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Essais

Traumatisante expérience

J'ai vécu ma première crise d'épilepsie en direct : un collègue s'est effondré devant moi en hurlant. Une expérience traumatisante, loin de ce que j'imaginais.

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J'écris cet article, d'une part pour ordonner et éclaircir les idées qui se sont bousculées dans mes pensées, d'autre part pour que ceux qui seront témoins d'une crise d'épilepsie sachent quoi faire.

Vendredi 2 avril 2004 : la trouille de ma vie

La banque ferme dans moins d'une demi-heure. Il n'y a plus rien à faire au guichet. Claude et moi sommes seuls dans la salle, tous les deux à glandouiller. Tout est calme. Je décide de lancer la temporisation de la caisse automatique, histoire de prendre un peu d'avance.

— Je lance la tempo, histoire qu'on fasse tranquillement les caisses.
— OK.

Claude se met donc à surfer un peu sur Internet, va voir du côté de la Bourse pour savoir où en est son compte-titres.

De mon côté, je décide de compter ma monnaie le plus lentement possible. Puis, comme un gamin, je compte mes billets de 5 en les faisant voler, m'amusant du temps qu'il me reste à ne rien foutre.

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Quand tout a basculé : le déclenchement de la crise

Chacun des cris suivants n'est espacé que d'une demi-seconde.

Je suis brusquement sorti de mon jeu débile par un cri qui ressemble à un cri de victoire. Il est debout sur ma droite, pousse un deuxième cri identique.

Je pense aussitôt : « Il a dû gagner plein de fric. » Je lui souris.

Il pousse un troisième cri identique.

« Il a dû gagner vraiment beaucoup. »

Il en pousse un quatrième, puis un cinquième.

« Il fait une blague ou veut en raconter une. »

Je continue de sourire, mais avec une certaine curiosité.

Il pousse un autre cri, toujours la même note. Il perd son équilibre, s'approche de moi en criant. Il se met à me fixer de ses yeux exorbités, son visage entièrement tendu reflète la douleur. Il pousse encore un cri, toujours exactement le même.

Cette fois-ci, je comprends qu'il n'a jamais été question d'un cri de victoire ou d'humour.

Je me lève en sursaut.

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Il y a deux secondes, je dormais quasiment, tout en pensant écouter la blague de mon collègue. Je suis maintenant en face de lui.

Je me rends compte que tout ce que je pensais être réel ne l'était pas.

Il pousse son cri, toujours le même, mais par sa répétition, il m'apparaît désormais comme cauchemardesque.

Est-ce que tout ça est réel ?

Il ne me quitte pas des yeux, tous ses muscles se tétanisent, il s'affale sur la caisse auto qui nous sépare.

Il s'électrocute ?

Il va tomber la tête la première sur le sol. Je l'empêche de tomber en le maintenant sur la caisse auto.

Je ne pense même pas que le toucher m'électrocuterait aussi, car, après tout, est-ce que je ne suis pas en train de rêver ?

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Ma première crise d'épilepsie vécue : réaction et urgence

Il se met sur le dos, pousse un dernier cri avant de se mettre à convulser.

Il tremble très fort. Je risque de le faire tomber brutalement si j'essaie de le poser sur le sol.

Je le maintiens donc là où il est. Je le tiens par les épaules. Il tremble moins, mais se met à respirer de plus en plus fort.

Il fait peut-être une crise cardiaque ? Tous ses muscles sont tendus.

Il gesticule moins, je peux le laisser, il ne va plus bouger. Je cours chercher le seul conseiller qui reste dans l'agence. Nous revenons en courant. Il se remet à trembler avec recrudescence. Henri-Luc se précipite sur lui pour le poser sur le sol, mais ses convulsions sont trop violentes et il se cogne la tête contre le coin du bureau adjacent à la caisse auto.

Il est allongé sur la moquette, se met à baver d'un côté et pisser le sang de l'autre. Sa tête vient se heurter trois ou quatre fois sur la caisse auto en fonte avant qu'Henri-Luc puisse le maintenir en place.

J'appelle les pompiers : « Ah, ce putain de 0 à composer pour sortir ! » (Voilà pourquoi le téléphone d'Henri-Luc ne marche pas.)

Les pompiers décrochent, me font répéter trois fois la même chose avant de me demander s'il a des antécédents.

J'ai seulement compris ce qui s'est passé au moment où Henri-Luc a crié : « Oui, c'est pas sa première crise d'épilepsie ! »

Les pompiers arrivent, je raccroche.

La crise de Claude semble se calmer. Je m'occupe des derniers clients qui viennent pour la fermeture.

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chandlermbiing
chandlermbiing @chandlermbiing
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