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Essais

Toujours près de toi (2)

Maïla et Willan se retrouvent, ignorant leurs identités respectives. Une amitié naît, mais un bal et une reine malade pourraient tout changer.

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Maïla et Willan se sont croisés sans connaître leurs identités respectives. Comment vont-ils se retrouver et surtout, que leur réserve l'avenir ?

Chapitre 2 : Une rencontre mouvementée

  • Maïla, peux-tu ranger la vaisselle, s'il te plaît ?
  • Bien sûr, ma tante. Je m'en occupe tout de suite.

Maïla prit un tas d'assiettes et commença à ranger pendant que Nari sortait de la cuisine. Elle ne vit pas rentrer le jeune garçon et fut surprise, en se retournant, de découvrir quelqu'un en train de prendre des fruits dans la corbeille. Croyant qu'il s'agissait d'un voleur, elle se saisit immédiatement du balai qui reposait près de l'étagère où elle venait de ranger les verres et s'approcha sans bruit de l'intrus. Lorsqu'elle fut suffisamment près de lui, elle leva son balai et frappa le voyou. Il se retourna d'un coup et saisit le balai au vol, alors qu'elle s'apprêtait à frapper une deuxième fois.

  • Hé, calme-toi, je n'ai rien fait.
  • Menteur, vous vous apprêtiez à voler de la nourriture. Je vous ai vu.
  • Quoi ? Ha, oui, excuses-moi, je comptais en effet prendre des fruits, mais ce n'est pas pour moi, tu sais.
  • Et alors ? Cela ne change pas le fait que vous soyez un voleur. Sors d'ici immédiatement.
  • Je ne suis pas un voleur. Je suis Adrian et si tu as un peu de bon sens, je te conseille de te calmer.
  • Et pourquoi ça ? Je me fiche bien que vous vous appeliez Adrian et si vous n'êtes pas un voleur, comme vous le prétendez, alors dites-moi qui vous êtes.
  • Je viens de te le dire, je suis Adrian.
  • Et je devrais vous connaître ?
  • Tu es nouvelle ici, n'est-ce pas ? Je ne vois que cette explication au fait que mon nom ne te dise rien. Je vais donc me présenter. Comme je viens de le dire, je m'appelle Adrian et sache que je suis le meilleur ami de sa Majesté le prince Willan et que, au palais, je suis traité comme son égal.
  • Comment cela ? Je ne vous crois pas. Pourquoi le prince héritier serait-il ami avec un voleur ?
  • En fait, Nari a l'habitude que je vienne chercher des fruits en cachette pour moi et le prince. On avait conclu un pacte : si j'arrive à prendre un fruit sans qu'elle me voie, je peux prendre tout ce que je veux ; sinon, je dois reposer les fruits et retenter ma chance plus tard. Le seul problème, c'est que si elle me voit, elle se méfie encore plus après, mais bon, je finis toujours par gagner.
  • Très bien, je vous crois, mais comme je vous ai vu, vous êtes censé reposer la pomme que vous avez dans la main, non ?
  • Ok, je la repose. Mais tu verras, je finirai par gagner.

Et il partit en riant.

  • Et bien, quel étrange personnage, se dit Maïla qui reposa son balais et se mit à ranger les couverts dans le tiroir.

  • Gagné !!!!! Entendit-elle derrière son dos.

Elle se retourna et vit Adrian qui brandissait dans sa main deux pommes avec un air triomphant.

  • Je te l'avais bien dit que je gagnerais. Franchement, je te croyais un peu plus maligne. Tu ne m'as vraiment pas entendue ?
  • Non, à vrai dire, je pensais que vous m'aviez menti et que vous ne reviendriez pas.
  • Et bien, tu vois bien que je suis revenu et j'ai réussi à prendre deux pommes, alors je veux un cadeau en plus.
  • Très bien. Que voulez-vous ?
  • Je veux savoir ton nom à toi. Tu ne me l'as pas dit. Présente-toi.
  • Je m'appelle Maïla et je suis la nièce de Nari. Elle m'a priée de venir vivre avec elle à la mort de ma mère et je suis donc venue. Voilà. Est-ce tout ce que vous vouliez ?
  • Oui. Je te remercie d'avoir accédé à ma requête. Mademoiselle Maïla, je dois vous quitter à présent mais j'espère vous revoir bientôt. Je rigole, jamais je ne vouvoierai mes amis. Allez, à plus tard.
  • Au revoir. Oh, j'allais oublier, à l'avenir, demandez-moi si vous voulez quelque chose, comme ça, je ne vous confondrai pas avec un voleur et vous ne recevrez plus de coups.
  • D'accord.

