
Je chantais et jouais du piano, et lui de la clarinette. J'avais 14 ans et lui 17 ans. Il était drôle, charmant, intelligent, très taquin... Bref, il me plaisait, et lui aussi était intéressé par moi. On était de vrais amis, on discutait de tout et de rien, on se cherchait l'un l'autre, et c'était bien.
À chaque fin de semaine où l'on se voyait pour répéter, c'était un plaisir. On avait du talent. De jour en jour, on commençait à se rapprocher de plus en plus.
Malheureusement, quand moi je rentrais du lycée, c'était pour lui sa dernière année. Quelle chance que j'ai... Après son bac, il ferait des études supérieures.
Au même moment où la période scolaire se terminait, la période musicale l'accompagnait. Comme c'était la dernière fois que l'on se voyait — les autres compris — on décida d'organiser une petite fête entre nous. Avec joie, j'appris qu'il avait réussi son bac. Pendant ce bon moment, on profita de se rapprocher encore plus... Beaucoup plus. Il profita même de me piquer mon collier de perles...
Un instant plus tard, il voulut m'embrasser, mais n'ayant jamais embrassé personne, je fus prise de panique et refusai. Il insista, mais je refusai à nouveau. Comme par hasard, mon père vint me chercher, car il était déjà tard. Je le fuis. J'ai pensé à lui toute la nuit, sans arrêt, pendant un an. Parfois, je me dis que c'est impossible que je ne le revoie plus jamais, mais en même temps, cela me paraît tellement loin. Et puis, qu'est-ce que je vais ressentir en le revoyant ? Je n'en sais rien. Ce sont des questions qui restent sans réponse.
En tout cas, heureusement qu'il m'a piqué mon collier de perles que je portais depuis 5 ans. J'espère au moins qu'il l'a toujours...
Étrangement, après les vacances, j'ai revu tout le monde — qu'ils fassent ou pas des études supérieures — mais lui, je ne l'ai jamais revu.
Une fois, j'arrive en cours et vois une boîte dans laquelle est placée une clarinette. Mon cœur tambourine. De la tête aux pieds, c'est son style : chaussures, pantalon, son style de collier en perles... Mais ce n'était pas lui.