
Je suis physiquement là, mon esprit je ne sais pas, je crois bien qu'il m'a échappé. Il est allé là où seul lui peut aller, là où mon existence n'est pas tolérée, là où mon corps n'a pas le droit d'aller, où ma personne n'est pas acceptée...
Dans le fond, la radio résonne : «... Aujourd'hui sur la Croisette un soleil de plomb... 22° toute la journée... un temps splendide... quel bonheur en cette période de festival de Cannes. » J'ouvre alors les yeux, ici un temps de chien. « Le soleil ne peut pas être partout à la fois » me disais-je.
Il profite de la montée des marches pour caresser la peau et les robes de grands couturiers des petites starlettes... moi il me reste la pluie et le froid pour me tenir compagnie en ce mois de mai, c'est aussi bien comme ça...
L'excès de bonne humeur radiophonique m'exaspère, je mets un CD de Simon & Garfunkel, la route passera mieux ainsi...
Trois quarts d'heure à 70 km/h et encore 55 km avant d'arriver à la maison, mes yeux se perdent sur le pare-brise ; comme la pluie est fine, les petites gouttes qui remontent sous l'effet du vent ont des airs de spermatozoïdes en migration...

L'actualité et la question de la migration
Migration, comment ce mot a-t-il pu muter en s'humanisant ? C'est peut-être le « mi » de misère qu'on y a collé à l'envers pour créer immigration... Bande de fous !!! Un visa pour une vie meilleure n'est rien de plus qu'une idée utopiste, aucune autorité consulaire n'est habilitée à le délivrer... Et non ! Soyez-en sûrs, les ressortissants de l'État du Mal-êtrISTAN n'ont pas droit au statut de réfugiés.
En regardant à droite, mes yeux croisent la mer, une chose me vient à l'esprit en regardant ses rouleaux : Dis maman, pourquoi ne suis-je pas comme la mer ? Et la mer, elle est jamais fatiguée ? N'a-t-elle jamais envie de baisser les bras ? Et pourquoi elle ne le fait pas ? Pourtant l'homme la maltraite, il lui fait endurer plus que ce que nous avons subi, et bien plus que tout ce qui nous sera infligé durant toute notre vie, mais elle est encore là, elle n'abandonne jamais, elle porte encore en elle la vie, parfois la mort de certains, leurs secrets, leurs peines...
Qui ne s'est jamais surpris à laisser éclater ses sanglots face à la mer agitée ? Une chose est sûre, je ne serai jamais aussi forte, alors en attendant, malgré le ciel gris je porte des lunettes noires pour que mes yeux rouges ne trahissent pas ma mélancolie.
Emportée par le flot de mes pensées, je n'ai même pas remarqué que Simon & Garfunkel avaient fait place à George Benson, c'est pas plus mal...
Quand la pluie se mêle aux larmes
De plus grosses gouttes remontent sur le pare-brise, on aurait dit que le ciel pleurait avec moi... Il pleure le soleil, qui lui préfère le ciel de Cannes, moi je pleure pour tout, pour rien, certains diraient pour pas grand-chose, pour tous ceux qui ne peuvent pas pleurer, je pleure parce que trop d'humanité est venue se diluer dans mon sang, parce que l'avenir restera toujours ce qui me fait le plus peur, je pleure pour ceux à qui je n'ai pas eu le temps de dire « je t'aime » ou « pardon », pour tout ce en quoi je ne crois plus, je pleure sur les décombres de mon innocence, le bonheur qui me fuit...
Je ne peux rien faire d'autre, alors que tout ce que je me tuais à bâtir s'est effondré sans prévenir, comme si la terre avait tremblé en-dessous. Cela passerait encore si j'avais la volonté de tout reconstruire, mais mon espoir est en berne. J'ai fait de ma vie un champ de ruines inhospitalier.
Mon monde, plus personne ne peut y pénétrer, moi-même je n'arrive plus à en sortir. Désormais je ne vis qu'au passé, car mon présent est trop vide et l'avenir m'effraye...
J'ai beau me dire qu'il faut que j'arrête de gaspiller ma vie à ressasser mes souvenirs, mais c'est tout ce que j'ai, tous mes rêves sont brisés, foutus, irrécupérables.
Je dis souvent aux autres « on avance irrémédiablement vers le sens dans lequel on regarde », si c'est mon cas alors je ne cesse de reculer...
Dites-moi vous qui savez, pourquoi est-ce si difficile d'oublier ?