
La malchance fait toujours des malheureux. Elle nous attrape toujours au mauvais moment, au croisement du destin, là où se rencontrent toutes les possibilités de la vie.
Alberto, veuf et père de deux enfants âgés de 9 et 12 ans, attend sur son lit d'hôpital que la vie le quitte. Désespoir total pour cet homme de 40 ans, qui a eu la malchance de heurter un camion à plus de 110 km/h sur l'autoroute.
Tout le monde est là autour de lui : ses enfants pleurnichent sur son lit, sa sœur, toute souriante, tient un gros bouquet de roses rouges dans ses bras. Elle se réjouit discrètement à l'idée de l'héritage qu'elle touchera à la mort d'Alberto. De trois ans son aînée, elle a toujours été jalouse de l'immense fortune de son frère.
Autour de lui aussi, Pierre, son associé. Lui n'est que de passage car il a une réunion. Il est juste passé dire bonjour à son vieux copain et lui offrir une boîte de chocolats. Il travaille dur, Pierre ! Depuis l'accident d'Alberto, il doit gérer la société d'emballage tout seul. Encore un pour qui la mort de cet homme ferait du bien... Il pourra réaliser son plus grand rêve : devenir PDG à part entière de cette multinationale ! Autant dire que les chocolats ne lui ont pas coûté cher, et qu'il prie toutes les nuits pour le non-rétablissement de son collègue !
Le mari de Rosalie est là aussi. Il est pressé de rentrer chez lui car il veut regarder son match de foot. Un pied dans la chambre et l'autre dans le couloir, il attend que son épouse ait fini de mettre les fleurs dans le vase.
Et les voilà qui partent, emmenant ses enfants. Il n'aura fallu que quelques secondes pour que la chambre d'hôpital redevienne muette.
Alberto en a assez : cet accident l'a paralysé de la tête aux pieds. Il ne peut plus rien bouger, pas même le moindre cil. Tout autour du lit, des fils s'emmêlent sur le sol. Des machines permettent à son cœur de battre, à ses poumons de distribuer l'oxygène nécessaire à son organisme. Seulement deux choses sont en état de fonctionner dans le corps d'Alberto : son système auditif et sa pensée. Mais à quoi cela peut-il être utile dans le monde des vivants ? Entendre et réfléchir ne suffisent pas... Il faut communiquer.
Communiquer est, après boire de l'eau, indispensable à la survie d'un homme.
Avec la communication, on peut découvrir, créer, aimer, partager, se défendre, vivre... C'est pour cela qu'Alberto n'a plus aucune raison de rester dans ce monde, qui désormais n'est plus fait pour lui.
Et dans un dernier soupir, il s'en va vers celui qu'il croit être son créateur.
(à suivre...)