
« Si maman si, si maman si, maman si tu voyais ma vie. Je pleure... » Clic. Fatigué, David éteint la radio et se laisse envahir par ses idées noires, allongé sur son lit. Amour perdu, vie sans intérêt à ses yeux, éternelles questions sur l'univers qui l'entoure... David se morfond dans son petit appartement de banlieue parisienne qu'il arrive à peine à payer avec son salaire d'employé des postes. Quel sera son avenir ? Pourquoi continuer ce train-train quotidien rébarbatif et usant ?
Il repense à son enfance. Des images de joies infantiles défilent : sa mère qui lui chantait des chansons le soir, son père qui lui apprenait à faire du vélo. Tant de tendresse désormais lointaine dans son cœur. Car il repense aussi à la mort de son père quand il avait 17 ans, à Melinda qui l'a quitté il y a un an. Il l'aimait toujours. Cette rupture l'a laissé brisé au plus profond de lui-même. Il pleure. À 26 ans, il ne ressent que de l'amertume et de la tristesse. Il a déjà plusieurs fois pensé à en finir avec cette existence terne qui pèse comme un boulet sur son âme. Cette fois, c'est décidé : il va faire le grand saut. Il n'a plus aucune raison de continuer ainsi.
L'ascenseur s'ouvre sur un couloir éclairé par une faible lampe. « Huit étages, ça devrait suffire. » Il gagne la cage d'escalier et contemple la vue. Le lieu de son premier baiser avec Melinda. Les quatre meilleures années de sa vie. Il enjambe le balcon et s'assoit, les jambes pendant dans le vide. Ça y est, il ne veut plus reculer. Il ferme les yeux et se sent partir, tomber vingt-cinq mètres plus bas. Il est mort. Il va rejoindre ceux qui l'ont déjà quitté.
Il se voit maintenant d'en haut, aplati dans l'herbe. L'espace et le temps ne veulent plus rien dire. Il peut penser mais ne peut agir. Il se déplace par la force de la pensée. Il voyage de scène en scène : les pompiers qui le ramassent, les badauds qui forment un cercle autour de lui, son corps sur une civière. Va-t-il rejoindre le paradis ou errer sur terre ? Finalement, il ne s'était jamais demandé ce qu'il y avait après la mort.
Il est maintenant transporté à ses funérailles. Il voit sa famille, ses amis pleurer devant sa tombe. Il parvient à entendre leurs pensées. « Pourquoi ? », « David, tu resteras toujours dans notre cœur. » Soudain, il se fixe sur sa mère. Il perçoit le désespoir et la profonde tristesse qui l'habitent. Elle vient de perdre son petit garçon, le fruit de ses entrailles, sa dernière attache. « Maman, je t'aime. » Mais elle n'entend pas, elle s'effondre en sanglots. Il n'avait pas pensé aux répercussions de son acte sur ses proches. Elle l'adorait plus que tout au monde et il la quittait déjà. « Qu'est-ce que je vais devenir ? » Il la voit mourir de tristesse quelques années plus tard.
Panique. « Mais qu'ai-je fait ? » Son âme revient à l'enterrement. Il distingue un sentiment de peine plus intense que les autres. « Melinda, tu es là... » Il la voit téléphoner quelques heures après son suicide. Elle voulait reprendre contact avec lui. « Je t'ai toujours aimé David, pardonne-moi. » Regrets éternels. L'amour de sa vie ne le détestait pas. « Non ! » Elle finira sa vie seule, marquée à jamais.
Ses amis déplorent sa perte. Il revit avec eux les moments de bonheur, les instants de plaisir partagés. Ils apparaissent tellement nombreux : les soirées festives, les franches rigolades. David ne voit que des images positives maintenant. Mais il souffre. Il souffre de ne pouvoir revenir en arrière, de causer autant de dégâts irréversibles.
Folie. « Dieu, aide-moi... » Il se sent partir encore une fois. « Je suis désolé, désolé. » Tout devient noir. Il sent des vibrations et une mélodie qui parvient à ses oreilles. Il rouvre les yeux.
« Allô David, c'est Melinda. Je voulais prendre de tes nouvelles... »
Il réalise qu'il a rêvé sa mort.
« Melinda, je t'aime. »
Seconde chance.