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Essais

Seulement une histoire

Un témoignage bouleversant sur le divorce, l'abandon et la dépression. Une histoire vraie qui reflète la souffrance de nombreux adolescents face aux épreuves de la vie.

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C'est certainement l'histoire qu'ont vécue une bonne partie des jeunes de nos jours : un couple divorcé, on en voit de plus en plus, c'est devenu commun.

J'avais 10 ans lorsque mes parents ont divorcé. Ce n'est pas grave, mis à part le fait d'avoir été abandonnée... J'avais une vie plutôt bien, des parents qui s'entendaient merveilleusement et puis des frères rêvés, mais un jour tu as décidé de tout changer. Oui, un jour tu as trompé toute la famille, toi mon père, toi que je voyais comme une idole, tu es parti à cause d'une autre. Tu t'es fait prendre par ta femme avec une autre, alors tu es parti pour plusieurs années, tu n'as plus donné de nouvelles. Je ne savais même pas si tu étais vivant. Et puis, par ta faute, une mère malade : je rentrais de l'école et je la voyais, là, étendue par terre, pleurant toutes ses larmes, hurlant à la mort. Mais toi, tu étais ailleurs et tu t'en foutais complètement. Tu nous as laissés seuls, moi et mes frères. On n'était que de simples ados, mais on devait prendre en charge une mère en dépression et tous les problèmes que tu nous as laissés quand tu es parti.

La seule chose que je devais faire, c'était me montrer forte, ne pas pleurer devant elle, ne pas lui montrer que j'avais le cœur ouvert et de nombreuses blessures. Et je l'ai fait. Oui, j'ai réussi à surmonter tout ça et à me montrer plus forte encore que mes sentiments. Et la crise est passée. Tu es revenu, mais pour combien de temps encore ? Chaque jour, j'ai peur que tu repartes et encore une fois que tu me laisses seule face à des problèmes d'adulte. Tu es là rarement et on n'a pas assez d'argent pour vivre, mais tu es là. Et je ne sais pourquoi, mais je t'ai pardonné toutes tes fautes...

Une larme enfermée : le poids des émotions refoulées

Maintenant, la crise est passée, mais ma vie reste un cauchemar. Chaque jour, j'essaie de pleurer toutes ces larmes enfermées, mais je n'y arrive pas. Toute cette souffrance reste à l'intérieur et d'autres problèmes se rajoutent. Il y a quelques années, mon seul problème était de te revoir enfin. Aujourd'hui, j'ai sombré dans un autre univers, une souffrance qui grandit chaque jour, toutes mes erreurs qui me rappellent mon passé. J'ai fait des fautes, d'énormes fautes, mais on ne peut plus rien y faire. J'ai été trahie par de nombreux des miens, et à mon tour je les ai trahis. Mais là, c'est autre chose.

Aujourd'hui, je veux verser cette larme qui reste au bord de mon œil, mais je me suis trop retenue et ça m'est devenu impossible de pleurer, impossible de faire sortir mes sentiments les plus forts. Alors je sombre dans cette sphère, je me réfugie là où le monde est tout autre. Peu de gens sont au courant et tant mieux, seulement deux personnes chères à mon cœur le savent, car toutes deux ont sombré aussi pour d'autres raisons. Alors des jours, sans le savoir, on est dans un autre monde, un geste simple pour tout oublier, pour oublier cette larme. Et chaque jour, on en ressent le besoin, mais des fois on ne succombe pas à cette tentation car on sait au fond que ce n'est pas une solution. On se dit que demain sera meilleur, mais il arrive le jour où tout semble différent et impossible...

5 février : le jour où tout a basculé

Date où tout m'a paru changer. Au début, cette soirée commence bien : seule chez moi devant mon ordinateur, je discute sur Internet avec des amis. Je déclenche la webcam pour m'amuser avec des amies, grimaces, rigolades, des choses simples mais qui font tripper. Et toi, je te parle, toi mon amie, ma meilleure confidente, la personne qui me comprend et qui me parle tous les soirs. Et ce soir-là, c'est toi qui ne vas pas bien. Alors je te parle et essaie du mieux que je peux de te réconforter.