Et il s'éloigna hors de la cuisine en pensant à cette curieuse rencontre.

« Et bien, quel caractère ! J'ai bien cru qu'elle allait me tuer. Mais son caractère est aussi fort qu'elle est belle. Jamais je n'avais vu un si beau visage. Peut-être pourrais-je prendre son cœur un jour. Maïla... Quel joli nom... » pensa-t-il.

Il ne vit pas arriver Willan, tout aussi perdu dans ses pensées. Les deux amis se rencontrèrent de front et tombèrent chacun de leur côté, tandis que les fruits d'Adrian roulaient sur le sol.

  • Vous ne pourriez pas faire attention, non ? Dit ce dernier sans voir à qui il s'adressait.
  • Comment osez-vous insulter ainsi votre prince ? Répondit Willan, lui aussi un peu sonné par sa chute.
  • Willan ? Excuses-moi, je ne t'avais pas vu arriver.
  • Ah, c'est toi, Adrian. C'est à moi de m'excuser, je n'étais guère plus attentif que toi à ce qui m'entourait. Du coup, je ne t'avais pas vu moi non plus. Attends, je vais t'aider à ramasser ces pommes.
  • Merci.

Lorsqu'ils eurent ramassé les deux fruits, ils s'éloignèrent ensemble. Lorsqu'ils furent entrés dans les appartements de Willan, Adrian l'interrogea en lui lançant une pomme.

  • Bon, maintenant que nous sommes tranquilles, dis-moi ce à quoi tu pensais quand on s'est bousculés.
  • Cela ne te regarde en rien et puis, ce n'est pas important.
  • Allez, dis tout à ton grand ami Adrian, il peut te guérir de tous tes maux et tu sembles fort malade.
  • Tu as raison, mais mon mal n'a point de remède. La plus belle des roses est plus cruelle que tous les tyrans du monde.
  • Amoureux ? Qui est-elle, cette rose qui semble tant te faire souffrir ?
  • Je l'ignore. Elle s'est enfuie loin de moi lorsqu'elle m'a vue. Je ne connais ni son nom, ni le lieu où elle vit. J'ignore même si je pourrai la revoir un jour, mais elle était la plus belle de toutes les fleurs et elle avait la pureté de la plus blanche des colombes.
  • Dieu l'a mise sur ta route pour te guider. Tu la reverras, je te le promets. Quant à moi, Dieu fut moins dur avec moi aujourd'hui.
  • T'aurait-il enfin donné l'intelligence ?
  • Ha ha, très drôle. Non, Dieu ne m'a point accordé l'insigne honneur de me rendre aussi intelligent que notre bon prince qui se meurt d'amour pour une belle inconnue, mais il a mis sur mon chemin une fille qui est à présent mon amie la plus chère.
  • Et bien, tu n'as pas perdu de temps. Qui est-ce ?
  • La nièce de Nari. Tu sais, la vieille servante qui est à la cuisine. Elle s'appelle Maïla. Il faut que je te la présente, elle est vraiment très gentille et je suis sûr qu'elle pourra t'aider à guérir de ton mal par sa bonté. Enfin, quand elle n'est pas en colère, parce que sinon, elle est capable de tuer n'importe qui.
  • Oulà, elle est si terrible que ça ?
  • Non, elle m'avait confondu avec un voleur alors elle a essayé de me chasser à coup de balais.
  • Donc tu l'as cherché.
  • Oui. Tiens, j'ai une idée. Je vais la faire appeler comme ça, tu la rencontreras. Tu verras, elle est gentille.

Adrian sortit de la pièce et demanda à ce que la servante nommée Maïla leur apporte du vin. Peu de temps après, quelqu'un frappa à la porte.

  • Ah, ça doit être elle.

Adrian alla ouvrir la porte et prit le plateau des mains de Maïla en l'invitant à le suivre. D'abord, Maïla ne vit pas que quelqu'un était assis dans le fauteuil qui lui tournait le dos, puis, elle vit quelqu'un se lever.

  • Willan, je te présente Maïla.

Le dénommé Willan se retourna et Maïla crut que son cœur allait s'arrêter de battre. Elle alla se jeter aux pieds du prince et se répandit en mille excuses pour son comportement du matin. Willan la releva doucement et lui dit qu'il l'avait déjà pardonnée. Adrian, quant à lui, observait la scène mais sans parvenir à comprendre ce qu'il se passait :

  • Heu, quelqu'un pourrait m'expliquer ? Demanda-t-il.

Ce fut Willan qui lui répondit.

