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Essais

Sur le quai

Sur un quai de gare, une jeune femme dit adieu à l'homme qu'elle aime, parti pour le front. Une scène déchirante où une simple larme devient le dernier souvenir d'un amour que la guerre va séparer.

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Nuit froide d'octobre à la con. Tu rassembles tes affaires lentement... Tu les mets dans ton sac militaire usé par le temps et claques la porte derrière toi.

Mais je ne te laisserai pas le temps de t'échapper comme un voleur. Je te suis et te prends la main... Ta main dans le creux de la mienne, à présent je ne sais que dire. Que puis-je bien dire de toute façon ? Aucune parole ne t'atteint...

L'heure de ton départ

Lentement mais sûrement, l'heure de ton départ approche. Je peux presque la sentir à présent. Tu serres ma main de plus en plus fort, j'ai mal mais je sais que cette douleur n'est rien par rapport à celle qui m'attend. Tu me regardes. De tes yeux, aussi sombres que l'encre de ma plume, s'échappe une larme qui coule doucement sur ta joue — larme de détresse, de tristesse au fond de tout...

Le silence nous emprisonne, j'ai l'impression que tu es déjà parti. Tu me prends dans tes bras, je me sens bien. La chaleur de ton corps contre le mien réchauffe légèrement mon cœur meurtri. Ton visage enfoui dans le creux de ma nuque, je sens tes larmes, toujours les mêmes, celles qui viennent de ton âme, qui coulent le long de mon échine...

Tu t'éloignes, je ne comprends plus rien. Ma tête tourne, je ne vois plus rien, à part toi tout a disparu dans un épais brouillard blanc... Tu me fixes, les yeux humides. J'ai l'impression d'être une sans-cœur à ne pas pleurer, mais mes larmes sont là, au fond de mon âme. Je m'empêche simplement de les laisser couler, je ne veux pas te paraître faible... et pourtant, je le suis. Retour à la réalité : la locomotive vient de laisser s'échapper un nuage opaque de vapeur, signant mon arrêt de mort...

Les adieux sur le quai de la gare

Dernières paroles, un « Je t'aime » balancé vite fait. Tu montes dans le wagon, je reste sur le quai. Tes yeux rouges d'avoir trop pleuré me font craquer. Je crie telle une hystérique, les portes se ferment, nous séparent. Je crie de plus belle mais le train commence déjà sa lente marche funèbre... Je le suis, je te suis, la main collée à la vitre qui me sépare de toi... Le train accélère, je cours, hurle. La déchirure est trop brusque, moi qui t'aime tant... Le quai se finit et m'oblige à mettre fin à ma course folle. Je regarde le train s'éloigner.

Mes cris cessent. J'ai déjà perdu tout espoir alors pourquoi devrais-je continuer à me battre ? Mon amour je t'aime mais je suis sûre que jamais je ne te reverrai, et cela à cause de cette guerre qui ne nous concerne même pas... Tu es parti au front et m'as laissée, sans avoir le choix. Mais où se trouve le libre arbitre ? Dites-le-moi !

Je sens encore l'humidité des larmes que tu as déposées sur ma nuque. Un frisson me parcourt... un frisson de peur, d'effroi... L'avenir est si noir en ces temps de guerre... Car voilà, cette larme est tout ce qu'il me reste de toi.

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rastaweed
rastaweed @rastaweed
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