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Essais

Tourmente d'une jeune femme haissante

Un témoignage brut sur la blessure amoureuse, la haine des hommes et la quête de guérison. Entre désir de vengeance et rédemption inattendue.

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Parfois, on marche dans une rue familière, habituelle, que l'on emprunte pour la énième fois. Nos pas nous guident sans aucun effort, laissant ainsi notre esprit libre à toute sorte de divagation. C'est lors de ces moments que je me mets à penser à moi, et à ce qui m'est arrivé dans ma courte vie. J'arrive à voir les progrès que j'ai faits, depuis ces années où je n'étais qu'une adolescente complexée parmi tant d'autres. Certains, en lisant ces lignes, se diront que ce ne sont pas forcément des progrès. À chacun sa manière de voir les choses ; pour moi, c'est clair.

Je suis le genre de fille qui n'a jamais plu aux garçons durant toutes ces années collège-lycée. Pas évident de se sentir comme tout le monde, lorsque tout le monde est par deux, et que l'on est seule. Et lorsqu'on est adolescente, on cherche à se différencier des autres, du moins en apparence, mais en réalité, on aspire à atteindre cette normalité qui semble conduire au bien-être.

Je ne saurais dire pourquoi, mais du jour au lendemain, les choses ont totalement changé. Comme si enfin, les garçons s'étaient rendu compte que j'étais une fille. Avec des seins, des fesses, des yeux verts pétillants, une fragilité à fleur de peau, de l'humour, de la gentillesse, un cœur énorme. Bref, une fille à aimer. Jusque-là, je pense que les garçons ne voyaient pas en moi plus de potentiel que celui d'une amie. Je n'étais pas le genre de fille « baisable ». Vous me trouvez peut-être prétentieuse ? Ou narcissique ? Peut-être, en effet, mais j'ai appris que ce sont les défauts les plus bénéfiques au bien-être de la personne. Cela permet de remplir le manque de confiance en soi, de se fortifier, de se sentir être. Alors, peut-être que je le suis, et je le cultive même.

Il faut vous dire que je n'ai jamais réellement eu une image positive des hommes. Et aujourd'hui encore moins, même si j'aime et je suis aimée.

Pourquoi cette haine des hommes ?

Vous me faites rire. Je suis le schéma classique de la fille traumatisée par le départ de son père. Qui ne voit en l'homme qu'une capacité — qu'est-ce que je raconte — qu'une volonté primaire de faire souffrir les femmes. Elles aiment, ils trompent, ils quittent, ils abandonnent. Les hommes ne sont pour moi que des animaux en rut perpétuel, cherchant avant tout la fille « baisable » qui les fera paraître les plus cools auprès de leurs potes.

Comment ça, je suis amère ? Comment ça, je n'utilise que les clichés les plus grossiers sur les hommes ?

Quand l'amour devient souffrance

J'ai aimé. Une fois. Plus d'un an. Et j'ai souffert. De multiples fois. Plus d'un an. L'amie que l'on vient voir quand on n'a rien d'autre à se mettre sous la main, c'était moi. « Nous sommes amis, tu le sais bien. » Nous ne sommes que des objets jetables. Ou comme j'ai déjà entendu une fois de la bouche d'un homme, d'un ami : « Des trous ambulants ».

C'est ainsi, que voulez-vous ? Les hommes sont des Don Juan, les filles des salopes. Passons...

Ou ne passons pas !

Ma vengeance contre les hommes

J'ai décidé qu'il fallait qu'ils comprennent. Et si je ne peux pas leur faire comprendre à tous, je le ferai au maximum possible. Vous, les hommes, n'êtes qu'une bande de chiens, vous ne vous préoccupez de rien, de personne.

— Mais arrête, ils ne sont pas tous comme tu le dis !

Ah oui ? Eh bien tant pis. S'il faut de la casse, il y en aura. Il y en a peut-être déjà eu, je n'en ai rien à faire.

J'ai souffert, j'ai voulu fuir pour lui, j'ai voulu mourir pour lui, j'aurais fait n'importe quoi pour qu'il me regarde une seule fois de la même façon que ces « baisables ». J'aurais pu le tuer pour que jamais, s'il ne pouvait m'appartenir, il n'appartienne à quelqu'un d'autre. C'est à cause de lui, entièrement à cause de lui que les choses sont ainsi, que je vois les hommes de cette manière.

Je me suis vengée. Pas sur lui. Comment aurais-je pu ? J'étais si insignifiante à ses yeux. Je me suis vengée auprès de ceux qui ont voulu de moi. J'ai attendu, patiemment, leur premier « Je t'aime ». Et puis, j'ai trompé, j'ai quitté, j'ai abandonné. Ah ! Alors, ça fait quoi ? Hein, dis-moi ?

Quand le jeu dérape

Mais on ne peut pas vivre ainsi. Sans s'attacher, et surtout, sans culpabiliser. Et pourtant, j'ai ressenti ce sentiment d'extase. Le pouvoir que l'on peut avoir sur une personne. C'est jouissif, oui, de se dire : « Oui, vas-y, aime-moi, tu vas voir ce que je vais faire de toi ».

Jusqu'au jour où quelque chose lâche dans la mécanique. Ce jeu, on en est devenu l'expert, on sait comment se comporter. Et puis, le « Je t'aime » arrive. Plus tôt que prévu. Et je ne comprends pas ce que je ressens monter en moi. Serait-ce des larmes ? Je me croyais désormais incapable de pleurer.

— Tu m'aimes ? Mais comment fais-tu pour m'aimer ?

Il ne faut pas m'aimer ! Je ne te garde que pour te faire souffrir ! Tu m'aimes ? Dis-moi encore que tu m'aimes ! Je t'en prie, fais-moi redevenir une personne saine ! Je veux t'aimer, moi aussi !

La guérison est-elle possible ?

Alors, c'est à ce moment que je suis censée me dire : « Les hommes ne sont pas tous des enfoirés. » Je vais me le dire, je vais l'aimer, et tout va être beau, je vais enfin vivre ? Non, je ne suis pas dupe ! Je vais l'aimer, il va me tromper, me quitter, m'abandonner ! Ils sont comme ça, ils sont comme ça, ils sont comme ça ! Je le sais !

Et pourtant, c'est déjà trop tard, je l'aime.

Il ne me quitte pas.

Il ne me trompe pas.

Il ne m'abandonne pas.

Il me guérit de mes envies de vengeance.

Le retour de l'ancien amour

Et puis, revient celui que j'ai aimé passionnément, celui qui m'a détruite. « Je t'aime, je m'en veux, je suis un con, je suis désolé. »

Vous êtes des chiens !

Je ne l'aime plus, et quand même, il parvient à foutre en l'air ma stabilité.

— Si tu m'aimes, tu vas souffrir comme j'ai souffert.

C'est trop tard, je ne l'aime plus. J'aurais aimé pouvoir tout envoyer valser, pour l'enfoiré qui m'a détruite. Mais ça y est, je ne l'aime plus.

Et si cela constituait, en réalité, ma véritable vengeance ?

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kinine
kinine @kinine
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