  • Bien sûr, mon ami. Figure-toi que cette jeune fille est celle dont je t'ai parlé il y a quelques instants.
  • Tu veux parler de ta belle inconnue ?
  • Exact. Ainsi, mademoiselle, votre nom est Maïla.
  • Oui, mon seigneur. Veuillez m'excuser, mais je dois partir.
  • Non, non, non, dit Adrian, je t'ai fait venir pour que tu restes avec nous et puis je crains que Willan ne soit malade, et je suis certain que tu peux le guérir de son mal.
  • Vraiment, mon prince ? Je crains ne pas être la personne qu'il vous faut. Je ne suis qu'une simple servante et ne connais rien à la médecine.
  • Au contraire, votre présence me fait du bien. Restez, je vous en prie.
  • Bien, mon seigneur. Puisque c'est là votre bon plaisir, je resterai aussi longtemps qu'il vous plaira.

Elle s'assit sur la chaise que désignait Willan, à côté de son fauteuil.

Ils discutaient encore lorsque quelqu'un frappa à la porte une heure plus tard. Adrian se leva et revint avec un message.

  • Willan, ton père te convoque immédiatement dans ses appartements. Tu devrais te dépêcher d'y aller.

Willan se leva avec une certaine lenteur et franchit la porte après avoir demandé à Adrian de rester avec Maïla jusqu'à son retour.

Conspirations et confidences

Willan referma derrière lui les lourdes portes de la salle du conseil. Comme chaque fois que son père le convoquait, sa sœur aînée, Vesina, était présente, debout derrière son père, cachée dans l'ombre du trône qui semblait lui faire un manteau. La seule différence avec les convocations précédentes, c'est que cette fois-là, Vésina n'avait pas contesté les dires du roi et jetait un regard fier et méprisant à son jeune frère, lui glaçant le sang.

Quand il fut sorti de la pièce, Willan s'adossa au mur froid du couloir. Il prit une grande inspiration et s'enfonça dans le couloir où les grands portraits des rois précédents semblaient le regarder d'un air mauvais. Willan détestait ce couloir qui le terrifiait depuis sa plus tendre enfance, mais c'était le seul couloir qui menait aux appartements de sa mère. Il s'arrêta devant la porte et fit deux petits coups, comme il avait l'habitude de le faire chaque fois qu'il rendait visite à sa mère, et attendit. Comme tous les jours, ce fut Mytri, la petite muette que la reine avait recueillie il y avait quelques années, qui ouvrit la porte. Lorsqu'elle le vit, le visage pâle de la fillette de 11 ans s'éclaira d'un sourire et ses yeux verts lui lancèrent un message de bienvenue. Willan s'accroupit devant elle et lui posa un baiser sur la joue. Pour lui, la petite fille rousse était comme sa petite sœur et il la traitait comme tel. Mytri lui prit la main et le guida jusqu'à la chambre de la reine, malade. Elle lui fit signe de ne pas faire de bruit et entra devant lui. Tandis que la petite fille allait ouvrir légèrement les rideaux pour éclairer un peu la pièce sombre, Willan s'approcha doucement du lit, s'agenouilla près de sa mère et lui prit délicatement la main. La reine ouvrit lentement les yeux et tourna sa tête vers son fils. Un pauvre sourire apparut sur ses lèvres pâles. Willan lui renvoya son sourire, malgré la tristesse qui l'envahissait. La reine entrouvrit les lèvres et murmura un vague bonjour. Willan se pencha alors à son oreille et parla juste assez fort pour qu'elle l'entende.

  • Bonjour, mère. Comment allez-vous aujourd'hui ? Demanda-t-il d'un ton inquiet.
  • Mieux, grâce à ma petite Mytri. Tu ne le sais pas, mais quand il s'agit de me faire boire des tisanes infectes destinées à me guérir, elle est plus convaincante qu'un million de médecins armés jusqu'aux dents. Répondit la reine avec un faible rire.
  • Je n'en doute pas une seconde, mère. Je sais que malgré son handicap, Mytri peut être plus éloquente que n'importe quel ministre. Mère, reprit Willan d'un ton plus sérieux, pour tout vous dire, cette visite n'est pas une simple visite de courtoisie. À vrai dire, je viens vous demander conseil.
  • Dis-moi ce qui te tracasse, mon fils, je tâcherai de résoudre ton problème.
  • Comme vous le savez certainement, la princesse Lenaï d'Azura n'est pas encore arrivée au château et nous ignorons totalement où elle peut être. Cependant, père a organisé un bal en son honneur pour dans deux jours. Comment comprenez-vous cet évènement, mère ? Je dois avouer que j'ai des soupçons sur ce bal. Je pense qu'il n'est qu'un prétexte pour que je rencontre d'autres princesses et rompe mon engagement.
  • Mais quel serait l'intérêt d'une telle décision ? L'alliance avec Azura est plus avantageuse pour le royaume qu'une guerre qui serait inévitable sans ce mariage. Je sais que ton père, le roi, n'est plus le même homme que celui que j'ai épousé, mais je doute fort qu'il soit cruel au point de déclencher une guerre pour son seul plaisir.
  • Mais pourquoi ce bal alors ?
  • Ça me fait mal de dire cela, mais peut-être que ta chère sœur Vesina n'est pas étrangère à tout cela. J'ignore pourquoi, mais depuis ta naissance, elle est plus ignoble que ton père lui-même. Je la soupçonne de vouloir le trône pour elle-même. Méfie-toi le plus possible d'elle. Si tu fais un seul pas de travers, elle le saura et tournera ton erreur à son avantage. Tu dois à tout prix l'empêcher de monter sur le trône, sinon, elle tuera son peuple.