Mes deux amies qui me voient à la webcam me demandent si je vais bien. Je suis passée d'un rire d'enfant à une tristesse inimaginable. Seulement quelques mots que tu m'as écrits m'ont fait comprendre ta souffrance : « je ne veux plus vivre et je vais mettre fin à ma souffrance ». J'ai tout de suite compris à quoi tu pensais. Dès que tu n'étais plus connectée, je t'appelais et te demandais si tu allais mieux, et je t'ai tenu au téléphone une nuit entière. Mais tôt le matin, tu ne répondais plus. Alors j'ai paniqué. J'ai reçu ton message d'adieux. Je n'ai pas réussi à te garder sur cette terre. Ce monde, si pourri qu'il soit, n'avait pas le droit de t'enlever ta vie. Je me suis dit que j'allais certainement pleurer toutes les larmes de mon corps, mais je n'ai toujours pas versé la larme qui est en moi. Tu vois, encore une fois, je ne contrôle pas mes sentiments. Même si tu m'admirais sur le fait que j'arrive à cacher mes sentiments, ils me prouvent encore une fois aujourd'hui qu'ils sont plus forts que moi et je souffre de ton absence, et de toutes ces larmes qui sont en moi.

Mes pensées et le poids du passé

La seule chose qu'il me reste à faire aujourd'hui, c'est de penser. Je pense nuits et jours, sans cesse, et c'est là mon erreur : je pense et n'agis plus. Je pense trop, je vis sur des remords. Mais j'ai voulu changer et je l'ai fait. Mais au lieu de régler mes problèmes, je les ai ignorés. Alors je fais semblant d'aller bien et je ne fais plus la différence entre les jours. Je ne vois plus la vie comme avant. Je me pose un tas de questions. J'ai l'impression de vivre à travers une vitre, je vois la vie comme une punition. Je me lève avec pour seule envie de ne plus jamais me coucher.

Alors mes pensées ont rejoint mes actes. J'ai pour hobby de jouer avec la mort. Je trouve un certain plaisir à défier ce que tout le monde craint. Je ne veux pas me jeter du haut d'un immeuble ou me couper les veines, ce serait trop facile pour elle de gagner, mais simplement la tenter, la toucher du bout de mon doigt puis la relâcher, lui faire croire qu'elle me tient et puis revenir parmi les vivants. Me faire de grosses frayeurs dans lesquelles je trouve du plaisir pour après rentrer chez moi comme si de rien n'était. M'être lancée à vive allure face à un fossé en scooter, fermer les yeux et attendre un signe pour freiner. Mon téléphone sonne, j'ai toujours les yeux fermés. Je freine un max. Une fois complètement arrêtée, je regarde enfin : ma roue avant est au-dessus de cet immense ravin. Une seconde de plus et j'étais projetée dans les airs avec aucune chance de survie. Je ne fais que rarement ce genre de chose, mais des fois j'en ressens le besoin.

Pourquoi tant de souffrance chez les jeunes ?

De nombreuses personnes souffrent, et je pense qu'un bon nombre d'ados vont se retrouver dans ma vie, car drogue, suicide, mal-être, dépression sont le quotidien de beaucoup d'entre nous. Et la seule question qui nous vient à l'esprit dans certains moments, c'est : à qui la faute ? Pourquoi je souffre, moi, et pas quelqu'un d'autre ? Eh bien je réponds à cette question : la faute, c'est la mienne. Absurde ? Oui, car c'est autant ma faute que la vôtre. Ce n'est pas toujours un choix de souffrir, et même si on se mutile par quelconque moyen, eh bien ce n'est toujours pas notre faute. On ressent certaines émotions un peu bizarrement et chacun a sa manière. Des personnes ne souffrent pas à un abandon, d'autres oui, et ça, on ne peut pas en vouloir à quelqu'un de souffrir. La seule chose qu'il faut faire, c'est lui prêter attention, lui offrir une oreille si la personne a besoin de parler, car ce n'est pas un psy qui va comprendre mais bien souvent un ado, car il va mieux comprendre les réactions ou autre de cette personne.

On se pose trop de questions et on cherche toujours à trouver un coupable, alors arrêtons de penser et vivons. Même si la douleur est là, il faut commencer à vivre. Et je n'ai pas réussi à le faire, mais d'autres le pourront. J'ai sombré dans toutes les choses qu'il faut éviter et je veux éviter à un maximum d'ados de faire les mêmes erreurs. Il faut dire quand on souffre, éviter de se réfugier, pleurer lorsqu'on en a envie et dire si on souffre...

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rocketgirl
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