s'il ne sait pas encore laquelle, il pressent quelque chose.

Dix minutes après cet incident, il sonne à la porte. Douchka, dont l'épaule dénudée était entourée par le bras de Julien, lui ouvrit la porte avec un large sourire. C'est alors que Julien s'esclaffa de rire à la vue de son ami. Mohamed, devenant de plus en plus rouge, se fit prendre la main par Douchka qui l'emmena dans les étages supérieurs. Elle lui proposa d'aller prendre une douche, il ne se fit pas prier.

Une conversation révélatrice

Douchka lui apporta des habits appartenant à son père et commença une discussion au travers de la porte :

— Tu sais Mohamed, j'aime un garçon que je trouve génial et je ne sais pas comment le lui dire.

Mohamed se sentit meurtri, car il aurait aimé que cet amour lui soit destiné. Il lui répondit :

— Ah, et qui est-ce ?

Après quelques secondes, elle dit :

— Ce... Ce n'est pas important ! Mais comment, toi par exemple, tu aimerais qu'une fille te l'avoue ?

Il dit alors :

— J'aimerais qu'elle s'approche de moi, me susurre à l'oreille qu'elle m'aime et qu'elle m'embrasse !

Mohamed sortit de la salle de bain. Douchka le regarda brièvement et lui fit signe de descendre rejoindre les autres.

La leçon du SDF

Dans la soirée, Julien dit à Mohamed qu'il pensait que Douchka était amoureuse de lui. Il avait noté des signes qui le montraient et lui avoua qu'il avait entendu leur conversation. Mohamed acquiesça à chacun des dires de son ami tout en essayant de ne pas faire transparaître son état mélancolique.

Julien ajouta : « Comment pourrait-elle me résister, moi qui suis beau et riche ? Je suis ici le seul homme capable de la combler ! Tu ne crois pas ? »

Dans un souffle, Mohamed répondit : « Peut-être, je n'en sais rien. Bon je vais aller me resservir à boire. »

Lorsqu'il eut fini de remplir son verre et qu'il vit que Douchka était assise à côté de son ami, il alla se réfugier sur le balcon. En passant dans le couloir qui le menait à l'air libre, il entendit à la radio qu'un SDF avait été retrouvé mort. Ce dernier, ancien cadre dans une entreprise, fut d'abord licencié avant de voir sa femme le quitter pour finir dans la rue. N'ayant pour unique famille que son fidèle chien Furco, il était mort de froid faute d'avoir trouvé un refuge.

« Triste vie », se dit-il. Ressassant que jamais il ne pourra faire de cette magnifique créature sa femme, elle qui était si parfaite à ses yeux, lui qui l'aurait comblée d'amour et eux qui auraient été unis pour toujours.

— Il fait frais ce soir, tu ne trouves pas ? lança une voix douce et familière.

— Douchka ! Que fais-tu ici ? Je te croyais avec Ju...

Mais il fut stoppé net.

— Je t'aime, lui susurra-t-elle à l'oreille avant de l'embrasser.

Épilogue : trois ans plus tard

Trois années plus tard, à l'âge de 18 ans, ils se marièrent. Ce fut Julien leur témoin — un Julien qui avait toujours des pin-up dépensières comme compagne. Ils eurent quatre enfants et vécurent très heureux...

Julien se sentait fort et puissant. Sans doute l'argent lui a donné ce sentiment. Mohamed, lui, a voulu croire en une valeur sûre, qui ne fluctue pas en fonction de la bourse, mais plutôt en une valeur qui existe depuis toujours et qui existera toujours : l'amour et le partage.

Dans une société où l'on donne l'illusion que le bonheur rime avec argent et pouvoir, l'un a su que l'argent n'était pas la seule clé du bonheur tandis que l'autre ne le comprendra peut-être jamais et inculquera à ses enfants une notion erronée.

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zanzai
zanzai @zanzai
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