La reine fut prise d'une quinte de toux et Mytri se précipita pour lui faire boire une gorgée de tisane chaude. Après avoir bu, la reine leva à nouveau les yeux vers son fils.

  • Willan, reprit-elle, je voudrais que tu emmènes Mytri avec toi au bal, elle sera mes yeux et mes oreilles. Si tu as autre chose à me dire, fais-le maintenant.
  • J'accepte de prendre Mytri avec moi, mais je dois vous avouer que je passerai la soirée avec Adrian et une amie.
  • Quel est le nom de ton amie ? Je la connais ?
  • Non, je ne pense pas que vous la connaissiez. Son nom est Maïla et elle est servante au château depuis peu. Elle se dit être la nièce de Nari.
  • Nari ? La vieille servante ?
  • Oui. Mais ce qui est curieux, c'est que c'est la première fois que j'entends dire que Nari a eu une nièce et même une sœur. D'ailleurs, Maïla ne s'exprime pas du tout comme une paysanne ni même comme une servante. Son langage est châtié, elle semble avoir reçu une excellente éducation et elle marche comme si elle était d'une haute naissance. De plus, ses mains semblent n'avoir connu d'autre travail que la broderie et la pratique d'un instrument.
  • Si ce que tu me dis là est vrai, alors j'aimerais la voir. Il me paraît qu'elle n'est pas celle qu'elle prétend être. Emmène-la au bal avec toi, je pense qu'elle saura se conduire parfaitement. Mytri, tu me l'amèneras après le bal, peut-être pourrais-je découvrir qui elle est.

La petite fille s'inclina et sourit à la reine en signe qu'elle avait compris.

  • Maintenant, reprit la reine, j'aimerais que tu me laisses, Willan. Tu pourras revenir me voir demain si tu le souhaites, mais pour aujourd'hui, ça suffit, je me sens si lasse...
  • Très bien, mère. Reposez-vous bien.

Willan se leva et s'inclina légèrement avant de sortir. Il repartit d'un pas énergique vers ses propres appartements, la tête bouillonnante de pensées. « Je savais déjà que Vesina me détestait, mais si ce bal est son idée, alors elle a acquis encore plus de pouvoir sur le roi qu'avant et alors elle pourra faire tout ce qu'elle veut. Mère, je vous jure que jamais elle ne montera sur le trône de Cyen tant que je vivrai. » Un poids lui rentra dedans et lui coupa le souffle.

  • Veuillez m'excuser, monseigneur, j'ignorais que vous fussiez derrière cette porte, sans ça, je ne me serais jamais permis...
  • Maïla ? Willan avait reconnu la voix mais ne voyait pas la jeune fille. Il baissa les yeux et la vit agenouillée devant lui.
  • Allons, relevez-vous, je vous en prie, dit-il en la relevant doucement, je vous interdis de vous humilier ainsi devant moi. Vous êtes une amie d'Adrian et donc, par là même, mon amie aussi, et donc comme mon égale à mes yeux. Mais pourquoi êtes-vous sortie du salon ? La compagnie d'Adrian est-elle si désagréable à vos yeux ?
  • Non, pas messire, mais il y a du travail aux cuisines et ma tante compte sur moi pour l'aider. Sur ce, monseigneur, je vous souhaite une bonne journée.

Maïla fit une légère révérence et s'éloigna dans le couloir. Après qu'elle eut tourné l'angle, Willan entendit un éclat de rire près de lui.

