Image 1
Essais

Un cinquième mort innocent

Antoine, 14 ans, écrit depuis son lit d'hôpital. Un conducteur ivre a tué toute sa famille. Dans ce témoignage bouleversant, il leur dit adieu avant de les rejoindre.

As-tu aimé cet article ?

Je ne sais pas d'où je tiens cette force qui m'oblige à vous écrire. La seule chose que je peux comprendre, c'est l'envie de rendre hommage à toute ma famille avant de partir, avant de les rejoindre.

Bientôt, je vais mourir. Ce n'est plus la peine que les médecins de l'hôpital où je suis interné me nourrissent, je ne suis plus rien. Il y a quelques mois encore, j'étais heureux de vivre, fou de mes proches, j'avais toujours la pêche. Et maintenant, je ne suis plus qu'un minuscule petit squelette dans une chambre vide, blanche, qui sent l'hôpital. Je ne me reconnais plus. Je ne sens plus mes forces. Entre chaque mot que je vous écris, je dois m'arrêter pour me reposer.

Cela fait maintenant deux mois que le drame est arrivé. Que je ne mange plus, que je ne parle plus, que je ne bouge plus. C'est la première fois depuis deux mois que je bouge, pour leur rendre hommage. C'est ma vie qui a cessé, le jour où ce connard de drogué les a tués. Tous : ma mère, mon père, mon frère et ma petite sœur, qui avait un an à peine, et qui n'avait toujours pas connu la vie. Ma vie a cessé le jour où ce drogué était au volant de sa voiture, ivre. Il leur a foncé dedans. Eux, ils n'avaient rien fait pour mériter ça. Lui, ce connard, s'en est tiré avec à peine quelques égratignures, un séjour d'une semaine à l'hôpital, une peine de prison légère pour ce qu'il a fait. Il a tué 4 personnes folles de vie, et il est en train d'en tuer une cinquième, mais en la faisant souffrir, cette fois : moi.

Moi, j'ai 14 ans, je m'appelle Antoine. Depuis bientôt deux mois, je refuse de parler, de m'alimenter, même de bouger. Comment pourrais-je vivre sans eux ? Et puis, hier, un médecin, pendant que je dormais, m'a emmené cet ordinateur portable. Alors, je me suis dit que de parler d'eux, et de moi par la même occasion, leur rendrait un dernier hommage. Si j'avais encore la force de pleurer, je pourrais pleurer pendant des heures, des jours. Mais j'ai tellement pleuré que je n'ai plus assez de larmes et d'eau dans mon corps.

Les médecins croient que je n'entends plus, alors ils disent, aux gens qui viennent me voir et que je ne reconnais plus, des choses horribles sous mes yeux. Ils leur disent que bientôt, ils ne pourront plus me faire vivre, qu'ils vont me débrancher peu à peu. De toute façon, je n'ai pas envie de vivre. Je n'ai plus envie de vivre. Une fois, une ancienne camarade de classe m'a demandé ce que je voulais, ce qui m'arrivait, et que ma vie n'était pas finie. J'aurais aimé lui hurler que c'était ma famille que je voulais. Il n'y a que ça qui pourrait me faire revivre. J'ai envie de mourir, pour ne plus souffrir, pour ne plus penser à eux. Pour les revoir, qui sait... Je les aime tellement.

Les journées paraissent longues à l'hôpital, mais je m'en fous. Plus rien n'a d'importance dans ma vie, de toute façon. L'autre jour, mon entraîneur de natation est venu et m'a dit : « Mais qu'est-ce que tu fous, bon sang, tu vois pas que tu fous ta vie en l'air ? Tu ne vois pas que plus jamais tu ne pourras nager ? Le club a besoin de toi, tu le sais ça, non ? » Mais qu'est-ce qu'il avait, lui, à me dire ça ? Il ne voit pas que plus rien ne m'intéresse, à part mourir ?

Voilà, c'était la dernière fois que je parlais, à ma façon. Bientôt, je vais mourir. J'aimerais tellement les revoir, une dernière fois, pour leur dire au revoir ! Ils étaient tellement géniaux ! Maintenant, je me retire de la vie, cruelle. Quelqu'un pourrait-il me dire pourquoi le monde est si injuste ? Pourquoi les innocents sont tués ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Pourquoi ma famille a été tuée ? Pourquoi ?

As-tu aimé cet article ?
sans importance
Antoine X @sans importance
1 articles 0 abonnés

Commentaires (32)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires