
Je ne veux pas que le temps me rattrape. Je ne veux pas... Mon seul but désormais est d'arriver le premier...
... Plus que trois millimètres...
... Deux millimètres...
« J'y suis arrivé ! »
Le cri du nouveau-né retentit alors dans la pièce, au milieu des exclamations de joie du père et d'une sage-femme.
— Félicitations, vous êtes l'heureux papa d'une petite fille. Comment l'appellerez-vous ?
— Aude.
Aucune âme ne fut là pour entendre ce prénom.
Le triste constat vingt ans plus tard
20 ans plus tard, hôpital psychiatrique de Marseille, section des schizophrènes.
Marseille, le 14 septembre 2003
Docteur Van Yeng,
Le cas de la petite Aude nous a longtemps intéressé. Atteinte de schizophrénie depuis l'âge de 3 ans, elle fut l'objet d'une grande étude. En effet, elle possédait deux personnalités bien distinctes :
- Celle d'une enfant peureuse, se croyant victime de la société, et ayant, chose étrange, une peur affreuse de l'eau.
- Celle d'une personne sensible, renfermée dans un mutisme sans raison apparente, et se laissant manipuler par les autres.
Nous avons tenté d'analyser ses mécanismes de défense face à une réalité qu'elle rejetait violemment. Son parcours, marqué par des phases de délires profonds et des tentatives de fuite intérieure, reste un mystère médical partiel. Malgré nos efforts et les nombreuses thérapies entreprises, la maladie a progressé plus vite que nos capacités de soins.
Nous n'avons malheureusement pas pu intervenir à temps pour les autres symptômes de la maladie. Nous vous informons par cette lettre de la mort de Mlle Aude Vigally, âgée de 20 ans, le 13 septembre 2003.
Le colis ci-joint à ce message renferme le dossier complet du sujet « Aude ». Il contient l'intégralité de ses observations cliniques ainsi que ses derniers écrits personnels.
Avec tout le respect que je vous dois :
Docteur Miller.
— FIN —