  • Et bien, jamais je n'avais vu un prince regarder ainsi indécemment une jeune demoiselle innocente. Réveille-toi, Willan, tu ressembles à un jeune courtisan transi d'amour. Si tu ne te reprends pas, bientôt, tu nous liras des poèmes ennuyeux à mourir. Je reconnais que Maïla est jolie, mais toi, tu es complètement ensorcelé.
  • Je pense que tu as raison, je suis ensorcelé. Reprit Willan d'un air mélancolique. Mais jamais je n'avais vu sorcière aussi charmante qu'elle.
  • Ma parole, tu t'y es vraiment piqué à ta rose.
  • Pardon, dit Willan, reprenant ses esprits, qu'est-ce que tu disais ?
  • Ma parole, tu n'as absolument rien écouté de ce que je t'ai dit !
  • Pardonne-moi, j'étais perdu dans mes pensées.
  • Ne t'en fais pas, je sais exactement à quoi tu pensais, ou plutôt, à qui. Répondit Adrian avec un air malicieux.
  • Adrian, j'ai une faveur à te demander.
  • Comment ça ? Dis-moi ce que tu veux !

Willan s'approcha de son ami et lui murmura quelque chose à l'oreille, après quoi Adrian hocha positivement la tête et partit.

Chapitre 3 : Le bal et les révélations

Le marché du centre grouillait de monde. Partout, c'était une explosion de couleurs, d'odeurs et de sons. Les conversations des dames se mêlaient aux cris des marchands, les parfums des fruits à ceux de la viande ou des parfums des nobles qui flânaient dans les rues. Près de Maïla, les enfants couraient, les gens marchandaient, les chevaux piaffaient et surtout, Willan ne cessait de parler. Le jeune prince l'avait rejointe quelques instants plus tôt et, non content de l'avoir empêchée de s'incliner, il lui avait pris son panier et l'aidait à porter les provisions. Depuis, il n'avait cessé de lui parler en égal et s'évertuait à la convaincre de le tutoyer, sans grand succès d'ailleurs. Ils finirent par s'arrêter au bord de la fontaine qui trônait au centre de la place et s'assirent sur les rebords frais du bassin.

  • Mon Prince, pour quelle raison êtes-vous ici alors que vous devriez être au château ? J'ai peur que l'on ne s'inquiète de votre absence dans vos appartements.
  • Par pitié, Maïla, cesse de me donner du « Mon Prince » à chaque instant, je ne suis pas censé être reconnu par la population. Pour ce qui est de ma présence ici, sache que je...
  • ...Devrais être en cours, écoutant attentivement mon professeur au lieu de conter fleurette aux jeunes filles. Continua Adrian qui venait d'apparaître devant eux. Vraiment, Willan, comment veux-tu que je justifie tes absences si tu me demandes de venir ici en même temps ?
  • Pardonne-moi, je n'avais pas vu l'heure. À plus tard, Maïla, dit-il en lui déposant un baiser sur la main.

Quand le jeune homme disparut de sa vue, elle se tourna vers Adrian.

  • Ainsi donc, Adrian, le Prince vous a demandé de me rejoindre. Puis-je savoir pour quelles raisons il vous a demandé cela ?
  • Stop !!!!!! Arrête immédiatement de me vouvoyer, je ne suis en rien supérieur à toi. Pour répondre à ta question, je suis ici pour te conduire chez une couturière.
  • Une couturière ? Pour quoi faire ?
  • Pour t'offrir une tenue plus adaptée au château, bien sûr. Non, ne dis rien, c'est un ordre du prince donc tu ne peux en aucun cas refuser. Maintenant, suis-moi.

Adrian s'empara du bras de la jeune fille et l'entraîna à sa suite dans les rues. Ils arrivèrent bientôt devant la vitrine d'une boutique de couture et Adrian fit entrer Maïla. Là, une femme les attendait. Elle emmena Maïla dans une pièce à côté et, sans un mot, elle prit les mensurations de la jeune fille, gênée par ce silence. Quand elle eut pris toutes les mesures nécessaires, elle ramena Maïla dans la boutique. Adrian était en grande conversation avec une jeune femme vêtue élégamment. « Probablement la propriétaire de la boutique » pensa Maïla en allant se placer aux côtés de son ami.

  • Je compte sur vous pour nous fournir la robe dès demain. Dit-il à la jeune femme. Tu viens, Maïla ? Tu as encore des courses à faire, non ?

Maïla hocha la tête affirmativement et fit une petite révérence à la couturière et à la jeune femme. Ils sortirent et allèrent faire les derniers achats avant de rentrer au château en devisant.

Le lendemain fut particulièrement éprouvant pour tous les serviteurs du château. Le bal avait lieu le soir même et les cuisines semblaient prises d'une folie furieuse. En fait, rien n'échappait à l'agitation qui régnait. Tout le château était en effervescence et tout le monde participait aux préparatifs. Nari, en tant qu'ancienne du château, supervisait tout, des fourneaux à l'installation des décorations en passant par la mise en place du couvert. Maïla courait dans tous les sens ; elle avait d'abord été chargée de préparer un des plats prévu pour le soir, mais Nari l'avait finalement choisie pour l'assister et elle devait aller chercher tout ce qui manquait. Le soleil se couchait quand Nari lui demanda d'aller se reposer ; elle protesta, bien sûr, mais la vieille servante ne voulut rien entendre et lui interdit formellement de revenir avant le lendemain matin. Dépitée, Maïla monta dans sa chambre. Elle fut étonnée de voir un paquet posé sur sa couchette. « Ce doit être ma nouvelle tenue. » Elle s'assit, le prit sur ses genoux et vit qu'un billet y était accroché.

  • À mettre ce soir. Willan, lut-elle.

Sa curiosité l'emporta et elle ouvrit le paquet et ne put retenir un hoquet de surprise en voyant la robe somptueuse qui reposait dans le carton. Adrian, caché jusqu'alors dans un coin sombre, apparut, surprenant la jeune fille.

  • Adrian ? Que fais-tu ici ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Que fait cette robe ici ?
  • Avant toute chose, merci de m'avoir enfin tutoyée. Maintenant, pour répondre à tes questions, je suis ici parce que c'est moi qui ai amené la robe. Deuxièmement, Willan souhaite que tu participes au bal en tant que son invitée et enfin, cette robe est celle qu'il a choisie pour toi. Tiens, il t'a acheté ceci avant de te rejoindre ce matin.

Adrian lui tendit un écrin de velours rouge sur lequel reposait une bague d'argent fin, agrémenté de diamants purs, et un collier assorti. Maïla porta sa main à sa bouche pour étouffer un deuxième hoquet et prit la bague au creux de sa main.

  • Elle est magnifique. Mais je ne suis pas digne de la porter et encore moins d'aller au bal. Je ne suis qu'une servante, s'écria-t-elle.
  • Willan en a jugé autrement et je suis d'accord avec lui, tu n'as ni les manières, ni l'aspect d'une servante, personne ne s'en apercevra. De plus, Willan a parlé de toi à sa mère et elle a exprimé le désir de te rencontrer après le bal. Sa « dame de compagnie », la petite Mytri, te conduira auprès d'elle.
  • Et bien, si c'est là le bon plaisir de leurs Altesses, je n'ai plus qu'à m'incliner et à obéir.
  • Maïla, Willan t'a invitée parce qu'il te considère digne d'être présente et sa mère, la reine, lui a donné son autorisation parce qu'elle t'en a jugé digne elle aussi. Elle fait confiance au jugement de son fils alors, s'il te plaît, n'y va pas par obligation, Willan ne me pardonnerait pas de te forcer la main.
  • Ne t'en fais pas, Adrian, j'ai compris. J'irai pour vous deux. Willan ne t'en voudra pas, n'est-ce pas ? Maïla lui adressa un grand sourire.

Son ami le lui retourna et lui donna la robe.

  • Maintenant, il faudrait songer à t'habiller. Je vais t'aider.

Des coups retentirent à la porte. Adrian alla ouvrir et laissa entrer une petite fille qui le regardait avec un air de reproche.

  • Maïla, je te présente Mytri, dit le jeune homme, c'est elle qui va te conduire près de la reine.

La petite fille lâcha Adrian du regard et fit une révérence à Maïla. La jeune servante se prit immédiatement d'affection pour la petite et, oubliant toute convenance, s'accroupit devant elle avec un grand sourire.

  • Bonjour, Mytri, tu es très mignonne. Tu as quel âge ?

La petite fit onze avec ses doigts et Adrian prit la parole.

  • Hum. Excuse-moi, Maïla, j'ai oublié de te dire qu'elle était muette.
  • Oh. Pardon, Mytri, je ne savais pas.

La petite lui adressa un sourire pour lui dire qu'elle la pardonnait, puis lança un regard noir à Adrian et lui montra la porte du doigt.

  • Ok, Mytri, j'ai compris, je m'en vais. Je te la confie, occupe-toi bien d'elle, d'accord ? Dit-il à la fillette. À plus tard, Maïla.

Dès qu'il fut sorti, Mytri fit signe à Maïla d'aller se changer derrière le paravent, un des seuls meubles dont la chambre était pourvue.

Maïla sortit vêtue de la robe somptueuse. Elle était pourpre, brodée de fils d'or. Le col était ouvert, laissant apparaître les épaules blanches de Maïla. Les manches, ainsi que le col, étaient bordés de dentelle rose. La jupe, plus claire que le haut, était recouverte par du tulle violet, parsemé de paillettes qui jouaient avec la lumière, faisant apparaître la robe comme un ciel étoilé. Le tulle était ouvert sur le devant, laissant apparaître la jupe. Mytri regardait la jeune fille avec de grands yeux émerveillés. Elle prit Maïla par la main et la plaça devant un tabouret sur lequel la fillette monta pour serrer le corset de la robe. Quand elle eut fini, elle fit asseoir Maïla et se mit à brosser les longs cheveux noirs avant de les coiffer en un élégant chignon. Mytri se plaça devant Maïla pour voir le résultat et fit une moue bizarre. Finalement, elle défit le chignon et laissa les cheveux de la jeune servante retomber sur ses délicates épaules en rajoutant un diadème de perles blanches. Avec un sourire satisfait, elle mit le collier autour du cou de Maïla et enfin, posa un masque assorti à la robe sur ses yeux. Alors, elle s'éloigna un peu et fit une révérence à la princesse d'un soir. Maïla enfila la bague à son doigt et partit en compagnie de Mytri vers la salle de bal du château.

Posté près du mur opposé à la porte d'entrée, Willan s'impatientait. Il guettait chaque personne qui entrait, espérant entrapercevoir celle qu'il attendait. À côté de lui, Adrian tentait de le calmer.

  • Adrian, tu es sûr qu'elle va venir, n'est-ce pas ?
  • Oui, Willan, un peu de patience, Mytri est en train de la préparer.
  • Elles en mettent un temps...

Depuis le début de la réception, ce dialogue était revenu toutes les cinq minutes et Adrian ne souhaitait plus qu'une chose : « Que Maïla arrive vite, par pitié. »

Enfin, Mytri arriva et prit les deux amis par la main avant de les conduire juste devant la porte. Là, elle les abandonna et revint suivie de près par Maïla. Willan crut que son cœur allait exploser. Où était passée la jeune servante ? Il ne voyait rien d'autre qu'une princesse qui vint s'incliner devant lui.

  • Bonsoir, votre Altesse, vous avez l'air en pleine forme ce soir.

Adrian donna un coup dans le flanc de Willan qui reprit aussitôt ses esprits.

  • Bonsoir, mademoiselle. Vous êtes en beauté ce soir. Je vois que ma chère Mytri a pris grand soin de votre apparence. Puis-je vous demander d'être ma cavalière, mademoiselle ?
  • Ce sera avec joie, votre Altesse, vous me faites là un grand honneur.

Maïla posa sa main dans celle de Willan et ils commencèrent à danser. Adrian, lui, les regarda danser et décida de laisser celle qui avait fait battre son cœur à son ami. Il tairait ses propres sentiments pour le bonheur de Maïla qui semblait si heureuse dans les bras de Willan.

« À partir de maintenant, je jure de protéger Maïla et de veiller sur leur amour. »

Quand la danse fut finie, Willan entraîna Maïla dans les jardins par une baie vitrée ouverte. Ils marchèrent côte à côte, en silence. Bientôt, les bruits de la fête disparurent et Willan s'arrêta.

  • Prince Willan, dit Maïla, quelque chose ne va pas ?
  • Je t'en prie, Maïla, cesse de m'appeler ainsi. Je ne veux pas que tu me considères ainsi, arrête de me donner mon titre. Je ne veux pas que tu me voies comme un prince. Je veux que tu me voies autrement que comme quelqu'un de supérieur à toi. Implora-t-il.
  • Mais, c'est ce que vous êtes. Je ne suis qu'une servante dans une jolie robe, je vous dois le respect.
  • Adrian n'a pas un rang plus élevé que toi et pourtant il ne me donne pas mon titre. À ses yeux, je ne suis que Willan. J'aimerais que tu me voies ainsi, juste comme Willan.
  • Adrian est votre ami, c'est différent, vous semblez vous connaître depuis si longtemps.
  • Et alors ? Je veux que tu cesses de me voir comme un prince. Dit-il sèchement.
  • Très bien, si c'est ce que vous souhaitez, Willan, je cesserai de vous donner votre titre et vous verrai comme mon ami.
  • Non. S'écria-t-il.

Il tourna le dos à Maïla.

  • Non, répéta-t-il plus doucement, je ne veux pas que tu me voies seulement comme un ami. Je... Je veux que tu me voies comme un homme.
  • Que voulez-vous dire ?
  • Tu ne comprends donc pas ? Je t'...

Il prit une grande inspiration, se retourna et l'embrassa.

  • Je t'aime, Maïla. Je veux que tu m'aimes, toi aussi. Je veux que tu me voies comme celui qui pourra te rendre heureuse. Je veux vivre ma vie avec toi. Je ne te connais que depuis peu, mais à chaque instant, je pense à toi. Je voudrais que tu ne me quittes jamais, car quand tu t'éloignes de moi, je dépéris. Je t'en prie, aime-moi.

Maïla ne savait que répondre. Devait-elle dire la vérité ? Non, son rang le lui interdisait. Mais pourtant, son cœur battait si vite.

  • Je... Je... Je dois refuser cet amour.
  • Mais pourquoi ? Pourquoi me repousses-tu ? Tu me hais donc tant ? Tu n'es venue que parce que tu pensais que je te donnais un ordre ?
  • Non. Répondit-elle subitement. Non, je suis venue parce que vous me l'avez demandé, c'est vrai, mais... Je voulais aussi vous voir. Je vous aime, moi aussi, c'est vrai, mais nous venons de mondes bien trop différents. Personne n'acceptera cet amour.
  • Alors ne le montrons pas. Je t'en prie, je ne veux plus me taire, je ne veux plus te cacher mon cœur. Personne ne sera au courant. S'il te plaît, ne me refuse pas ton cœur.

Willan posa sa main sur la joue de la jeune fille. Il ôta le masque et approcha son visage de celui de Maïla. Il la prit dans ses bras et l'embrassa. Maïla répondit à son baiser et ils restèrent longtemps enlacés avant de se décider à rejoindre la fête.

Le bal se prolongea tard dans la nuit et l'aube ne semblait pas être bien loin quand Mytri introduisit Maïla auprès de la reine. Cette dernière apparut bien pâle à Maïla qui comprit aussitôt qu'elle était atteinte d'une forte fièvre. Cependant, ce fut avec une voix assurée que la reine prit la parole.

  • Bienvenue, Maïla. Mon fils m'a longuement parlé de vous et je suis ravie de faire votre connaissance.
  • Je vous remercie, Majesté. C'est un grand honneur de vous rencontrer.
  • Mon enfant, je vous ai demandé de venir car je voulais vérifier par moi-même si ce que Willan m'a dit de vous est vrai.
  • Je crains, votre Altesse, que le prince n'ait exagéré mon éloge. Je ne suis qu'une servante et même si j'ignore ce qu'il vous a dit, je doute que ce soit vrai.
  • Montrez-moi vos mains, je vous prie.

Maïla s'approcha du lit et tendit ses mains à la reine.

  • Je doute que Willan ait exagéré dans ces propos. Je constate que vos mains n'ont pas l'aspect de celles d'une servante ordinaire. Visiblement, vos doigts ne semblent avoir connu que la pointe d'une aiguille et les touches d'un piano. De plus, votre langage est bien plus soutenu que celui d'une fille de cuisine. Mytri, apporte-moi ce parchemin là-bas, s'il te plaît.

Mytri alla chercher le rouleau et le donna à la reine.

  • Maïla, je voudrais que vous me lisiez ce poème.

Maïla prit le parchemin et le déroula. Elle parcourut rapidement le texte et commença à déclamer le poème.

Te rappelles-tu de cet oiseau léger
À qui tu avais donné le nom d'Été ?
Un jour, sur une branche il s'était posé
Et jamais plus tu ne l'avais quitté

Chaque jour, ton visage rayonnait de joie
Et j'entendais chaque jour vos deux voix
S'unir pour donner de l'amour autour de toi
Et cela suffisait à m'emplir de joie

Hélas, il est mort, le petit oiseau d'or
Et ta voix ne s'entendait plus dehors
Chaque jour je priais pour t'entendre encore
Chanter avec ton petit oiseau d'or

  • C'est un très beau poème. Dit Maïla en reposant le parchemin.
  • C'est Willan qui l'avait écrit pour moi lorsqu'il était encore un enfant. (La reine avait les larmes aux yeux) J'aime beaucoup l'entendre. Je vous en prie, Maïla, vous donnez tellement de vie à ce poème, redites-le encore une fois.

Maïla s'exécuta et quand elle lâcha le parchemin, elle vit que des larmes roulaient sur les joues de la reine.

  • Majesté ? Quelque chose ne va pas ?
  • Au contraire, Maïla, au contraire. Je vous remercie de l'avoir lu. Willan n'a en rien exagéré vos qualités. Vous êtes quelqu'un de bien, ça s'entend dans votre voix. Vous n'êtes pas plus servante que moi. Je sais comment vous avez échoué au château. Vous avez perdu la mémoire. Je pense que vous êtes la princesse promise à mon fils, non, j'en suis sûre. Vous êtes la princesse Lenaï.

Après avoir dit cela, la reine s'endormit paisiblement. Mytri aida Maïla à regagner sa chambre et s'en fut.

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Aurore Guillon @nefertari
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